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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Un rassemblement de professeurs de théologie à Moulins
(juillet 2001)

Abbé Jean-Pierre Batut*

 

Au mois d'août prochain se tiendra de nouveau le Colloque de Moulins. Les pages qui suivent sont un ferment d'espérance.

L'origine lointaine de l'initiative de Moulins est une rencontre de vacances entre deux professeurs de théologie enseignant chacun auprès de séminaristes, l'un à Nantes, l'autre (l'auteur de ces lignes) à Paris. En essayant de nous dire l'un à l'autre comment nous concevions et organisions notre enseignement, nous avions abouti à un constat : si, dans nos diocèses respectifs, nous recevions de l'aide et la possibilité de confrontations fructueuses avec un corps enseignant, il nous manquait un lieu pas trop institutionnel où nous pourrions mieux connaître ce qui se faisait ailleurs et échanger en-dehors du souci immédiat de bâtir le programme d'une année ou celui d'un cours ou d'un séminaire.

Le but était donc, tout en travaillant là où nous étions, de créer des liens avec d'autres lieux d'enseignement. C'est ainsi que nous avons, l'année suivante, organisé une première rencontre sur le thème « philosophie et théologie ». Une douzaine de confrères y étaient présents, ainsi que deux professeurs de philosophie qui avaient bien voulu nous aider dans notre réflexion.

Le signe qu'une initiative a servi à quelque chose, c'est tout simplement le fait que les participants demandent qu'elle se renouvelle. Ce fut le cas : l'année suivante, nous nous sommes donc retrouvés, cette fois-ci autour du Père Jean-Miguel Garrigues (des frères de Saint-Jean), pour travailler sur « la Rédemption dans les deux perspectives thomiste et scotiste ». Il en fut de même l'année d'après, pour un travail sur la théologie trinitaire.

Parvenus à ce point, une idée chère au Père Garrigues fut débattue entre les participants. Il s'agirait d'élargir cette initiative d'« université d'été théologique » non seulement à des personnes, mais à des institutions de formation, séminaires ou studiums divers. Moins que jamais nous ne voulions prendre la place de ce qui existait déjà. Notre propos était à la fois très modeste et très ambitieux : aider les représentants de ces lieux de formation à se rencontrer et à se parler, même si ces échanges de vues risquaient d'être difficiles. Le Père Garrigues avait en mémoire la manière dont les Dominicains et les Jésuites avaient souffert d'ostracismes mutuels dans l'entre-deux guerres, au grand dam de la théologie dans son ensemble. Ce risque demeure toujours, alors que l'enseignement de la théologie a dépassé, ou est en train de dépasser la grande crise des années 70, et que la France voit naître et se développer des lieux d'enseignement riches et diversifiés, tout en voulant rester fidèles à l'enseignement du Magistère : citons pêle-mêle l'École Cathédrale de Paris, les Frères de Saint-Jean, les dominicains de Toulouse, l'Institut Notre-Dame de Vie, et d'autres encore, en particulier les studiums monastiques. Le danger serait, répétons-le, que ces différents centres passent imperceptiblement de l'ignorance mutuelle à l'incompréhension. Et l'histoire nous instruit assez pour nous rappeler que ce danger n'est pas hypothétique.

Ainsi était né le projet d'où devait sortir la rencontre de juillet dernier. Il restait à trouver un lieu et un intervenant. Le lieu nous a été fourni par l'évêque de Moulins, Monseigneur Barbarin, connu de plusieurs d'entre nous et qui pouvait mettre à notre disposition une maison d'accueil à la fois grande et commode. J'ajoute que Moulins présentait deux autres avantages : d'abord celui d'être au centre de la France, mais aussi et surtout celui de ne pas disposer d'un centre d'enseignement de la théologie ! De la sorte, nous étions en terrain neutre, ou plus précisément impartial, et non sous l'égide de tel ou tel lieu de formation. On comprendra que ce détail avait son importance.

Il est revenu au Père Garrigues de proposer ensuite l'intervenant. Dès lors que nous prenions comme fil directeur de la rencontre la doctrine de la foi, nul n'était mieux qualifié pour tenir ce rôle que le Cardinal Christoph Schönborn, dont chacun sait qu'il a été la cheville ouvrière du Catéchisme de l'Église catholique. À cette qualification incontestable, le Cardinal joignait un autre atout : son bilinguisme absolument parfait, et sa connaissance remarquable de la France et des pays d'expression française.

Nous avons donc confié à notre invité d'honneur le soin d'introduire nos travaux quotidiens. Ce furent trois conférences très fouillées, chacune se concluant sur des questions à travailler en sous-groupes. La première de ces conférences proposait un regard sur la théologie au vingtième siècle, avec ce constat que les grands maîtres avaient bénéficié, pour leur propre formation théologique, d'un encadrement abondant et d'une culture prodigieuse. Depuis cette époque, trois faiblesses ont, selon le Cardinal, fait marquer le pas à une recherche théologique pleine de promesses : la théologie encyclopédique prenant la place de la réflexion systématique, la crise de la théologie dans les jeunes Églises, et enfin une vision insuffisante du rôle propre du Magistère. La deuxième conférence soulevait la question de savoir si une expression commune de la foi est possible. À cette question, le Catéchisme donne lui-même la réponse, puisqu'il pose en principe que l'unité de la foi n'est pas située dans un quelconque « horizon transcendantal », mais bien au point de départ du travail théologique. Il est vrai que cette même unité, comme l'unité des créatures, implique positivement la pluralité, y compris celle des synthèses théologiques, mais à l'intérieur d'un unique dessein de Dieu pour un unique genre humain. Enfin, nous avons été invités à nous demander si une synthèse de la doctrine de la foi est possible pour le théologien, et à aborder de front la difficile question de la morale chrétienne. Car « il existe un lien organique entre notre vie spirituelle et les dogmes. Les dogmes sont des lumières sur le chemin de notre foi, ils l'éclairent et le rendent sûr. Inversement, si notre vie est droite, notre intelligence et notre cœur seront ouverts pour accueillir la lumière des dogmes de la foi » (Catéchisme, no 89).

À la suite de chaque exposé du Cardinal, les participants se répartissaient en groupes de travail, dont les débats étaient ensuite rapportés et utilisés pour la table ronde de l'après-midi. Les soirées, elles aussi, furent bien remplies : les enseignants qui le souhaitaient purent faire une brève présentation des différents lieux de formation où ils professaient et répondre aux questions qui leur étaient posées.

Dans son article sur la session de Moulins (paru dans France Catholique), Gérard Leclerc note que cet événement « n'a guère bénéficié de la publicité des médias, même catholiques ». Nous en sommes les premiers responsables : de propos délibéré, en effet, nous avons voulu que cette initiative ne soit pas connue autrement que par ce qu'en diraient les participants, à d'autres ou à des journalistes si bon leur semblait. Compte tenu de la nature du projet, il était hors de question de travailler dans le secret, mais tout aussi hors de question et hors de propos de convoquer la presse pour le lui exposer. Le résultat a été que seule la presse locale est venue nous interroger — et nous avons, faut-il le préciser, répondu bien volontiers à ses questions. Depuis, les participants eux-mêmes ont fait le reste, en donnant à notre rassemblement l'écho qui leur a semblé opportun.

Gérard Leclerc concluait le compte rendu déjà cité par cette réflexion : « Il n'est pas douteux que de proche en proche se répercute ce qui s'est passé en trois jours dans la capitale du Bourbonnais, et qui relève de l'inédit dans l'Eglise. » Pour le bien de la théologie, nous en acceptons l'augure !

Abbé Jean-Pierre Batut

 

* Curé de la paroisse Sainte-Jeanne de Chantal à Paris. Professeur à la Faculté Notre-Dame. L'un des initiateurs du colloque de Moulins.

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