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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Brèves

Guillaume Heraud et Corentin Doëlan

 

Le 1er janvier, l'euro s'est substitué aux monnaies nationales de 12 pays européens. Les commentateurs se plaisent à célébrer une étape décisive dans le processus de constitution d'un pôle monétaire européen. L'euro est certes désormais la monnaie d'échange pour 300 millions d'Européens mais peut-on dire, pour autant, qu'elle s'est imposée sur un plan international ? On peut en douter. Le dollar demeure la monnaie de référence dans les échanges internationaux et dans les réserves de change des banques centrales. Autre indice du déficit de confiance dont pâtit la monnaie unique européenne face à son rival américain, elle a perdu près du quart de sa valeur, depuis le 1er janvier 1999, face au dollar. Au total, au-delà de la réussite sans doute remarquable de l'organisation d'un échange de millions de billets et pièces de monnaie sur une échelle aussi vaste, qui consacre l'efficacité de 30 ans de coordination des Etats européens dans le domaine monétaire, on peine encore à apercevoir les avantages de l'euro comme instrument de reconquête de la place de l'Europe dans le monde... On comprend que les Suisses, prudemment, n'envisagent pas leur entrée dans l'euro avant 2010 !

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L'arrivée de l'euro dans les porte-monnaie européens a nourri la verve des pères de l'Europe monétaire parmi lesquels les Français ont joué un rôle décisif. Et de rappeler combien la France aura œuvré pour rendre réalité ce rêve d'un rapprochement durable des anciens belligérants européens des grands conflits du XXe siècle en créant un espace économique et monétaire commun. Paradoxalement, au même moment, la France n'a jamais été plus décalée dans ses orientations de politique économique avec le reste de l'Europe : 35 heures, aggravations des déficits publics, maintien d'un niveau record de prélèvements obligatoires, gel des réformes des régimes de sécurité sociale, durcissement des procédures légales de licenciement... à croire que, même pour des « européistes » convaincus, il soit difficile de se départir de son esprit d'indépendance nationale... à moins que l'Europe future ne s'aligne tout bonnement sur les directives de celle qui se considère un peu comme sa sœur aînée.

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L'Europe s'unit donc autour de l'euro. Tel journaliste a pu parler de « l'insignifiance de l'instant ». C'est bien vu, d'une certaine manière. Surtout à la lumière de ces lignes adressées le 14 décembre 2000 par Jean-Paul II au Cardinal Antonio Maria Javierre Ortas qui présidait un congrès d'historiens à Aix-la-Chapelle à l'occasion du 1200e anniversaire du couronnement de l'empereur Charlemagne, par le Pape Léon III le jour de Noël 800 (dont l'entrée du pavement de la basilique Saint-Pierre conserve la mémoire) : « La commémoration de cet événement historique nous invite à tourner notre regard non seulement vers le passé, mais aussi vers l'avenir. Elle coïncide en effet avec la phase décisive de la rédaction de la « Charte des droits fondamentaux » de l'Union européenne. Cette heureuse coïncidence invite à réfléchir sur la valeur que conserve, aujourd'hui encore, la reforme culturelle et religieuse dont Charlemagne se fit le promoteur : son importance est en effet bien plus grande que l'œuvre qu'il a accomplie pour l'unification matérielle des diverses réalités politiques européennes de l'époque. [...] L'Europe, en effet, ne constituait pas une unité définie du point de vue géographique et ce n'est que par l'acceptation de la foi chrétienne qu'elle devint un continent qui, tout au long des siècles, a réussi à répandre ses valeurs dans presque toutes les autres parties de la terre, pour le bien de l'humanité.

Dans le même temps, on ne peut pas ne pas souligner que les idéologies qui ont été la cause de tant de fleuves de larmes et de sang au cours du XXe siècle, sont apparues dans une Europe qui avait voulu oublier ses fondements chrétiens. L'Union européenne a entrepris de formuler une « Charte des droits fondamentaux » et cet effort est une tentative de synthétiser d'une manière nouvelle, au début du nouveau millénaire, les valeurs fondamentales dont doit s'inspirer le « vivre-ensemble » des peuples européens. L'Église a suivi avec une vive attention les diverses phases de l'élaboration de ce document.

À ce propos, je ne peux pas cacher ma déception de ce qu'aucune référence à Dieu n'ait été insérée dans le texte de la Charte, à Dieu en qui se trouve la source suprême de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux. On ne peut oublier que ce fut la négation de Dieu et de ses commandements qui créa, au siècle passé, la tyrannie des idoles, qui s'est exprimée par la glorification d'une race, d'une classe, de l'État, de la nation, d'un parti, à la place de la glorification du Dieu vivant et vrai. C'est bien à la lumière des malheurs qui se sont déversés sur le XXe siècle que l'on comprend combien les droits de Dieu et de l'homme s'affirment ou tombent ensemble. »

Plus loin, à propos des dispositions législatives en usage dans les pays occidentaux : « Il ne suffit pas d'employer de grands mots pour exalter la dignité de la personne, si celle-ci est ensuite gravement violée par les normes mêmes du dispositif juridique. »

...Une autre vision de l'Europe, pour une vraie politique, au sens le plus noble du terme.

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Lu dans Le Figaro du 24 novembre 2001 un article sur « Le Michel-Ange du Christ », photographie à l'appui. « Un paysan très pauvre, tout sec, avec un beau visage buriné, le Michel-Ange du Christ, en Chine. Depuis des décennies Zheng Shu livre ses Jésus à toutes les églises de sa région. Dès qu'il a un peu d'argent, il achète du bois, sculpte, et les offre. « Je les sculpte avec mon cœur, dit cet homme de peu de mots, ce n'est pas un métier, c'est ma passion. » Sa famille vit dans un village de 23000 habitants, qui comptait 70 catholiques en 1949, 7000 aujourd'hui. L'aînée, Zheng Lan-yen, maintenant religieuse, a passé 13 ans dans les prisons de la révolution culturelle... Catholiques de Chine, du Viet-Nam, peuple silencieux et fidèle... souvent jusqu'au martyre, aujourd'hui toujours. On sait que l'avenir de la Chine est l'une des préoccupations majeures du Saint-Père. Dans la communion des saints, depuis l'Extrême-Orient, ce paysan qui sculpte des Jésus nous évangélise plus sûrement que nos programmes et nos planifications. A la question, « Le communisme n'est-il pas une religion, lui aussi ? », Zheng Shu répond : « Ce n'est pas intéressant de vivre juste pour avoir trois repas par jour ! Les cochons eux aussi mangent toute la journée. Nous, les êtres humains, on croit en un Dieu, au-dessus ! »

Guillaume Heraud et Corentin Doëlan

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