Notes de lecture
Le christianisme a 2000 ans
Isabelle Mourral
Préface du Cardinal Poupard
Editions de Paris 1999
149 F
Pourquoi célébrer l'an 2000 ? se demande Isabelle Mourral au début de son livre écrit en 1999. Pour approfondir notre conscience de l'importance de la Lumière que le Christ nous a apportée, pour que cette lumière irradie nos pensées et nos vies.
Au départ, un constat sans complaisance : les deux tiers de l'humanité ignorent le Christ. Dans le tiers restant, l'athéisme et le matérialisme triomphent. La science et la technique absorbent toute la culture, et le peu de spiritualité, lorsqu'elle subsiste, flotte entre le flou doctrinal et la tentation fondamentaliste.
Dans un langage clair, précis, où la pédanterie est absente, I. Mourral nous montre comment le christianisme éclaire la connaissance de l'homme, inspire la vie de l'esprit, fonde toute morale individuelle et sociale, ponctue la succession des jours.
I. Mourral, avec son talent de pédagogue, nous invite à pénétrer la pensée actuelle du Magistère sur la doctrine sociale de l'Eglise et sur le dialogue interreligieux.
Si nous ne pouvons qu'inviter à la lecture de ce livre qui nourrit intelligemment l'espérance chrétienne en explicitant l'opportunité du christianisme, peut-être resterait-il à creuser en quoi notre foi est plus encore nécessaire parce qu'importune, mais aussi importune parce que nécessaire.
Nicolas Henri-Rousseau
Les sept habitudes
Stephen R. Covey
Ed. First Business 2000
159 F.
Le titre complet du livre est Les sept habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu'ils entreprennent.
L'auteur, américain, directeur d'un important cabinet de conseil en communications, fait partie de la classe des gourous de l'économie auxquels, en fonction des modes, les gens de l'entreprise aiment à recourir. Covey serait même le conseiller du Président des Etats-Unis.
L'honnêteté exige cependant de reconnaître que l'auteur a quelque chose à dire. Le livre, l'auteur l'écrit dans sa préface, traite des principes de toute efficacité humaine que sont les lois naturelles. Ces lois « sont hors du temps, universelles et interdépendantes », ainsi que l'entend la philosophie traditionnelle.
Les références chrétiennes sont toujours sous-jacentes dans ce livre, voire même souvent explicites, comme l'affirmation du caractère inconditionnel de l'amour, du refus de toute manipulation dans les relations commerciales, le refus du positivisme.
Remarquons cependant que les références chrétiennes, si elles sont réelles, restent néanmoins, dans l'esprit du protestantisme, au niveau de la morale, d'où le conseil donné par l'auteur de ne pas s'engager dans une Eglise particulière.
N. H.-R.
Le Christ des Pères
B. de Margerie s.j.
Cerf, Paris 2000, 218 p.
140 F.
Ce livre, le Père de Margerie le note d'emblée, est un ouvrage produit en vue de faciliter le ministère des prêtres et diacres, ou des laïcs qui collaborent avec eux à la triple mission du Christ Prêtre, Prophète et Roi : « Les horizons pastoraux des uns et des autres ont été très présents à la composition de ce livre. »
L'érudition de l'auteur lui permet d'allier harmonieusement trois niveaux de réflexion autour du Christ qui est au cœur de l'ouvrage.
Le mystère du Christ est approché dans sa triple mission messianique. Ce faisant, l'auteur aborde ici et là quelques points controversés de christologie, par exemple sur l'éventualité d'une souffrance de la nature divine du Christ, au nom d'une kénose parfois contestable, eu égard à l'impassibilité de cette même nature divine, ou encore sur celle du Christ glorieux (p. 39–42). Moyennant quoi les manifestations de la miséricorde divine éclatent avec d'autant plus de vérité dans les faits et gestes du Sauveur, que nous voyons comme sacrificateur (chap. III), pardonneur et reconciliateur (chap. IV), thaumaturge (chap. 5). De même que Dieu met sa toute-puissance au service de son amour, Il met son impassibilité au service de sa compassion.
Les Pères de l'Eglise forment donc la trame de l'investigation poursuivie au cours des pages, à partir d'un axiome vigoureusement martelé à la première ligne : « L'Eglise catholique fut, est et sera toujours l'Eglise des Pères, l'Eglise qui exalte ces témoins du Christ pendant le premier millénaire de son règne sur le monde » (p. 7)... Les Pères de l'Eglise, l'Eglise des Pères : on le voit, c'est une formule dont s'explique l'auteur en renvoyant à l'abondante littérature qu'il a produite sur le sujet, mais qui n'entend pas exclure les développements théologiques ultérieurs, approfondissements ou clarifications, puisque la lumière du Christ Prophète a pu féconder ces géants de la contemplation théologique, comme ceux qui traversèrent le siècle des Lumières (on entend ici le XIIIe), au premier rang desquels l'Aquinate (dont le P. de Margerie a par ailleurs souligné le statut particulier qui était le sien dans la pensée de l'Eglise, y compris de la Compagnie de Jésus, avec son livre Mélanges anthropologiques à la lumière de saint Thomas d'Aquin, Mame, Paris 1993) ou ceux qui aujourd'hui continuent opiniâtrement et généreusement la quête de la Vérité, juchés sur les épaules de leurs prédécesseurs.
L'ouvrage n'entend pas ici être exhaustif, mais synthétique et accessible. Au cours de la lecture réapparaissent un certain nombre de points de la doctrine catholique dont on mesure alors l'insertion dans la tradition patristique, en christologie certes, mais aussi, par communication, en mariologie avec saint Cyrille d'Alexandrie (p. 31–35), en morale avec le commentaire augustinien du Sermon sur la montagne (p. 49–53), en ecclésiologie avec la question du ministère de Pierre dans l'Eglise d'Orient, relue chez saint Maxime le Confesseur ou saint Théodore Studite (p. 59–67), en théologie sacramentaire, avec saint Jean Chrysostome et saint Augustin, et le point de l'unité (unicité ?...) du sacrifice du Christ et du sacrifice eucharistique (p. 80–94), avec saint Bède le Vénérable et la confession (p. 130–131) etc. On le voit, la matière est ample, si le livre l'est moins : en quelques chapitres courts et nerveux, l'auteur nous fait voyager parmi les trésors de la grande patristique, exhumant quelques pépites pour notre bonheur... et notre insatisfaction.
Pour autant, cette promenade n'est pas gratuite. On en repart plus assoiffé de contemplation, plus attentif à la justesse de l'expression de la foi, plus armé pour la vie apostolique. C'est le troisième aspect de cet ouvrage qui n'est pas de pure érudition, mais aussi d'intelligente pédagogie. Que l'auteur soit remercié de ce souci.
Abbé Bruno Le Pivain
Le curé, pasteur — Des origines à la fin du XXe siècle — Etude historique et juridique
Thierry Blot
Préface du Cardinal D. Castrillon Hoyos, Préfet de la Congrégation pour le Clergé,
Téqui, Paris 2000, 704 p., 279 F. — édition abrégée, 2001, 336 p., 15 euros.
Le travail de l'abbé Thierry Blot, du diocèse de Belley-Ars, actuellement en poste à Rome à la Congrégation pour le Culte divin, tout en parcourant avec acribie les méandres de l'histoire, est d'une actualité brûlante, à l'heure des restructurations dictées par la raréfaction du nombre des prêtres. Face à une société clairement sécularisée, quel doit être le visage de l'Eglise en cette unité territoriale fondamentale qu'est la paroisse, quel est son lien par rapport au curé, par rapport à l'Eucharistie, à la messe qui constitue le fondement de cette unité ? Ou encore : quel est l'avenir de la paroisse ?
Pourtant, comment nier l'inestimable bienfait d'une communauté paroissiale selon le cœur de Dieu : « Le curé veillera à ce que la très Sainte Eucharistie soit le centre de l'assemblée paroissiale des fidèles; il s'efforcera à ce que les fidèles soient conduits et nourris par la pieuse célébration des sacrements et en particulier qu'ils s'approchent fréquemment des sacrements de la très Sainte Eucharistie et de la pénitence; il s'efforcera aussi de les amener à prier, même en famille, et de les faire participer consciemment et activement à la sainte liturgie que lui, curé, sous la responsabilité de l'Evêque diocésain, doit diriger dans sa paroisse, et dans laquelle il doit veiller à ce que ne se glisse aucun abus. » (CIC, can. 528, par. 2).
On voit combien le Droit de l'Eglise est par excellence, selon le mot de Jean-Paul II, le vehiculum caritatis, l'instrument de la charité. En produisant un ouvrage sur le curé comme pasteur, participation du Bon Pasteur, l'abbé Thierry Blot, lui-même docteur en droit civil et en droit canonique, illustre sobrement, mais en vérité, cette remarque. Il n'est d'ailleurs pas indifférent de méditer au cœur de cet ouvrage, aux pages 267 à 287, sur la figure du saint Curé d'Ars, méditation que nous pouvons prolonger avec le Saint-Père lors de sa halte du 6 octobre 1990 dans la paroisse dont il avait la charge : « Ainsi donc, le Christ s'est bien arrêté ici, à Ars, au temps où Jean-Marie Vianney y était curé. Oui, il s'est arrêté. Il a vu « les foules » des hommes et des femmes du siècle dernier qui « étaient fatiguées et abattues », comme « des brebis sans berger. » (Mt 9, 36) Le Christ s'est arrêté ici comme le Bon Pasteur. « Un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, disait Jean-Marie Vianney, c'est là le plus grand trésor que le Bon Dieu puisse accorder à une paroisse et un des plus précieux dons de la miséricorde divine. » Et de ce lieu, le Christ a dit à ses disciples, comme autrefois en Palestine, Il a dit à toute l'Eglise qui est en France, à l'Eglise répandue par toute la terre : "La moisson est abondante et les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson." (Mt 9, 37–38) Aujourd'hui, Il le dit pareillement, car les besoins sont immenses, pressants. »
Devant la permanence de la crise des vocations et l'accélération de la sécularisation, l'abbé Blot ne se contente pas de dresser un état des lieux, il analyse les situations souvent ambiguës, parfois conflictuelles, qui naissent dans cette atmosphère, notamment à propos de l'exercice de la charge de la responsabilité paroissiale, la juste mise en œuvre de la participation des uns et des autres, prêtres et fidèles laïcs, dans cette communauté hiérarchique qu'est l'Eglise, et dont le gouvernement ou le fonctionnement ne se calquent sur aucune société humaine, puisque son organisation elle-même tire sa force du droit divin, d'une communion vitale, sacramentelle, de Jésus-Christ lui-même, mais « Jésus-Christ répandu et communiqué ».
Dans cette lumière, tous les aspects pratiques sont abordés, et trouvent d'heureuse solutions à la lumière du droit et de la pratique de l'Eglise, qui garantissent l'ordre et la paix, et aident tous les baptisés à travailler en harmonie dans la vigne du Seigneur : la pratique sacramentelle pour la communion ou la confession, les obsèques, la participation des fidèles à la messe, la transmission de la foi avec la catéchèse, l'homélie, le statut du curé ou du prêtre modérateur, ainsi que des laïcs qui coopèrent à la charge pastorale, notamment avec le conseil paroissial, des diacres etc.
Certes fouillé et abondamment documenté, ce livre reste un outil facile à consulter, et d'un intérêt pratique évident en bien des cas. Pour ceux que rebute la version « lourde », une version abrégée vient de voir le jour, moins circonstanciée dans la partie historique, mais fort utile.
B. P.
L'évangile de la vie
Jean-Pascal Perrenx
(Vol. 1, 208 p. : à la lumière de la raison; Vol. 2, 166 p. : à la lumière
de la foi),
Beauchesne, Paris 1999
108 F. chaque vol.
Incontestablement, le livre de l'abbé Jean-Pascal Perrenx est un ouvrage-référence qui tombe à point nommé, à l'aube d'un siècle où la défense de la vie — de sa dignité, mais aussi de son existence —, spécialement la plus vulnérable, devient une urgence première. La fameuse « précarisation » (précaire syntaxe que celle-ci) qui occupe les média officiels demeure sélective. Pour rester dans le registre, il est souvent question de « mal-vivre » ou de « mal-être », et c'est justice. Peut-être serait-il juste aussi de creuser un peu plus les causes de ces maux. Mais il est fort peu question de « vivre » ou d' « être », tout simplement, et c'est injuste.
Sans doute un autre livre, au titre assez proche de celui qui nous occupe ici, n'a-t-il pas retenu suffisamment l'attention. Publié en 1979 aux Editions Mazarine, De la vie avant toute chose est l'œuvre d'un gynécologue, chirurgien, qui se définit avant tout comme un militant pour la vie.
Co-fondateur du Mouvement français pour le planning familial, Pierre Simon, également ancien Grand Maître de la Grande Loge de France, commence en effet par ces mots : « La Vie est le véritable héros de ce livre. » Il continue derechef par ceux-ci : « Si la première grande victoire de la médecine fut de faire reculer la mort, la seconde sera de changer la notion même de vie. » Trois lignes plus loin : « Il ne s'agit plus seulement de guérir mais de conduire au mieux-être et — pourquoi pas — au bonheur. »
Ne serait-ce la gravité du sujet, la formulation est savoureuse. Assurer le « mieux-être » de certains, c'est peut-être aussi assurer le « n'être-pas », ou le « n'être-plus » des autres (ou le « ne pas naître »). Shakespeare, qui n'eut pas l'avantage de vivre ces progrès décisifs, avait, semble-t-il, les idées plus claires en la matière... L'exergue de l'ouvrage avait failli nous échapper. Il est, paraît-il, tiré d'une légende maya (évocation fort exotique et qui n'est pas sans évoquer des contrées féeriques, mais bien en a pris à Pierre Simon d'échapper aux festivités locales) : « Il n'existe sur terre ni gloire ni grandeur jusqu'à la création de l'homme ». A cette lecture résonnent tout soudain deux mots familiers : In principio. Ils commencent deux autres ouvrages. Le premier s'appelle « Ancien Testament ». Le second s'appelle « Nouveau Testament », plus exactement évangile selon saint Jean (Evangile de la Lumière, de la Vie, de la Vérité, Evangile du Verbe Incarné), qui n'est que le quatrième d'un certain point de vue (mais quatre est le chiffre de la vie). Les deux forment le Livre, la Bible.
Nous n'en entreprendrons pas aujourd'hui la recension. Juste, pour en donner le goût, les premières phrases, celles qui commencent par In principio. Dans l'Ancien Testament : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l'abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. » Dans l'Evangile de saint Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. Ce qui fut en lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie. »
...Où en étions-nous ? Il était question du livre de l'abbé Perrenx, dont vous ne savez toujours rien. Il était question du livre de Pierre Simon, dont vous savez déjà trop. Du premier, on pourrait encore relever la clarté et l'ordre, la richesse dans les sources et dans les matériaux utilisés, l'auteur, ancien médecin, théologien et pasteur ayant moult cordes à son arc (celles qu'il fallait ici, et que note le Père Cottier dans sa préface), son exacte fidélité à l'enseignement du Magistère (fidélité qui stimule et éclaire l'intelligence) et à l'objectivité de la Vérité, au-delà des impasses des positivismes ou des idéologies.
Du deuxième, on pourrait citer quelques passages significatifs (« De fait, longtemps, et dans les pays latins plus qu'ailleurs, la vie fut un don de Dieu dont elle procédait. La médecine officielle en arrivait à confondre déontologie et théologie. », p. 15; « Cette vie qui nous vint si longtemps [le temps, quel ennui !] d'un souffle de Dieu posé sur notre argile, c'est comme un matériau qu'il faut la considérer désormais. », p. 16; « La pensée initiatique n'a donc cessé d'éclairer mon cheminement, de donner un sens à mes recherches. Elle m'apprit à réexaminer la mort qui fournit à la vie ses contours. [...] Aujourd'hui encore, contre l'avortement, contre la liberté des choix sur la vie, une sorte de croisade se rassemble, égarée sur les rivages de l'an 2000, dans un cliquetis d'armes rouillées. A ces chevaliers du dogme, il est bon de rappeler que nul ne tient en fief le concept de vie, qu'aucun n'a le privilège, de droit divin, de le plier à ses vues. Humaniser notre condition, ce n'est point, comme ils le prétendent, dévaluer la personne. C'est, au contraire, la sacraliser. », p. 17; « La polémique autour de la loi Veil, qu'on ne s'y trompe pas, c'est le choc de deux mondes. », p. 211; « L'avortement légal médicalisé est un acte de salubrité publique et une mesure de moralité qui honorera cette législature », p. 214 etc.)
De ces deux livres, laissez le deuxième où il se trouve. Achetez le premier où il se trouve. Prenez l'instruction Donum vitae de la Congrégation pour la doctrine de la foi (l'exacte contradictoire de Pierre Simon). Lisez l'encyclique de Jean-Paul II Evangelium Vitae, au moins dans les passages qui vous touchent de plus près. (Re)lisez (priez) le Prologue de l'Evangile de saint Jean.
Et lisez L'Evangile de la Vie de l'abbé Perrenx. Ensuite, faites-le connaître autour de vous, à vos amis, à votre curé, à tous ceux qui « militent » (ils font bien) de diverses manières pour la vie, à tous ceux, à celles, qui la donnent, à ceux qui la protègent contre les atteintes du mal (pour l'âme et pour le corps), du Malin, à ceux et à celles qui doutent de la vie en des moments où elle se fait plus dure, à ceux et à celles qui la servent de mille façons en donnant la leur... « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. » C'est toujours dans saint Jean. Mais c'est Celui qui est, Celui qui est la Vie, qui est notre vie (« Pour moi, vivre, c'est le Christ » Phil 1, 21).
B.P.