Avril–Juin 2002

Le statut des textes fondateurs des grandes religions

Abbé Philippe-Marie Airaud *

« Comment les grandes religions abordent-elles leurs textes fondateurs ? » Le sujet est vaste et ne saurait en aucun cas prétendre à un exposé exhaustif, d’une part parce que les religions sont fort nombreuses, d’autre part parce que pour chacune d’elles il faudrait consacrer un article entier, en cette matière vaste et complexe. On se contentera ici d’un survol pour recueillir quelques idées générales sur le rapport que trois grandes traditions spirituelles entretiennent avec leurs textes fondateurs : l’hindouisme, le bouddhisme et surtout l’islam qui tiendra la plus large part de cet exposé.

Les textes auxquels se réfèrent les différentes religions constituent toujours une pierre angulaire sur laquelle repose l’édifice des croyances et des pratiques propres à chacune. On y puise les éléments de l’adhésion de la foi et les principes qui justifient des comportements en harmonie avec ces croyances. Pour autant, le statut de ces textes sacrés diffère selon des critères qu’il faudra explorer : origine et auteur des textes, moyens de leur transmission, autorité du transmetteur, hiérarchie éventuelle entre eux, réception par la tradition, « canonicité » qui leur est accordée ou pas, utilisation qui en est faite, genres littéraires, etc…

Après un aperçu des écritures dans l’hindouisme et le bouddhisme, nous étudierons plus longuement le statut du Coran dans l’islam. Nous serons alors plus en mesure de distinguer ce qui nous en différencie dans la place accordée aux textes sacrés. Ce passage par d’autres traditions religieuses fournira des éléments qui, en contraste, aidera à mieux percevoir l’importance et le statut de la Sainte Bible pour l’Église catholique.

Aux sources du moderne hindouisme : les Veda

Le mot « hindouisme » a été forgé à une époque relativement récente1 et recouvre, de manière pratique, une réalité infiniment complexe. Le sous-continent indien, par ses dimensions géographiques, par sa nombreuse population, par les 1652 langues et dialectes2 qui y sont encore pratiqués, est une mosaïque religieuse où une quantité de divinités se disputent les adeptes. L’unité relative de cet ensemble est cimentée par les textes anciens et fondateurs dans lesquels se reconnaissent tous ces croyants de l’Inde. « Les Veda ne définissent pas une orthodoxie, ils ne disent pas ce qu’il faut croire ou ne pas croire, mais ils délimitent un espace dans lequel vont s’inscrire toutes les grandes constructions religieuses et philosophiques ultérieures, même si certaines d’entre elles présentent une distance critique. Car cette distance qu’elles s’autorisent n’est pas en rapport avec le corpus fondateur lui-même, mais avec le milieu d’interprètes qui se considère comme seul habilité à le conserver et à le véhiculer ».3

Les Veda ont été composés entre 1500 et 500 av. J.-C. à peu près. Mais la question de la datation ne se pose pas en Inde, comme d’ailleurs en Orient en général, selon les critères occidentaux. Le temps n’est pas linéaire. Les cycles de la vie sont marqués par la corruption et la renaissance, à l’infini. Les dieux agissent en des paroles créatrices qui prolongent leurs effets jusqu’aujourd’hui, en une chaîne ininterrompue de transmission. Les rishi, c’est-à-dire les grands voyants, sont à l’origine de cette chaîne, mais leur existence historique n’importe pas. L’interprétation ultérieure et les diverses traditions spirituelles qui vont en découler détermineront des comportements religieux qui expliquent la diversité constatée de nos jours.

La canonicité des textes n’apparaît pas clairement. Si une certaine unanimité se fait autour des grands textes du Veda qui décrivent les actions des multitudes de dieux en des mythologies à n’en plus finir, la frontière devient floue entre ce qui relève des textes dits « révélés » et ce qui relève des commentaires de ces derniers. C’est ainsi que « de nombreux textes considérés comme « révélés » ont en réalité été composés bien après des textes sacrés de statut secondaire ».4 Il faut donc distinguer deux temps : celui des grands textes fondateurs révélés, appelé šruti – « ce qui a été entendu » –; et celui de la tradition qui fait mémoire et interprète, appelé smriti – « ce dont on se souvient ».5 Par exemple, le texte de l’Inde le plus célèbre en Occident est la Baghavad Gîtâ. Le grand dieu Vishnu enseigne par elle une nouvelle voie de salut par la dévotion : la bhakti. Ce texte appartient à un ensemble plus vaste : la grande épopée du Mahâbhârata, écrite entre le IVe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle ap. J.-C. Postérieur à des textes de commentaire des Veda, il s’inscrit pourtant, dans un consensus général, parmi les textes révélés, étant donné l’autorité de l’enseignement du dieu qui s’y manifeste. Un processus très lent permet donc de passer de la révélation (šruti) à la tradition (smriti), entre lesquelles la frontière n’est pas très nette.

La tradition religieuse hindoue porte le souci permanent de se référer aux paroles créatrices qui fondent le réel, pour en retirer des significations nouvelles et mettre en pratique les enseignements dont elles sont porteuses. Dans l’hindouisme, la vie du croyant se déroule selon un ordre voulu par les dieux, ordre qu’il faut respecter, promouvoir et éventuellement restaurer. L’hindou est un être endetté qui passe sa vie à rembourser son dû6 aux dieux et à ses ancêtres. Puiser dans les textes sacrés est l’incontournable moyen d’une vie sainte selon les critères de la religion védique.

Le bouddhisme : se réfugier dans le Dharma.

Tout bouddhiste pieux dira chaque jour : « Je prends refuge dans le Bouddha. Je prends refuge dans le Dharma. Je prends refuge dans le Sangha ». Nous savons en effet, que le prince Gautama Shakyamuni est à l’origine des divers courants du bouddhisme répandus de par le monde. C’est sa propre expérience qui lui fit découvrir – au VIIe siècle avant J.-C., pense-t-on – la voie de la délivrance pour accéder au nirvana. Après avoir éteint en lui-même le désir, source de la souffrance, et avoir ainsi saisi la vérité sous l’arbre de Bodhi, « Siddhârtha fut donc éveillé à la vérité de toutes choses – il était enfin devenu le Bouddha. Et c’est ce Bouddha qui, au cours de sa première prédication à Bénarès, a révélé aux autres êtres vivants cette même vérité libératrice, une vérité qui constitue le cœur du deuxième joyau du bouddhisme, le Dharma ».7

Au moment où le Bouddha est « nirvané » – car on ne parle pas de sa mort –, celui-ci a déjà laissé des consignes claires. « Soyez votre propre flambeau. Soyez votre propre refuge » avait-il lancé. C’est dire en d’autres termes que la vérité est en chacun; que le Dharma est inscrit dans l’expérience de chacun. Le Bouddha peut aider à discerner mais chacun est renvoyé à sa propre expérience pour y puiser les moyens d’échapper à la tyrannie du désir et atteindre l’éveil. Le bouddhisme naissant ne connaît donc pas de successeur au maître. Il ne comporte ni hiérarchie ni instance qui pourrait être comparée au magistère. Par la suite, les différentes et inévitables interprétations de l’enseignement du maître donneront lieu à des divisions, se cristallisant en des écoles.

Très tôt, les disciples de Shakyamuni éprouvèrent le besoin de rassembler son enseignement. Ce mouvement entraîna la tenue de conciles bouddhiques où parfois des centaines de moines se réunirent pour établir le canon et ses commentaires. « Le Ier concile bouddhique se tint à Rajagriha, dans les mois qui suivirent le nirvana final du Bouddha; [] L’objet de la première récitation commune était d’établir le canon pour la première fois. La réunion était présidée par Maha Kaçyapa, le doyen des moines de l’époque, et le canon fut en fait créé grâce aux questions qu’il posa aux autres moines sur ce que le Bouddha avait dit ».8

En réalité deux personnages furent véritablement sur la sellette : Ananda et Upali. Ananda, tout d’abord, avait été le fidèle compagnon de Bouddha depuis les débuts. Il récita tous les sermons que le maître avait donnés durant sa vie. Cet ensemble constitue les sutras qui commencent toujours par « ainsi ai-je entendu », le « je » désignant Ananda. Lorsqu’un arhat – c’est-à-dire un moine ayant atteint l’éveil – se souvenait du sermon, ce dernier était inscrit au canon bouddhique. Ce recueil ainsi constitué est appelé Sutra pitaka, c’est-à-dire corbeille des sutras.

Un autre personnage, Upali, le coiffeur de Bouddha, rapporta pour sa part les commentaires de Bouddha sur la règle qui, moyennant le même principe de discernement, constituèrent le Vinaya pitaka, ou corbeille de la discipline.

Enfin, avec l’Abhidharma pitaka qui se compose des commentaires de la règle par différents maîtres bouddhistes, nous avons les trois corbeilles (Tripitaka) qui forment le canon bouddhique.

Toutes les écoles bouddhiques anciennes reconnaissaient le Sutra pitaka et le Vinaya pitaka, à quelques détails près. L’Abhidharma pitaka en revanche variait selon les dix-huit écoles anciennes. Aujourd’hui demeure seule l’école dite Theravada9 (voie des « anciens ») qui se réfère au canon en langue Palî, mis par écrit au Ier siècle avant notre ère. Celui-ci représente quantitativement quatorze à dix-sept fois la Bible.

Suite à l’extension du bouddhisme en territoire chinois, coréen, japonais puis tibétain, le canon fut traduit en ces différentes langues locales. Ces traductions sont fort précieuses puisque la plupart des originaux en langue sanskrite ou en d’autres langues de l’Inde ont été perdus. Les manuscrits n’étaient qu’un support puisque la tradition était essentiellement orale. Des maîtres très doués mettaient l’accent sur tel ou tel aspect de la doctrine et hiérarchisaient l’enseignement de Bouddha en fonction de cet aspect. Les écoles se firent donc jour, parfois en des conflits doctrinaux très rudes.10

Tout serait pourtant trop simple si nous en restions là. Sans que l’on sache exactement comment ni où, des textes apparurent un peu après le début de notre ère. Textes de sagesse et textes tantriques, ils véhiculaient des doctrines nouvelles, puisant dans le fond ancien tout en apportant des orientations qui montraient un profond bouleversement de la doctrine.11 Le bouddhisme du Grand Véhicule ou Mahayana, était né et, tout en recueillant respectueusement les textes du canon ancien, apportait ses propres textes.12 Se posait alors la question de l’authenticité de ces textes et surtout de leur conformité avec l’enseignement du Bouddha Shakyamuni. Ces textes pseudo-canoniques devaient trouver une légitimité et s’inscrire dans la continuité de la doctrine bouddhique.

Pour ce faire, on prétendit que ces textes authentiques du Bouddha avaient été cachés par des dragons aquatiques13 dans leurs cavernes sous-marines, pour resurgir au moment opportun où l’on était devenu capable de comprendre la plénitude de l’enseignement du maître. D’autres interprètes établirent des lignées de patriarches transmetteurs depuis Bouddha. D’autres, contemporains, arguèrent de l’ancienneté de certains de ces textes, correspondant à l’époque de la mise par écrit des textes canoniques reconnus tels. Certains montrèrent qu’il s’agissait simplement d’un « développement nécessaire de la pensée du Bouddha ».14 Canoniques ou non, ces textes ajoutent aux textes anciens, un corpus énorme d’écrits qui varient selon les écoles mahayaniques.

Au terme de cette petite enquête sur le canon bouddhique, nous en mesurons mieux la complexité, ainsi que l’étendue.15 Il faudrait étudier plus en détail son évolution selon les écoles et sa doctrine à travers l’histoire du bouddhisme primitif.16 Les bouddhistes sont moins attachés que nous aux critères scientifiques d’authenticité des textes, d’autant plus que, pour eux, la notion de temps est cyclique. Les textes canoniques ne sont qu’un moyen parmi d’autres de répandre la doctrine de la Bonne Loi, ce Dharma qui permet d’atteindre l’Éveil selon les modalités diverses qu’offrent leurs différentes traditions. C’est ainsi qu’ils purent ajouter sans scrupule au cours de leur histoire, des textes de commentaires pseudo-canoniques, fruits de l’expérience personnelle de maîtres, cette expérience restant en définitive le seul critère absolu de progression dans les voies qui conduisent à l’Éveil.

L’islam : Allah parle par le Coran.

Avec l’islam, nous entrons dans un autre monde : celui des religions monothéistes. L’Écriture Sainte y tient une place fondamentale qu’il convient d’articuler avec le rôle non moins fondamental que joue le Prophète fondateur : Mohammed. Pour plus de clarté, il semble préférable de diviser ce chapitre en deux parties : l’une traitant du Coran tel qu’il est considéré dans le cadre de l’orthodoxie de la foi musulmane, l’autre abordant le Coran du point de vue des orientalistes et d’une petite minorité d’intellectuels musulmans. Nous y ajouterons une troisième partie sur quelques considérations théologiques.

Le Coran dans la foi islamique.

Il serait trop long d’exposer ici la vie du prophète Mohammed. Contentons-nous de souligner quelques aspects de cette figure tels que les rapporte la tradition musulmane.

Tout d’abord le musulman situera le message coranique dans la continuité d’une révélation. Moïse avait reçu la Torah; David, les psaumes; Jésus, l’Évangile. Tout peuple a ses prophètes. Mais les juifs et les chrétiens ont falsifié leurs écritures.17 Mohammed n’apporte pas une révélation nouvelle; il vient simplement rappeler ce qui a été oublié ou caché, il transmet la vraie religion. Ainsi le Coran contient tout ce qu’il est nécessaire de savoir pour être sauvé. Si, en théorie, les musulmans se réfèrent à la Torah, aux psaumes et à l’Évangile, dans la pratique il ne les lisent pas puisque le Coran contient tout ce qui est utile au salut, rectifiant ce qui a été falsifié et transmettant en langage clair la Parole de Dieu. Le Coran livre la révélation définitive et Mohammed est le dernier des prophètes.18 « Il est le « sceau des prophètes », dont il clôt la lignée et assume tout l’héritage. Croire en Dieu, c’est croire en Mohammed, mais Dieu reste la seule source et le seul terme de la foi ».19

Dans la foi musulmane, Mohammed est un nabî, c’est-à-dire quelqu’un qui a reçu une révélation pour lui-même. En outre, il est aussi un rasûl, c’est-à-dire un envoyé chargé de transmettre un message divin à un peuple. Le Prophète aurait reçu sa première révélation une nuit du mois de ramadan20 de l’an 610, dans une grotte près de la Mecque. L’ange Gabriel était habituellement le messager divin. Jusqu’à sa mort en 632, Gabriel lui révèle la parole divine. Mohammed vit une expérience mystique très forte mais il n’est qu’un transmetteur d’une parole qui lui est dictée et qu’il restitue telle quelle sans changer quoi que ce soit, en respectant scrupuleusement tant la forme que le fond.

Le Coran parle du « prophète qui ne sait ni lire ni écrire ».21 Le Prophète était-il effectivement analphabète, alors que, par exemple, il était devenu le gérant des affaires de la riche Khadidja ? Même si l’on discute sur le mot arabe22 et son interprétation, la tradition musulmane insistera sans cesse sur cet aspect pour mieux mettre en valeur le texte sacré dont Mohammed n’est en aucun cas l’auteur. De même on soulignera son impeccabilité, non pas quant à sa vie en général, mais quant à sa fidélité sans faille à transmettre le message divin.

« La révélation coranique est rendue par deux mots arabes : Wahy et Tanzîl qui signifient respectivement inspiration et descente ».23 Ces mots caractéristiques disent suffisamment quelle est l’origine du livre sacré des musulmans et son statut dans la religion islamique.

Le mot Coran vient de la racine arabe QaRa’a qui signifie : réciter, lire. Le Coran est donc une dictée divine faite à Mohammed par la médiation de l’ange Gabriel. Autrement dit, Dieu a choisi la langue arabe pure et claire pour s’exprimer et dire aux hommes sa loi. En effet, le Coran dit plus ce que Dieu ordonne aux hommes pour vivre en hommes religieux et justes, qu’il ne parle de Dieu lui-même en son mystère.

Le fidèle musulman considère le Coran comme un miracle en lui-même. Un homme illettré a transmis un texte en un arabe pur qui est devenu exemplaire et normatif de la langue arabe, quitte à justifier a posteriori quelques rares fautes grammaticales. Il faudrait pouvoir apprécier la syntaxe de la poésie arabe pour émettre un jugement objectif, mais il semble bien d’après les spécialistes, que la langue et le rythme du texte arabe soient magnifiques, surtout en ce qui concerne les sourates les plus anciennes. Pour le croyant, le miracle coranique porte également sur le contenu. Ainsi s’est dégagé dans la tradition musulmane le concept d’inimitabilité du Coran, sans que l’on sache toujours précisément, et selon les diverses écoles d’interprétation, si cette inimitabilité touche plus à la forme ou au fond.

Cette perfection coranique prend sa source en amont. Dieu récite le Coran à Mohammed, mais ce Coran a déjà une existence antérieure et éternelle. Cette Parole de Dieu est Umm al-kitâb : Écriture-mère, Mère du livre.24 Elle est conservée sur la table bien gardée (al-lawh al-mahfûz).25 On peut donc parler d’« Écriture primordiale »26 qui est descendue dans les différents livres révélés aux prophètes au long de l’histoire, mais qui finalement se manifeste en plénitude dans le Coran qui « récapitule et assume toutes les Écritures antérieures ».27 Le Coran demeure donc seule référence absolue pour toute révélation, dans la mesure où il confirme, juge et rectifie au besoin toutes les révélations antérieures.

De là, il est aisé de comprendre pourquoi les musulmans de tous pays apprennent par cœur et en arabe les versets coraniques, de sorte qu’ils puissent s’imprégner des paroles mêmes de Allah, révélées au Prophète. Le Coran est la norme absolue du comportement et la source principale du droit musulman qui connaît un plus grand développement que la théologie, puisqu’il s’agit d’abord de savoir ce qu’il convient d’accomplir pour être juste, plutôt que de chercher à scruter l’insondable mystère divin.

Pour être tout à fait juste, il faut dire brièvement quelques mots sur les hadîths. Constitués progressivement en divers recueils, ils rapportent les paroles et les gestes du Prophète. Ce dernier étant le modèle des croyants, la vie spirituelle musulmane aura toujours tendance à l’imiter en toutes choses. Parmi les hadîths, qui n’ont pas cependant le statut absolu du Coran, une catégorie appelée hadîths qudsîs fait parler Dieu à la première personne. Ces hadîths sont l’objet d’une vénération particulière des musulmans pieux. On leur reconnaît une origine divine quant à l’inspiration, en même temps qu’on considère que Mohammed les a formulés, de sorte qu’il en est également l’auteur.

Le Coran et la critique scientifique

Les études scientifiques menées par les orientalistes depuis le siècle dernier et, plus récemment, par des intellectuels musulmans,28 donnent une version moins idéale de la formation du Coran. Il est vrai que l’on connaît maintenant mieux le milieu culturel, politique, économique, social et religieux de l’Arabie du VIe siècle. En outre, l’étude du Coran par la critique littéraire, ainsi que l’étude des sources qui lui sont relatives, aboutissent à une meilleure compréhension de son élaboration progressive. Sans prétendre à l’exhaustivité, épinglons quelques questions concernant la mise en forme du texte sacré de l’islam.

Il est clair pour les musulmans eux-mêmes que Mohammed n’a pas en personne écrit le Coran. Il se contenta de transmettre oralement ce qu’il avait reçu de la révélation. La civilisation bédouine était essentiellement orale. Le principe de la répétition permettait d’apprendre par cœur des textes, même très longs. Quand le Prophète meurt, il n’y a pas de forme définitive écrite du Coran. En revanche, une quantité de spécialistes, mémorisants et récitants, mettent un point d’honneur à retenir scrupuleusement et à transmettre ce qu’ils ont entendu du Prophète. Malgré tout, on peut augurer de l’inévitable diversité des versions plus ou moins complètes, complémentaires ou opposées.

Les califes successeurs de Mohammed à la tête de la communauté musulmane entreprirent des guerres contre les tribus qui avaient apostasié après la mort du Prophète.29 À cette occasion, beaucoup de mémorisateurs moururent, d’où la peur de perdre le Coran. Sous la direction d’un certain Zayd b.Thâbit, on collecta des feuillets d’extraits du Coran, sans qu’existe une copie officielle sous Abû Bakr ou ’Omar, les deux premiers califes. Des traditions et versions différentes circulèrent dès lors, auxquelles s’ajoutèrent encore les différentes manières de lire le texte.

Il faut ici ouvrir une parenthèse. À l’instar de l’hébreu sa cousine, la langue arabe écrit les consonnes. Par exemple, il est possible de lire l’allemand en connaissant les règles de prononciation, sans comprendre ce qu’on lit. En revanche, pour lire un journal arabe, il faut d’abord deviner le mot d’après le contexte pour pouvoir le lire correctement, car les voyelles ne sont pas inscrites. Imaginons que j’écrive BRS et que je doive deviner le mot en lui attribuant des voyelles; je pourrais lire par exemple BRiSe, ou aBRaSé, ou BouRSe, etc; à supposer que manque également un signe de redoublement de consonne, je pourrais lire : BaRReS… C’est peu à peu que sont apparus, grâce au Coran, les voyelles brèves d’abord, puis les points de distinction des consonnes, puis les signes de distinction des consonnes doubles, etc. Ce faisant, on entrevoit toutes les divergences possibles des lectures.

En effet, sous le troisième calife ‘Uthman, des différences de lecture se polarisent en des centres et villes de l’empire grandissant : Damas, Kufa, Basra, Médine, La Mecque… Dans un souci d’unification, le calife demande à Zayd b.Thâbit d’établir une version officielle, envoyée dans toutes les grandes villes. Le canon du Coran est constitué. Le nombre des sourates et versets est fixé. Les autres versions doivent être détruites. Certains refusent, ajoutent leur tradition ou complètent la version officielle.

En fait, ce n’est qu’au VIIIe siècle que la « scriptio plena » se met en place, et seulement en 934 que le calife Abû Bakr ibn Mudjâhid promulgue les sept lectures officielles… auxquelles s’ajoutent bientôt trois autres, puis quatre, avec des variantes pour chacune soit quatre-vingt « voies » pour quatorze lectures. Enfin, ce n’est que depuis 1923 que les musulmans se sont accordés sur une lecture uniformisée, la lecture égyptienne héritée de l’école de Kûfa dans la première moitié du VIIIe siècle. C’est la version des Corans que nous pouvons acheter.

Cette enquête qui résume à grands traits l’élaboration progressive du texte du Coran ébranle la doctrine officielle qui tient que la Parole divine s’exprime et se révèle dans le texte pris à la lettre et, pourrait-on ajouter, à la virgule. Pour éviter une accusation d’hérésie, voici ce qu’écrit un intellectuel tunisien : « Le fait le plus étonnant de cette attitude crispée de l’orthodoxie musulmane, c’est qu’elle contredit la doctrine même que le Coran a formulée sur sa propre authenticité… Cette doctrine coranique nous explique que le texte révélé n’est qu’un sous-produit émanant d’un texte premier et authentique se trouvant consigné sur une Table céleste conservée auprès de Dieu et inaccessible au commun des mortels. Le vrai Coran n’est pas celui qui est révélé, mais celui qui est resté au Ciel entre les mains de Dieu, seul vrai témoin du texte révélé. En somme, le Coran attribue l’authenticité non pas au texte révélé à travers Muhammad mais seulement à l’original gardé auprès de Dieu ».30 Pour être tout à fait juste, il faut bien constater que cette position révolutionnaire dans l’islam, n’est pas exempte d’un certain relativisme qui reviendrait finalement à dire qu’ici-bas, toute révélation supposée est teintée de ce que l’homme y projette. En somme, rien ne serait sûr; et peut-être même pas Dieu lui-même.

« Peuples du Livre » ?

Il est aujourd’hui commun et commode de parler des religions du livre, en incluant dans cette catégorie le judaïsme, le christianisme et l’islam. On pense ainsi rapprocher tous ceux qui se réclament du monothéisme en un louable désir de dialogue. Il ne faut pourtant pas se tromper sur l’origine et l’emploi de l’expression. En effet, c’est le Coran qui désigne – en de multiples passages – les juifs et les chrétiens comme « peuple du Livre ».31 On le comprend mieux après ce qui a été vu précédemment sur le Coran, considéré par les musulmans comme reprenant et achevant la révélation.

Le statut du Coran dans l’islam est radicalement différent du statut de la Bible dans le christianisme. Pour nous, le livre sacré n’est que la mise par écrit de la Parole de Dieu32 portée par une tradition orale vivante. Autrement dit, le chrétien ne s’attache pas tant à la lettre du Livre Saint qu’au Verbe vivant et agissant en lui, dont l’Écriture Sainte est la médiation. Jésus-Christ, Parole et Révélation plénière de Dieu, demeure en ceux qui croient en Lui et leur donne la force d’accomplir et de vivre le message évangélique. « Ainsi, les choses sont claires, note un prêtre libanais spécialiste de l’islam, les musulmans sont les gens d’un livre, le Coran, les juifs sont les gens d’un Dieu événementiel, Yahweh, les chrétiens sont les membres vivants d’une Personne vivante, Jésus-Christ. »33

En outre, l’ordre historique de citation : judaïsme, christianisme et islam, pourrait laisser supposer l’achèvement par l’islam de ce qui a été inauguré dans la révélation judéo-chrétienne. Ceci apporte de l’eau au moulin de la doctrine islamique, alors que pour les chrétiens, il est absolument fondamental de tenir, selon le Concile Vatican II,34 que le Christ « achève en la complétant la révélation » et que « l’économie chrétienne, étant l’Alliance nouvelle et définitive, ne passera donc jamais et aucune nouvelle révélation publique n’est dès lors à attendre avant la manifestation glorieuse de notre Seigneur Jésus-Christ ».

En ce qui regarde le rapport à l’histoire, l’islam, qui est censé être la religion naturelle, considère les prophètes comme envoyés de Dieu pour confirmer ce qui est révélé depuis les origines. « Il n’y a de Dieu que Dieu » : voici la sentence primordiale et fondamentale. Il est toujours suspect en islam de chercher à sonder le mystère de Dieu en Lui-même. L’homme n’a qu’à bien se comporter en connaissant la loi révélée qui doit lui permettre de vivre en homme juste. Non pas révélation qui se développe dans le temps et l’espace, mais profession de l’unicité divine qui constitue la religion naturelle, vécue dans la loi morale qui en découle, le message coranique est inscrit dans le cœur de tout homme qui naît en ce monde. Tout homme naît musulman mais peut être détourné de ce statut originel par une mauvaise éducation ou une autre religion qui le feraient dévier de la voie juste.35

A contrario, il est bien évident, pour nous chrétiens, que la révélation biblique se déploie dans un contexte culturel, temporel et géographique à travers lequel Dieu se révèle aux hommes. L’histoire ne reste pas étrangère à la révélation, même dans ses zones d’ombre, tandis que l’homme comprend progressivement qui est cet Être transcendant qui se manifeste à lui. L’incarnation concilie admirablement l’aspiration intérieure de l’être humain à l’absolu et l’initiative divine par laquelle le Créateur se donne à connaître à sa créature. En Jésus-Christ immanence et transcendance sont réconciliées. Le désir spirituel profond de l’homme cheminant par les méandres et les vicissitudes de l’histoire rencontre le mystère insondable de Dieu qui se dévoile. Dans l’islam, Allah reste transcendant, le Tout-Autre, de sorte que si la révélation a une histoire, elle n’est pas une histoire.36

Comme nous l’avons remarqué précédemment, les hadîths qudsîs ont à la fois Dieu et le Prophète pour auteurs. En cela, on pourrait faire un rapprochement avec notre propre conception. Dieu est l’auteur de la Bible37 mais il a choisi des écrivains sacrés agissant « dans le plein usage de leurs facultés et de leurs moyens »,38 de telle manière que l’on peut dire que « Dieu, dans la Sainte Écriture, a parlé par des hommes à la manière des hommes ».39 Même pour ces hadîths qudsîs, il n’est pas certain que les musulmans se reconnaîtraient dans cette doctrine catholique. De toute façon, cette idée ne peut en aucune manière être appliquée au Coran. Le Coran est en effet un texte non seulement sacré mais divin, c’est-à-dire qu’il a Dieu pour seul et unique auteur. Dieu a dicté à Mohammed ce qui est déjà contenu de toute éternité dans les tables du Ciel. La langue arabe elle-même est divine, choisie par Dieu. Le Coran que j’ai dans les mains reproduit fidèlement la Parole céleste.40 Mohammed n’est qu’un transmetteur neutre de cette Parole divine.

En conséquence, on devine qu’il est inconcevable de changer quoi que ce soit au texte. De même il n’y a pas de traduction possible du Coran; on parle toujours d’« essai d’interprétation du Coran inimitable ». Pour dire vrai, dans les trois premiers siècles de l’islam, des savants musulmans s’efforçaient d’interpréter le texte pour en adapter le sens aux différentes situations qui se présentaient aux croyants. L’interprétation (al-ijtihâd) était légitime, jusqu’au moment où le calife égyptien Al-Hakam, au XIe siècle, en ferma la porte définitivement. Le texte est figé dans une gangue intemporelle et divine; il est applicable tel quel en tout temps et en tout lieu, sans qu’il soit possible d’en dégager un nouveau sens moral ou allégorique qui, comme pour la Bible, permettrait d’entrer plus avant dans le mystère qui se révèle. C’est timidement que l’exégèse scientifique fait son entrée dans le monde islamique, fustigée par les tenants d’une orthodoxie intransigeante, bien compréhensible dans le cadre de cette religion monolithique.

Conclusion

À l’issue de cet article, il est difficile de conclure, et peut-être n’est-ce pas souhaitable. Le risque serait de comparer ce qui n’est pas comparable. En scrutant d’autres manières de se situer par rapport aux textes sacrés, nous sommes renvoyés à notre propre tradition pour mieux la pénétrer et en vivre. C’est une des raisons d’être du dialogue, à laquelle il faut ajouter le souci de témoigner de notre foi en Jésus-Christ, unique Sauveur.

Il est finalement logique de constater que chaque tradition religieuse entretient un lien et donne un statut à ses textes saints, en cohérence avec son propre dynamisme interne. Ainsi les bouddhistes n’attachent au message transmis que l’importance d’une révélation d’un processus de libération par soi-même. Un auteur zen dirait : « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le ! »; ce, pour qu’une influence extérieure n’entrave pas l’expérience intérieure de libération. De ce fait, les textes sacrés sont relativisés, plus ou moins selon les diverses obédiences bouddhiques.

À l’opposé, l’islam se concentre tout entier sur la transcendance divine que l’homme est appelé à reconnaître. La révélation s’opère donc par le haut. L’Écriture Sainte est intangible et absolue. Le Coran est normatif en toutes choses et doit être suivi à la lettre. L’homme se plie à la loi divine révélée.

Le cas de l’hindouisme est plus flou, naviguant entre une révélation dont les contours ne sont pas franchement dessinés, et une initiation reçue de gourous, qui permet au disciple de tracer son propre chemin. Ce contexte religieux donne l’impression d’un vaste magma complexe dans lequel l’homme doit se situer au prix d’un subtil équilibre hiérarchique des relations et des forces. L’énorme corpus védique reflète bien cette complexité en décrivant l’inextricable toile des mythologies et en rapportant l’expérience spirituelle de libération des sages au travers des âges.

En définitive, la tradition scripturaire chrétienne met en évidence la logique de l’incarnation par laquelle Dieu se manifeste aux hommes à travers la médiation d’une nature humaine. Sans être ébloui par trop de gloire, l’homme accède aux profondeurs du mystère de Dieu-Trinité en contemplant Dieu fait homme. En Jésus-Christ, tout est dit sur Dieu, tout est en germe, mais nous sommes en marche vers la plénitude de la manifestation qui adviendra dans la vision béatifique. La Sainte Bible est Dieu qui se révèle dans le concret de l’histoire des hommes à travers la médiation du talent des écrivains sacrés. Par le texte, nous accédons au mystère; mais ceci n’est possible que par la présence en nous du Verbe de Vie par qui nous connaissons le Père. L’Écriture Sainte porte en elle le dynamisme de l’Esprit-Saint qui la rend vivante pour le croyant, en le faisant entrer peu à peu dans la vérité tout entière. La révélation chrétienne continue à s’écrire dans la vie des saints.

« Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Et nous avons contemplé sa gloire, gloire comme celle qu’un Fils unique plein de grâce et de vérité, tient de son Père…41 C’est ce disciple [Jean] qui témoigne au sujet de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que vrai est son témoignage. Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites; si on les écrivait une à une, le monde lui-même, je crois, ne saurait contenir les livres qu’on en écrirait. »42

Annexe

Quelques textes fondamentaux

1°/ Texte de la Fâtiha, première sourate du Coran, incluse dans toutes les prières de la journée, sue par cœur en arabe par tous les musulmans

« Au nom de Dieu : Celui qui fait miséricorde, le Miséricordieux. Louange à Dieu, Seigneur des mondes : Celui qui fait miséricorde, le Roi du Jour du Jugement. C’est toi que nous adorons, c’est toi dont nous implorons le secours. Dirige-nous dans le chemin droit : le chemin de ceux que tu as comblés de bienfaits; non pas le chemin de ceux qui encourent ta colère ni celui des égarés. »

2°/ Extrait du premier sermon du Bouddha, à Bénarès, tiré du Dhamma-Cakkappavattana-Sutta, cité par D. Gira, op. cit., p. 39–40.

« Ceci, ô moines, est le chemin du Milieu que le Bouddha a découvert, qui donne la vision et la connaissance et qui conduit à la paix, à la sagesse, à l’Éveil et au nirvâna.

Voici, ô moines, la noble vérité sur la souffrance. La naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce que l’on n’aime pas est souffrance, être séparé de ce que l’on aime est souffrance, ne pas avoir ce que l’on désire est souffrance; en résumé, les cinq agrégats d’attachements sont souffrance.

Voici, ô moines, la noble vérité sur la cause de la souffrance. C’est le désir qui produit la ré-existence et le re-devenir, qui est lié à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir et la soif de la non-existence.

Voici, ô moines, la noble vérité sur la cessation de la souffrance. C’est la cessation complète de cette soif, la délaisser, y renoncer, s’en libérer, s’en détacher.

Voici, ô moines, la noble vérité sur le chemin qui conduit à la cessation de la souffrance. C’est le noble chemin octuple, à savoir : la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, le moyen d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste. »

3°/ Extrait de la Bhagavad Gîtâ (Chant du Bienheureux Seigneur), datant du Ie ou IIe siècle avant notre ère. Écrit très populaire, il fait partie d’un ensemble plus vaste : l’épopée appelée Mahâbhârata. Il s’agit d’un dialogue entre le fidèle : Arjuna, partagé entre ses devoirs; et Krishna, qui est un avatar du dieu Vishnu. Ces écrits s’inscrivent dans le grand courant des Upanishads qui promeuvent une spiritualité de dévotion : la bhakti.

« Arjuna dit :

Vous êtes le suprême Brahman, le suprême séjour, le suprême purificateur. Esprit divin et éternel, premier des dieux, non-né, omniprésent ! [Ainsi] te désignent tous les voyants (antiques) ainsi que le voyant divin Nârada, le noir Devala et Vyâsa; toi-même, tu me le dis. Je crois que tout ce que tu me dis est vrai, Keçava ! car ni les dieux, ni les dânava, ô Bienheureux Seigneur, ne connaissent ta manifestation. Toi seul, Esprit Suprême, te connais toi-même, par toi-même; producteur des êtres, Seigneur des êtres, dieu des dieux, Maître du monde. Daigne donc déclarer sans réserve tes manifestations divines, manifestations grâce auxquelles, te répandant à travers ces mondes, tu demeures [immobile]. Comment [même] méditant sans cesse, puis-je te connaître, ô yogin ? Et quels sont chacun de ces états où tu m’es concevable, Bienheureux Seigneur ?…

Le Bienheureux Seigneur dit :

Allons ! je vais donc t’exposer mes divines manifestations, en m’en tenant à l’essentiel, ô meilleur des Kuru, car mon expansion est illimitée. O Gudâkeça ! je suis le Soi résidant au cœur de tous les êtres : je suis le commencement, le milieu et la fin des êtres… Des créatures je suis le commencement, la fin et le milieu, ô Arjuna, la science du Soi parmi les sciences, parmi les doctrines celui qui énonce la juste doctrine… Et quelle que soit la forme de tout être, je le suis, ô Arjuna. Il n’est pas d’être, mobile ou immobile, qui existe en dehors de moi… Tout être doué d’une manifestation, de vertu, de prospérité ou de force, reconnais-le comme jaillissant d’une parcelle de mon éclat. »

Bibliographie

Hindouisme

TARDAN-MASQUELIER Ysé, L’hindouisme – Des origines védiques aux courants contemporains, Bayard, Paris 1999.

Bouddhisme

GIRA Dennis, Comprendre le bouddhisme, Bayard/Centurion, Paris 1989.
BECHERT Heinz & GOMBRICH Richard, Le monde du bouddhisme, (collectif) Éd. Thames & Hudson, Paris 1998.

Islam

JOMIER Jacques o.p, Pour connaître l’islam, Cerf, Paris 1994.
BLACHERE Régis, Le Coran, QSJ nº 1245, PUF, Paris 1966.
LAURENT Annie, Vivre avec l’islam ?, Éd. Saint-Paul, Versailles 1997.
MOUSSALI Antoine, La croix et le croissantLe christianisme face à l’islam, Éd. de Paris, 1998.
MOUSSALI Antoine, Judaïsme, christianisme et islam, étude comparée, Éd. de Paris, 2000.
SFAR Mondher, Le Coran est-il authentique ?, Éd. Sfar (diff. Cerf), Paris 2000.

* L’abbé Philippe-Marie Airaud est aumônier du C.H.U. à Poitiers. Licencié en patristique et histoire de la théologie. Diplômé d’islamologie de l’Institut Pontifical des sciences arabes et islamiques à Rome. Ancien élève de l’Institut Catholique de Paris.


  1. Au XIXe siècle, bien qu’il connaisse des racines et une existence plus ancienne, cf. Ysé Tardan-Masquelier, L’hindouisme, Bayard Éditions, Paris 1999, p. 16.
  2. Cf. Ysé Tardan-Masquelier, op. cit., p. 15.
  3. Ysé Tardan-Masquelier, op. cit., p. 32.
  4. Ibidem, p. 79.
  5. Cf. ibidem, p. 79.
  6. Cf. ibidem, p. 182–185.
  7. Dennis Gira, Comprendre le bouddhisme, Bayard/Centurion, 1989, p. 34.
  8. Richard Gombrich, Le monde du bouddhisme, sous la direction de Heinz Bechert et Richard Gombrich, éd. Thames & Hudson, Paris, 1998, p. 74–75.
  9. On parle parfois indûment de bouddhisme du Petit Véhicule qui est le bouddhisme répandu au Sri Lanka et dans toute l’Asie du Sud-Est.
  10. Par exemple au concile de Pataliputra (environ 150 ans après le nirvana final du Bouddha), à propos des thèses de Mahadeva qui sembleraient dire que les passions d’un arhat peuvent ne pas être toutes éteintes…
  11. D’après D. Gira, op. cit., p. 156 et ss., ces orientations nouvelles portent sur quatre points : 1/ la nature du Bouddha lui-même (les trois corps); 2/ la qualité de son Éveil (la totalité de la connaissance, ex : Bouddha ne disait pas tout ce qu’il savait); 3/ la voie qui mène à l’Éveil (la voie du bodhisattva ouverte à tous); 4/ la possibilité pour l’homme d’arriver à cet Éveil (la nature de Bouddha en chacun et l’assurance de parvenir à l’Éveil).
  12. Pour citer les plus connus : Sutra du Lotus, Sutra du diamant, Sutra du cœur…
  13. Appelés nagas.
  14. Pour ces questions, cf. D. Gira, op. cit., p. 173–175.
  15. Par ex. le canon sino-japonais est composé de cent volumes de mille pages en chinois.
  16. Pour cela voir Étienne Lamotte, Histoire du bouddhisme indien des origines à l’ère Saka, éd. Univ.de Louvain, 1976.
  17. Par ex. pour les juifs Q.2, 75 : « Comment pouvez-vous désirer qu’ils croient avec vous, alors que certains d’entre eux ont altéré sciemment la Parole de Dieu, après l’avoir entendue ?; et pour les chrétiens Q.5, 11 ss.
  18. Q.33, 40.
  19. Robert Caspar, Théologie musulmane, T. II Le Credo, éd. PISAI, Rome, 1999, p. 91.
  20. Q.2, 185.
  21. Q.7, 157.
  22. Ummi.
  23. Antoine Moussali, La croix et le croissant, Éd. de Paris, 1998, p. 45.
  24. Q.13, 39 : « Dieu efface ou confirme ce qu’il veut, la Mère du Livre se trouve auprès de lui ».
  25. Q.85, 21–22 : « Ceci est, au contraire, un Coran glorieux écrit sur une Table gardée ».
  26. Cf. Robert Caspar, op. cit., p. 92.
  27. Ibidem, p. 92.
  28. Qu’il suffise de renvoyer là, à un livre récemment paru, d’un philosophe et historien tunisien : Mondher Sfar, Le Coran est-il authentique ?, Sfar Éditions (diff. Cerf, 2000), dont le titre à lui seul paraît bien iconoclaste aux yeux de l’orthodoxie musulmane.
  29. En effet, beaucoup s’étaient ralliées à ce dernier en Arabie, souvent plus par intérêt que par conviction religieuse.
  30. Mondher Sfar, op. cit., p. 9–10.
  31. Ahl al-Kitâb, en arabe.
  32. Cf. Concile VATICAN II, Constitution dogmatique Dei Verbum, nº 9.
  33. Antoine Moussali, Judaïsme, christianisme et islam, étude comparée, éd. de Paris, 2000, p. 366.
  34. Dei Verbum, nº 4.
  35. Cf. Antoine Moussali, La croix et le croissant, Éd. de Paris, 1998, p. 32–33.
  36. Idem, in Judaïsme, christianisme et islam, p. 366 : « Ainsi donc l’islam a une histoire, mais l’islam n’est pas une histoire. Le judéo-christianisme est une histoire et a une histoire. Le texte de la Bible n’est pas fermé, nous continuons encore aujourd’hui à écrire les Actes des Apôtres ou, si l’on préfère, les Actes des chrétiens parmi les hommes. Nous ne sommes pas prisonniers d’un texte. »
  37. Cf. Dei Verbum, nº 11.
  38. §. idem, nº 11.
  39. §. idem, nº 12.
  40. C’est ainsi que la matérialité même du livre est sacrée pour beaucoup de musulmans.
  41. Jn 1, 14.
  42. Jn 21, 24–25.