Avril–Juin 2002

La prière des mères

Anne, mère de famille

Nous étions une centaine ce matin-là dans la crypte de l’église. Une centaine de femmes, tous âges confondus, venues écouter l’initiatrice des Mothers’ Prayers, une anglaise de soixante ans que tout le monde appelle Veronica.

Très british, un regard d’une profondeur et d’une densité que l’on a presque du mal à soutenir, le verbe haut et clair, Veronica nous a parlé pendant une heure de la chaîne de prière que l’Esprit-Saint lui a inspirée.

« Prière des mères » : c’est tout simple, et pourtant si émouvant. Vous vous réunissez entre mères de famille, chez l’une d’entre elles, à l’heure qui vous convient. Vous commencez par une prière au Saint-Esprit, puis vous suivez durant une petite heure le livret de prières que l’association Mothers’ Prayers met à votre disposition. Le tout entrecoupé de chants et de lectures de la Bible. Vers la fin de cette réunion, où l’on prie également pour l’unité entre les femmes réunies en ce jour, arrive le temps fort qui vous place au centre de cette dévotion toute mariale : à tour de rôle, les mères ou grand-mères de famille vont au pied de la croix déposer dans un petit panier le prénom de leur enfant inscrit sur un papier blanc, rond comme une hostie. Chaque enfant est confié; enfant de chair, enfant de l’Esprit : prêtre, filleul ou mari. Enfant perdu en fausse couche, enfant tristement avorté, enfant que vous connaissez et que vous confiez au nom de sa mère…

Quelqu’un a demandé si l’on pouvait confier les enfants de façon anonyme. Réponse : « non, ce n’est pas le but de cette prière. L’essentiel est d’offrir au Seigneur la « personne » de l’enfant que le nom représente si bien. »

Durant ces réunions, les termes qui reviennent incessamment sont « confiance », « abandon », « soutien ». Depuis six ans que Véronica sillonne les soixante-huit pays où ces prières ont lieu chaque semaine, elle s’est rendu compte que le plus difficile pour une mère de famille, c’est, malgré la foi qui l’anime, d’abandonner spirituellement en son âme et sa chair l’enfant qu’elle a porté, de le remettre comme Marie dans les langes de l’Esprit-Saint et de laisser ainsi la Providence prendre en charge les problèmes, les soucis, les meurtrissures psychologiques. « La prière des mères, nous dit Veronica, est autant pour le bien des enfants que pour celui des mères. » Réflexion : l’enfant fait parfois ressortir à sa façon les nœuds intérieurs de nos âmes féminines et maternelles. Il subit et porte les problèmes de sa mère sans le savoir. « Miroir, ô mon miroir, dis-moi que je suis belle ! »

Deux règles animent ces réunions : la confidentialité et le respect. Chaque mère doit se sentir en sécurité comme si elle se trouvait dans le Cœur immaculé de Marie qui lit en secret nos pensées. Tout ce qu’elle pourra dire dans sa prière, les larmes que l’Esprit-Saint fera souvent jaillir de ses yeux lorsqu’elle se trouvera seule face à Dieu, le papier blanc dans sa main, toute cette délivrance qu’elle attend avec ardeur, ce réconfort qu’elle vient mendier pour elle et son enfant, tout est pris dans le Cœur de Dieu et dans le Cœur de Notre-Dame. Les mères qui sont là partagent ce moment en silence. Et voici la seconde règle : respecter ce que chacune vient confier, sans donner de conseils – si judicieux soient-ils. Ni le temps de Dieu, ni les voies de la Providence ne nous appartiennent. Pas plus que nos enfants. Nous sommes des pauvresses de Dieu, et voilà le chemin de la béatitude. Veronica conclut : « Il faut agir en vue du salut éternel. Dieu honore toujours la confiance que nous plaçons en Lui. Il ne s’agit pas d’une confiance à 98%; non, c’est le 100% qui nous est demandé ! La seule façon de laisser partir nos enfants est de les donner à Dieu… »

Ce matin-là, nous nous sommes agenouillées quatre par quatre pour déposer notre fardeau devant l’autel. Défilé pour la vie : procession pour la vraie Vie !

Et les pères ! me direz-vous. Leurs réunions de prière ont commencé dans certains endroits, entre hommes. Le mari de Veronica lui disait un jour : « Ah, parce que tu crois que les hommes ne pleurent pas ! » Mais quel est l’homme qui pleurera devant sa femme ? Veronica comprend : Le père a une autre relation avec l’enfant. Il ne voit pas les choses de la même façon. Sagesse de Dieu qui nous a créés différents, homme et femme !

Reste à retracer en deux mots le parcours de Veronica. Catholique de naissance, elle a connu une conversion voilà dix ans. Sa belle-sœur, qui l’accompagne dans ce chemin de prière, se trouvait sur un lieu d’apparition mariale en Angleterre. Elle fut réveillée en pleine nuit par ces mots : « Prie pour tes enfants ». Veronica, elle aussi, entend cet ordre. Elles ont prié le chapelet ensemble pendant un mois. Puis elles ont compris qu’il leur était demandé de prier pour d’autres enfants que les leurs; elles se sont réunies à trois ou quatre autres mères. « L’important a été pour nous de réaliser la toute-puissance de Dieu et son amour pour nous. » De fil en aiguille, ou plutôt de prières en docilité, les groupes de prières des mères se sont formés dans le monde entier. L’association Mothers’ Prayers est là pour donner des pistes; mais, pour Veronica, « c’est l’histoire de l’Esprit-Saint, pas la sienne ».

Pour en savoir plus : Mothers’ Prayers, PO Box 822, Gravesend, Kent DA13 9ZZ, Grande-Bretagne.