Avril–Juin 2002

Rebâtir le Temple ?

Une rencontre au cœur du judaïsme contemporain

Au cœur du quartier juif de la Vieille Ville de Jérusalem, dans une ruelle étroite juste au dessus du Mur occidental (le « Mur des Lamentations »), une plaque discrète vous invite à pénétrer dans l’« Institut du Temple ». À l’intérieur, vous découvrez un espace rempli d’orfèvreries uniques, de vêtements précieux et de nombreuses peintures didactiques représentant les célébrations liturgiques antiques du judaïsme, principalement à l’époque du Temple d’Hérode le Grand, dont une très belle maquette de marbre et d’or orne la pièce principale : faites-en la visite virtuelle à l’adresse www.temple.org.il ! L’Institut du Temple est aussi un centre d’études, où juifs et non-juifs venus du monde entier passent en grand nombre…

S’exprimant pour la première fois dans la presse catholique, le directeur de l’Institut, Monsieur Jean-Marc Rosenfeld, a bien voulu nous présenter le Temple, en livrant en toute simplicité son témoignage de Juif croyant d’aujourd’hui. Il nous permet de mieux comprendre notre enracinement dans le judaïsme mais aussi les différences essentielles qui séparent la foi juive de la foi chrétienne. – fr. O.-Th. Venard o.p.

O.-Th. Venard

Jean-Marc Rosenfeld, vous dirigez l’Institut du Temple, ici à Jérusalem. Pourriez-vous, s’il vous plaît, vous présenter personnellement à nos lecteurs ?

J.-M. Rosenfeld

Je suis originaire de la région de Strasbourg. J’ai été directeur de différentes sociétés dans le textile. Sur le plan communautaire, j’ai été président de communauté et président d’associations, puisque j’ai fondé le Bnai’Brith1 sur la Côte d’Azur, à Antibes où je résidais; j’ai également fondé France-Israël dans la même ville et j’ai été président de la LICRA-Côte d’Azur pendant neuf ans. J’ai fait beaucoup d’actions avec les municipalités – par exemple, j’ai contribué au jumelage de la ville d’Antibes avec Eilat – mais aussi avec la communauté chrétienne à Antibes, dont l’évêque était un ami : beaucoup d’échanges entre Israël et le Midi de la France, un voyage chaque année…

O.-Th. V.

… et le Temple dans tout ça ?

J.-M. R.

Alors le Temple… j’ai fait l’alia2 en Israël il y a six ans, à peu près, et pour moi le cheminement a été normal puisque j’avais déjà fait une étude profonde du Temple – du Beth Hamiqdash3 en hébreu – dans des écoles talmudiques. Même si je n’ai pas suivi la voie rabbinique, je me retrouve en plein cœur de la transmission pour d’autre rabbins, comme vous voyez !… Cela m’a conduit un jour à rencontrer le rav4 Israël Ariel, qui est le fondateur de l’Institut du temple à Jérusalem, et j’en suis tombé amoureux – pas du rav, mais de l’Institut ! J’ai finalement accepté d’en prendre la direction, et j’ai décidé de l’ouvrir au monde francophone, et de l’« exporter », mais de l’exporter pas seulement pour le bien du peuple juif, mais pour celui du monde entier.

O.-Th. V.

En quelques mots, quel est le but de votre Institut ?

J.-M. R.

Notre but est d’abord historique : il s’agit de constituer, pour la transmettre, la mémoire du Temple, qui appartient au patrimoine mondial. En effet, pourquoi peut-on parler de la « sainteté de Jérusalem » ? Si on parle de la ville simplement parce qu’il y a la résidence secondaire de l’un ou de l’autre, comme je dis parfois, c’est bien beau mais ce n’est pas cela qui apporte la sainteté ! La sainteté de Jérusalem lui venait de la présence du Temple, à l’emplacement que nous savons, c’est-à-dire sur la pierre de fondement du monde entier, l’endroit où Dieu a choisi de créer le monde, où il a modelé Adam et Ève, et où eut lieu le sacrifice d’Isaac et toute notre descendance…

Notre objectif est de visualiser tout cela, pour ne pas en rester à des cours très difficiles à absorber : quand on est étudiant, dans un texte, c’est difficile de comprendre quelle est la grandeur, la largeur, je ne parle pas seulement de l’archéologie, mais d’un keli,5 d’un récipient, d’un objet de culte qui était utilisé pour les sacrifices. L’institut justement a cet objectif de montrer de visu ce qui existait dans le Temple et donc de comprendre plus facilement son fonctionnement.

O.-Th. V.

Et quelle est l’histoire de votre Institut ?

J.-M. R.

L’institut existe depuis une quinzaine d’années. Le rav Israël Ariel, qui était aussi commandant de l’armée israélienne, à la libération de la vieille ville lors de la Guerre des Six jours, a eu la responsabilité militaire et spirituelle des lieux. Ne voyant rien venir au bout de plusieurs années, puisque personne ne se souciait de l’endroit, alors qu’on pouvait maintenant le visiter et le fouiller, il a entrepris de créer un institut, avec l’idée, géniale à mon avis, parce que cela dépasse l’archéologie, de faire exécuter des peintures sur le vécu et le fonctionnement du Temple… Et voilà ! Cet Institut a grandi, et nous avons maintenant des centaines de milliers de visiteurs, de tous azimuts, d’Afrique, de Chine, du Japon… et qui viennent avec des yeux émerveillés parce qu’il y a ici quelque chose qui leur parle !

O.-Th. V.

Comment vous situez-vous, au sein du judaïsme actuel ?

J.-M. R.

Nous sommes perçus de façon générale comme un centre de recherche très sérieux, et nous sommes acceptés par tous les courants, même libéral, puisque nous travaillons uniquement sur les textes et nous ne déformons en rien les écrits. Nous ne voulons aucune contradiction entre eux et ce que nous faisons : aucun savant aujourd’hui ne dira le contraire ni pour les dimensions, ni pour la qualité des matériaux, ni pour les images que nous reconstituons. Nos soutiens viennent non seulement du monde juif, mais aussi du dehors, puisqu’aux États-Unis, par exemple, plusieurs courants nous aident déjà pour cette préparation à la connaissance et à la construction.

O.-Th. V.

Vous avez déjà restitué 68 des 93 objets décrits dans la Torah, et vous affirmez que pas un détail d’orfèvrerie n’est le fruit de l’imagination humaine. Pourtant, on n’a pas de description si précise dans la Torah elle-même : où prenez-vous tous ces renseignements ?

J.-M. R.

Vous savez, dans l’étude de la Torah,6 il y a quatre niveaux7 : le premier, la façon simple de comprendre un texte, c’est le pshad, mais on le comprend très légèrement, si bien qu’il faut trois autres niveaux pour arriver au sod, qui veut dire « le secret » en hébreu; il faut de nombreuses années d’études pour y arriver, car c’est lié à une guématria, une sorte de numérologie. De plus, la mishna8 – écrite par les tannaïm9 entre 100 et 200 – recueille, parmi bien d’autres traditions orales qui remontent à Moïse, les descriptions détaillées faites par des gens qui ont vécu le Temple… Donc la Torah nous donne beaucoup de détails, mais quelqu’un qui n’a pas eu la chance d’étudier ne peut pas les lire d’emblée. C’est l’objet de notre travail, que de transmettre cet enseignement en montrant des images que chacun puisse comprendre.

O.-Th. V.

On peut voir en particulier dans les vitrines de votre Institut la ménorah – des kilogrammes d’or ! –, l’autel des parfums et la table des pains de proposition qui étaient dans le Saint, avant le rideau qui ouvrait sur le Saint des Saints. Vous êtes très attaché à la leçon morale et mystique qu’ils donnent; pourriez-vous nous la rappeler ?

J.-M. R.

L’important est de comprendre le mécanisme du Beth Ha mikdash, qui ne doit pas rester seulement un lieu de pèlerinage émouvant… Pourquoi Dieu a-t-il demandé un endroit, un bâtiment avec des colonnes, des objets divers, tout un processus ? il faut le comprendre. Et si on le comprend, alors on comprend pourquoi Dieu a créé le monde, et le Temple est vraiment le centre du monde. Je le disais hier à des journalistes français : vous savez, vous parlez politique, mais si vous compreniez l’importance et la centralité du Temple… la paix mondiale ne se générera que par le Temple. Ces trois objets ont été donné par Dieu, à l’époque, par l’intermédiaire de Moïse et de Bétzalel, qui était l’orfèvre en la matière. Ils ont été révélés : aujourd’hui on sait ce que c’est une ménorah, mais à l’époque où Dieu a dit « tu feras une ménorah ! », personne ne le savait.10

Les sept branches de la ménorah représentent une lumière, la lumière du Temple, la lumière spirituelle qui jaillissait de l’intérieur du Temple vers l’extérieur. Elle est faite d’une branche centrale, qui est le shabbat, et d’autres branches qui ne tiennent que grâce au pilier central : trois à droite et trois à gauche, c’est-à-dire les trois jours qui précèdent et les trois jours qui suivent le shabbat. Toute la semaine est centrée sur le shabbat et la lumière ne jaillit que si on comprend cette centralité. C’est « six jours tu as travaillé, le septième jour tu te reposeras et tu n’auras pas d’activités » – sans cela, nous ne sommes pas reliés à l’ordre divin…

Il y a également la table des pains de proposition, qui représente tout l’ordre matériel. Sur cette table il y avait douze pains, qui étaient remplacés tous les samedis matins. Ils restaient chauds et moelleux d’un samedi à l’autre : malheureusement, nous avons perdu la recette de la famille Cohen qui avait cette charge ! Dieu nous dit : « Attention, tu mettras en permanence ce pain devant Moi pour que, lorsque tu entres dans le Qodesh, dans le Saint, tu n’oublies jamais la terre ! Tu dois travailler la terre et entretenir une relation avec Moi pour que Je te donne les pluies pour la terre, et le soleil et les saisons en leur temps. Alors tu comprendras que nous sommes intimement reliés l’un à l’autre, Dieu, l’homme et la terre ». Et l’un ne peut pas agir sans l’autre ! Dieu, bien sûr, peut agir mais nous, nous devons comprendre que tout repose sur cette relation. Vous voyez, ce n’est pas seulement le spirituel du shabbat, mais aussi le matériel…

Au milieu, vous le rappeliez, il y avait l’autel des parfums. Onze parfums y étaient offerts tous les jours par un cohen désigné par tirage au sort, ou par le Grand prêtre, qui pouvait le faire quand il le voulait. Onze parfums : onze tribus plus la douzième, celle du cohen, qui appartient à la tribu des Lévi. L’un de ces onze parfums sentait très mauvais, mais Dieu exigeait qu’on le mélange aux autres, pour que l’offrande soit agréée; il représente ceux qui sont partis dans la vie sans avoir la chance d’apprendre, sans connaissance. À nous de les ramener, de leur dire : « Attention, comprends que nous avons besoin de toi pour que Dieu accepte notre offrande ! » – Et voilà tout le travail de l’Institut : transmettre cette connaissance, pour que tous comprennent le fonctionnement du Temple et soient unis.

Ces trois objets sont là pour nous apprendre à bien nous situer entre le spirituel et le matériel. Vous savez qu’aujourd’hui on accumule les lingots d’or dans les banques, et de l’autre côté il y a des gens qui meurent de faim. Alors on se révolte, mais contre qui ? contre Dieu, parce que Dieu laisse faire des choses pareilles ! Mais Lui nous répond : « Attention, la terre, c’est toi qui en es responsable; si tu comprends le message que Je t’ai donné avec le Temple, à ce moment-là, tous ces gens-là auront à manger… »

Voilà un petit peu cet extraordinaire message !… Et en face de ces parfums il y avait le Rideau, et derrière, l’Arche de l’Alliance, avec dedans la Loi. Dieu nous dit : « Regarde, si tu comprends ce qui est à l’intérieur, au milieu, en face de toi dans cette Arche, alors tu feras jaillir la lumière spirituelle et tu auras le matériel qu’il te faut ».

O.-Th. V.

Et l’Arche, justement ?

J.-M. R.

Cela va peut-être vous surprendre, mais l’Arche, on sait où elle se trouve. Nos maîtres se sont transmis le secret. Elle est dans la cachette que Salomon avait aménagé en cas de danger, sous le Temple, et où Josias l’a fait mettre à l’époque.

O.-Th. V.

La première question qui vient à l’esprit, c’est celle du lieu du Troisième Temple : pensez-vous qu’il doive et qu’il puisse être construit à l’emplacement des deux Temples précédents, qui est actuellement occupé par des mosquées célèbres dans tout le monde musulman ?

J.-M. R.

Si on a compris le message que je viens de vous donner et que nos maîtres nous enseignent, l’emplacement que Dieu a choisi est la pierre de fondement du monde, la pierre où eut lieu la ligature d’Isaac, le rêve de Jacob, la naissance d’Adam et d’Ève – nos père et mère à tous, de tous les peuples… on ne peut concevoir que le troisième Temple n’apparaisse pas au même endroit. Et ce n’est pas seulement une vue de l’esprit, c’est marqué dans les prophéties, qui disent que « le premier Temple sera construit et sera démoli, le deuxième Temple sera construit et sera redémoli, et le Troisième Temple sera reconstruit et ne sera plus jamais redémoli »… C’est quelque chose que nous attendons : si les deux autres prophéties se sont avérées exactes, nous sommes sûrs que la troisième prophétie se réalisera également…

O.-Th. V.

Concrètement, avec les mosquées sur l’Esplanade, comment envisagez-vous les choses ?

J.-M. R.

Moi je n’envisage rien, simplement je transmets ce que les prophètes ont écrit… C’est qu’il y aura un phénomène surnaturel à cet emplacement. Je ne sais s’il faut en parler ou non, car ce n’est pas l’objet de notre approche qui est une approche de paix, de shalom, mais… c’est quelque chose qui va se passer : les troubles actuels marquent le début de la guerre de Gog et Magog,11 qui va, malheureusement, faire de nombreuses victimes – c’est marqué dans cette prophétie, qui dit également que la pierre de fondement va jaillir de l’eau et va submerger l’Esplanade du Temple. À ce moment-là, le Temple va se reconstruire, purifié, pour la paix et le bien du monde entier; alors, les Justes des nations se réveilleront en disant « mais c’est la seule solution », puisque nous n’avons pas trouvé jusqu’à présent de solution politique… Nous, nous ne sommes pas dans une impasse parce que nous savons qu’il n’y a qu’une solution, et je pense que les Justes des nations vont se réveiller, et à ce moment-là, le Messie nous indiquera le chemin à suivre…

O.-Th. V.

Il ne s’agit donc pas d’envoyer l’armée pour… raser les mosquées ?…

J.-M. R.

Non ! Écoutez, si l’idée d’Israël avait été cela, on n’aurait pas attendu !… Vous savez comme moi que le gouvernement d’Ehud Barak a souhaité donner même plus que beaucoup d’Israéliens, et Monsieur Arafat l’a refusé. Ça veut dire que ce n’était pas son souhait d’avoir un gouvernement. Il n’en est pas capable. Il aurait pu accepter, puisque tout était réglé, les territoires, etc; on était d’accord avec tout, pourvu qu’il y ait la paix, mais il a refusé, malheureusement… Nous ne souhaitons pas militairement… Peut-être qu’effectivement il va y avoir ce phénomène de révolte et de guerre, mais l’idée de casser quelque chose, cela n’a jamais été dans l’esprit d’un Israélien, au contraire, nous sommes trop respectueux des différentes religions. Et je pense que vous en savez quelque chose, toutes les religions vivent en harmonie en Israël, avec des lieux de prière et la possibilité de s’exprimer comme elles le souhaitent, ce qui n’est pas toujours le cas ailleurs.

O.-Th. V.

Vous n’êtes donc pas de ceux qui essaient chaque année, en dépit des forces de l’ordre, de poser la pierre du Troisième Temple ! Mais s’il faut attendre que les cœurs des hommes, pas seulement ceux des Juifs (et vous m’avez dit que c’est déjà tout un travail, n’est-ce pas ?) soient disposés à la reconstruction du Temple, ne faut-il pas dire que vous attendez en réalité la fin du monde ?

J.-M. R.

« Fin du monde » n’est pas un terme exact; il n’est pas de notre obédience; on sait très bien que même si on meurt ici, ce n’est pas une fin en soi, puisqu’il y a une vie au-delà. Quand on trinque chez les Juifs on dit « leHayyim », littéralement « aux deux vies ! », c’est-à-dire : à la vie d’ici et à la vie d’au-delà…

Quant à la pose de pierre, nous n’adhérons pas à l’association qui l’organise, mais je crois que psychologiquement c’est très intéressant, parce que le fait d’amener une pierre, physiquement, avec le camion que les gens voient, conduit les journalistes du monde entier à nous questionner : « Mais alors, quoi, vous voulez reconstruire le Temple ? » « – Eh oui, enfin vous avez compris que ce Temple va être reconstruit ! » Bien sûr, ce n’est pas cette pierre qui va amener la construction de ce Temple-là, mais elle signifie : « Attention, ce Temple va être reconstruit. Que vous le souhaitiez ou que vous ne le souhaitiez pas, il faut que vous vous le mettiez en tête : ce Temple va être reconstruit ! Et la meilleure des choses, c’est que nous le reconstruisions ensemble » et c’est tout l’objet de notre travail à l’Institut de dire « comprenez le message », et si ce Temple se reconstruit, le Messie arrivera très vite, pour nous indiquer la voie à suivre.

Donc nous, nous ne sommes pas des extrémistes – je n’aime pas ce mot, mais bon : nous ne sommes pas des gens qui sont en démesure. Nous essayons au contraire de transmettre de façon toraïque avec des moyens audiovisuels le pourquoi de ce Troisième Temple. Mais cette cérémonie de la première pierre, c’est quelque chose qui frappe beaucoup, et je pense, personnellement, que c’est bon pour le monde, parce que ça lui annonce quelque chose qui va se passer un jour; ce jour-là est même très proche à notre avis !

O.-Th. V.

Pour que le Temple puisse fonctionner, il faudra que des prêtres et des lévites reprennent du service, si j’ose dire. Comment pourra-t-on faire pour savoir qui est légitimement prêtre ou lévite dans le Peuple juif d’aujourd’hui ?

J.-M. R.

Voilà une question sur laquelle nos maîtres se sont penchés plusieurs fois. Effectivement, un Cohen ou un Lévi d’aujourd’hui peut ne pas être un cohen ou un lévi : des mésalliances ont eu lieu, des tribus sont parties… De plus, ne peut l’être que quelqu’un qui connaît le fonctionnement, et qui applique la Loi que Dieu a donnée. Donc on ne peut pas se réveiller un jour en disant « Tiens, maintenant je suis cohen, je suis lévi » ! Selon nous, le Temple sera reconstruit et ensuite, le Messie arrivera pour nous donner toutes ses directives. Il nous dira alors qui est réellement cohen ou lévi. Aujourd’hui cela nous dépasse – même si on a des analyses de groupes sanguins qui commencent à se faire, et qui permettent de voir quelle est la descendance cohen et la descendance lévi dans ces groupes sanguins, c’est encore très, très aléatoire et ce n’est pas une science toraïque exacte.

O.-Th. V.

Les rabbins ne voient pas comme une espèce de concurrence l’idée que le sacerdoce reprenne ?

J.-M. R.

En aucune façon, car depuis qu’ils sont tout jeunes, on leur apprend que le Temple sera reconstruit ! Quand on dit à PessaH12 « l’année prochaine à Jérusalem », ce n’est pas « dans ma résidence secondaire » ou « en vacances », c’est à Jérusalem reconstruite avec son Temple ! Tous les Juifs, depuis la destruction du Temple, le disent dès leur enfance : c’est donc quelque chose qui est dans la pensée de tous les rabbins au monde !

O.-Th. V.

Envisagez-vous, dans ce Temple à venir, une reprise du régime des sacrifices ?

J.-M. R.

Effectivement, nos maîtres nous enseignent que les sacrifices auront à nouveau lieu. C’est pourquoi l’Institut du Temple reconstitue aussi des objets, que vous voyez ici, qui pourront peut-être servir dans le prochain Temple. Les sacrifices doivent reprendre parce qu’ils nous ont été ordonnés par Dieu. L’homme doit exécuter ce que Dieu a dit – même s’il ne le fait pas toujours, malheureusement, car si les religions se sont multipliées c’est par le fait des hommes, et pas de Dieu, qui dit au contraire : « Réunissez-vous ensemble car Je suis Dieu Un ». Le moment venu, Dieu nous éclairera : le Messie nous donnera exactement les fonctions à faire. Les sacrifices se referont, pas tous comme à l’époque – c’est marqué, d’ailleurs, dans la Torah – certains sacrifices ne se feront plus. Par exemple, savez-vous qu’à l’époque de la Délivrance, tout le monde apportera un sacrifice expiatoire ? Imaginez : tous les gens apportant des sacrifices pour l’expiation de leurs fautes, c’est écrit ! Et il y aura également l’offrande des parfums, c’est évident.

O.-Th. V.

Et des sacrifices sanglants d’animaux ?

J.-M. R.

Oui, ces sacrifices vont revenir : si Dieu nous a indiqué que ce sont des odeurs qui Lui sont agréables, comment le défier en disant « je ne ferai pas de sacrifices, parce que moi, tuer une bête, je ne suis pas d’accord » ? Pourquoi Dieu nous les demande-t-il ? Parce qu’en nous il y a une sorte d’être bestial depuis toujours; et si l’animal a été créé, c’est pour l’expiation de la faute de l’homme : c’est quelque chose que nous pouvons difficilement comprendre… C’est comme la vache rousse : pour purifier un cohen il faut les cendres d’une vache rousse;13 pourquoi une vache rousse ? Aucun maître n’a pu le savoir, mais nous croyons qu’un jour le Messie nous le dira. Mais si nous voulions bien comprendre que nous sommes petits, trop petits pour comprendre les desseins de Dieu, à ce moment-là nous serions beaucoup plus grands.

Le sacrifice des bêtes nous révulse, mais aujourd’hui nous tuons des milliers de bêtes dans des abattoirs et on trouve tout ce sang tout à fait normal, parce que c’est pour notre consommation personnelle. Mais pour Dieu, sacrifier une bête ? Ah non ce n’est pas normal parce que c’est vraiment bestial !… Pourtant, lorsqu’une bête était sacrifiée, une partie était consumée en offrande pour Dieu, une partie était consommée par le cohen, et une partie était consommée par celui qui apportait l’offrande. Alors je ne vois pas ce qu’il y a de plus bestial ? Au contraire, si je peux élever ainsi ma nourriture en faisant ce sacrifice que Dieu m’a demandé, eh bien, je le fais volontiers !

O.-Th. V.

Et pourtant le prophète Isaïe est monté au Temple un jour pour dire : « Que m’importent vos innombrables sacrifices… Je n’y prends pas plaisir… » (Is 1, 11 sq.)

J.-M. R.

Avant la destruction du Temple, le prophète Isaïe a voulu refléter les paroles de Dieu qui nous dit dans Vayikra (le Lévitique) : « Arrêtez, je ne veux plus de vos sacrifices hypocrites ». C’est dans ce contexte qu’Isaïe transmet à son peuple ces paroles. En effet, les sacrifices qui se faisaient à l’époque par milliers n’étaient plus offerts en rapprochement à Dieu avec ferveur, mais reflétaient l’orgueil des hommes. Ainsi, ils venaient pour montrer leurs richesses : à celui qui apporterait les plus belles bêtes ! Il n’y avait plus d’élévation de l’homme vers Dieu mais des sacrifices hypocrites et c’est pour cela que Dieu a décidé de se retirer et de laisser détruire le Temple ».

O.-Th. V.

Si la venue du Messie est nécessaire pour que le sacerdoce légitime soit rétabli, ne vaudrait-il pas mieux attendre qu’il soit venu, avant de penser à rebâtir le Temple ?

J.-M. R.

Pour certains, le Messie doit venir d’abord. Nous pensons différemment : aide-toi et le Ciel t’aidera ! Nous reconstituons les objets, physiquement, pour faire comprendre l’importance du Temple et stimuler chacun à se construire intérieurement. En effet, Dieu nous dit que chaque homme est un Temple à lui tout seul : il nous dit « Vous ferez cette demeure et Je résiderai avec vous », pas « en ce lieu-là », mais avec vous, en vous. Il faut que chacun comprenne le mécanisme du Temple, pour désirer et réclamer ce Temple. À ce moment-là, il se reconstruira, physiquement, et le Messie viendra pour indiquer qui est qui et qui fait quoi.

O.-Th. V.

Vous seriez d’accord avec saint Paul quand il dit : « Le Temple c’est vous »…

J.-M. R.

Oui, le temple c’est d’abord nous, mais ensuite c’est l’endroit que Dieu a choisi, où nous devons aller parce que Dieu a dit « Tu viendras trois fois par an pour que Je t’y voies ». Certes Dieu est partout, mais c’est à cet endroit qu’il a créé le monde. « Si tu comprends que J’ai créé le monde pour que nous soyons en relation ensemble, Je verrai que tu viens vers Moi et Je te bénirai ». Et tous les hommes, nous serons reliés ensemble par un Dieu un : c’est tout l’objet de notre discussion.

O.-Th. V.

J’ai lu dans le quotidien israélien Ha’aretz que certains Juifs, dans le mouvement Chabad,14 ont tendance à dire que le rab loubavitch Rabbi Menachem Mendel Schneerson, qui est mort en 1994, était Messie. Comment prendre une affirmation si étrange ? Et cela a-t-il le moindre rapport avec votre espérance pour le Temple ?

J.-M. R.

Nous n’avons aucun rapport avec le Chabad, association qui au demeurant a fait un travail extraordinaire pour la compréhension des textes, le retour de beaucoup d’ouailles perdues dans notre Peuple, mais sans prosélytisme, puisque vous savez que le peuple Juif n’est pas un peuple prosélyte. Son maître à penser, le rav Schneerson Mendel, était effectivement potentiellement un Messie : il aurait pu l’être si Dieu l’avait dévoilé, mais… à chaque génération il y a un Messie potentiel; s’il ne se dévoile pas, c’est que ce n’était pas à lui d’actualiser cette potentialité. Dans ce groupe de personnes très érudites et d’un cœur extraordinaire, on pense que le rabbi Mendel va renaître pour être le Messie, ce n’est pas du tout notre façon de penser… mais encore une fois, si c’est lui, pourquoi pas, car si c’est lui, tout le monde le saura et moi, je ne suis pas jaloux d’un Messie ou d’un autre.

O.-Th. V.

Les chrétiens croient que le Messie est déjà venu, en la personne de Jésus de Nazareth, et ils attendent son Retour glorieux. Qu’auriez-vous envie de répondre à ceux qui pensent parfois, en particulier dans les Cercles d’amitié judéo-chrétienne, qu’au fond vous et nous, sommes animés par la même espérance ?

J.-M. R.

D’abord, j’espère que nous sommes animés de la même espérance, parce que tout notre travail vise à dire à tous « soyons unis pour la reconstruction du Temple et adorer Dieu Un » !

En ce qui concerne Jésus, nous croyons qu’il a vécu à l’époque du Temple, son père était charpentier au Temple, d’ailleurs. Il est né juif et mort juif et n’a jamais dit autre chose que ce que ses maîtres lui ont appris. Pour le monde chrétien Jésus est le Messie, mais pour le monde juif, il ne peut pas être le Messie puisque les prophéties d’Isaïe disent que le jour où le Messie sera là, le Temple sera reconstruit et ne pourra plus jamais être redémoli… Si Jésus avait été à l’époque le Messie, le Temple serait encore debout.

D’un autre côté, moi, entre nous, si Jésus revient comme Messie, puisqu’il n’y a qu’un Dieu, si Dieu a décidé que ce soit Jésus le Messie, à ce moment-là je pense que Jésus reviendra en disant « Vous n’avez pas compris mon message », parce que Jésus n’a jamais souhaité qu’on l’idolâtre, puisque finalement il est né juif et mort juif; il fut un prophète comme l’était Moïse. Alors effectivement il y a, je le sais, dans le monde chrétien, Jésus mort et Jésus ressuscité. Je n’entre pas dans ces détails qui sont tout à fait propres à une tendance religieuse qui n’est pas la mienne, mais je dis que si effectivement demain Dieu a décidé que Jésus revenait et qu’il soit le Messie, eh bien, nous sommes prêts, puisque finalement c’est Dieu qui nous l’indiquera !

Dieu a toujours dit « Je suis l’Éternel ton Dieu, Je suis un Dieu jaloux » : comment puis-je comprendre alors que Dieu a besoin d’un Fils ? Il n’a pas besoin d’un autre Dieu… et « Tu ne te feras pas d’image de ton Dieu », or aujourd’hui, dans le monde chrétien, Jésus est l’Image de Dieu, c’est complètement en opposition avec les dix commandements que Dieu a donnés. Donc pour ma façon de fonctionner, c’est quelque chose qui ne correspond pas à une réalité. Je ne fais aucune critique, je dis simplement « Pour moi, il y a quelque chose qui n’est pas cohérent », ou alors on dit « C’est un prophète » et je dis d’accord, il a eu une connaissance que nous n’avons… que certains n’ont pas comprise, mais si vous prenez l’évangile…

O.-Th. V.

Vous savez peut-être que pour nous, le Temple rebâti définitivement, c’est le Corps du Christ ressuscité ?

J.-M. R.

Oui, mais nous sommes corps et esprit, donc à ce moment-là nous aurions une paix mondiale, ce qui n’est pas le cas. Alors là il y a aussi quelque chose que je n’arrive pas bien à comprendre, mais il faut dire que je ne suis pas très érudit, alors peut-être, un jour, je…

O.-Th. V.

Jean-Marc Rosenfeld, permettez-moi de vous poser cette question : avez-vous lu les Évangiles ? Le Nouveau Testament ?

J.-M. R.

Il va de soi que je les ai moins lus que vous, mais étant strasbourgeois, j’ai été bercé dans le monde chrétien et il m’est arrivé – Dieu merci – de participer aux fêtes de nombreuses communautés… Mais je voudrais dire une chose : quand on parle de Nouveau testament ça me choque un peu, car ça veut dire que ce qui est nouveau est bien et que ce qui est ancien, c’est révolu. Or quand on sait que ce qui est ancien, c’est notre histoire à chacun de nous, la création du monde, les Dix commandements… Et on dit « Ah non, maintenant on part du nouveau » ! … Pour nous cette suite a peu de valeur, puisque tout est dans la Torah, qui reste d’actualité depuis qu’elle a été donnée, et qu’on peut la commenter avec la Michna, la Guemara et tous les textes – si vous les étudiez, même les événements d’aujourd’hui sont marqués dans la Torah… J’en discute beaucoup avec des amis chrétiens, très pratiquants, quand je leur parle de la Création, des commandements, de Moïse, eh bien, ils ne savent pas, et pourtant ils étaient en enseignement permanent, dans les églises; alors je leur dis , « Mais comment pouvez-vous comprendre cette nouveauté, si vous ne connaissez pas ce qui est ancien ? »… Ce n’est pas une critique, c’est un constat !

O.-Th. V.

Un chrétien a pour le Temple de Jérusalem une grande admiration, puisque les apôtres eux-mêmes en étaient émerveillés, et que Jésus s’est mis en colère contre ceux qui en souillaient la sainteté en y cherchant des profits malhonnêtes… Et en même temps il se souvient de cette autre parole de Jésus : « Ce n’est pas à Jérusalem ni sur le mont Garizim, c’est en tout lieu que le Seigneur peut et veut être adoré, en esprit et en vérité ». Dans ce cas, la question du Temple devient secondaire, par exemple, les églises chrétiennes sont à la fois nécessaires, comme une pédagogie symbolique, et relatives : c’est le cœur de l’homme qui est le véritable autel où il doit s’offrir à l’Éternel, et avec lui le monde entier. Qu’en pensez-vous ?

J.-M. R.

Effectivement, on doit se recueillir vers Dieu partout, parce que tout le monde n’habite pas à Jérusalem, tout le monde n’habite pas en Israël, mais la France, la Tunisie, le Maroc… mais quand on dit que le Temple de Jérusalem est l’endroit que Dieu a choisi pour y résider en permanence, ça ne veut pas dire qu’il n’est pas partout, mais « c’est à cet endroit-là que Je veux te voir », c’est son choix à Lui !

Jésus a voulu dire non pas que le Temple de Jérusalem n’est pas important, mais que si le Temple ne fonctionne pas comme il doit – et nous savons qu’il y a eu des périodes où c’était le cas – on peut toujours prier Dieu ailleurs, avec qavanah, comme on dit en hébreu, avec passion et avec force, et Dieu nous entend. Mais il est un fait que si la paix mondiale qui doit naître, si elle ne tenait qu’au Temple dans l’homme, elle serait déjà là ! il faut que le Temple soit bâti pour que se réalisent toutes les prophéties !

O.-Th. V.

Notre revue s’appelle Kephas, ce qui veut dire Pierre, parce qu’elle est très attachée à la parole de paix et de vérité qui vient de celui que nous croyons être le successeur de saint Pierre. Comment appréciez vous le long pontificat de Jean-Paul II ? Avez-vous gardé un souvenir particulier de la visite qu’il a faite en Israël pour l’année du Grand Jubilé chrétien ?

J.-M. R.

Oui, mémorable, car j’ai eu la chance d’être très près de lui. Il y a eu un message d’humanité qui a traversé le monde entier. Je me rappelle le moment où il a placé son vœu dans l’interstice du Mur, comme font les juifs du monde entier, et même les non-juifs : le fait qu’il ait montré son attachement – et le monde chrétien à travers lui – à la réalité du Temple, nous prouve que c’est un homme qui a une grandeur d’âme, un souhait d’unification et de paix mondiale… Malheureusement il n’est qu’homme, même s’il est appelé « Sa Sainteté » – s’il était autre chose, ce serait le Messie et nous aurions la paix mondiale et déjà la solution… mais… ce message très fort nous a marqués. Ce fut une visite très bénéfique, puisque le monde entier avait pour une fois les yeux fixés sur Israël dans la paix, et pas dans la guerre !

O.-Th. V.

Jean-Marc Rosenfeld, merci de ce moment passé avec les lecteurs de Kephas !


  1. B’nai B’rith : la plus ancienne et la plus puissante organisation juive. Fondée en octobre 1843 à New-York par douze immigrés Juifs allemands comme une société d’entraide, son nom, signifiant « les enfants de l’Alliance » décrit bien son idéal : unir les Juifs du monde entier au service de leur communauté. Influente dès la Guerre civile, partie prenante de la fondation de l’O.N.U. en 1948, l’organisation, désormais présente dans 58 pays, sert les intérêts juifs à tous les niveaux diplomatiques, politiques et humanitaires, partout dans le monde. Plus de détails sur son site : http://bbi.koz.com/servlet/bbi_ProcServ.
  2. Aliy(y)a(h) : terme hébreu signifiant « montée » et désignant l’immigration en Israël dans le judaïsme contemporain. Dans la liturgie synagogale, le mot désigne aussi la « montée à l’autel » pour la lecture de la Torah.
  3. Beth Ha Miqdash : littéralement « la maison du sanctuaire ».
  4. Rav (rabbin) : « maître » : enseignant autorisé dans la tradition juive classique, depuis la chute du « Second Temple » en 70. Le rôle des rabbins n’a cessé d’évoluer au long des siècles. Traditionnellement, ils sont les guides spirituels et législatifs de la communauté.
  5. Keli : objet de culte, en particulier vase.
  6. Torah : on apprend habituellement dans le monde chrétien que la Torah (« Loi ») désigne proprement les cinq premier livres de la Bible (le « Pentateuque », en grec). En réalité, comme l’ensemble du judaïsme contemporain, Jean-Marc Rosenfeld emploie le mot en un sens très large, regroupant non seulement la Torah au sens strict (les écrits qu’on vient de signaler), mais aussi un vaste ensemble de traditions qu’ils considèrent comme la « Torah orale », révélée par Dieu à Moïse à l’instar de la Torah écrite, transmise de génération en génération et recueillie finalement par les maîtres pharisiens puis les rabbins. Très largement acceptée par le judaïsme tel qu’il s’est structuré aux premier et second siècle, l’idée d’une Torah orale dotée d’une telle autorité n’a cependant jamais fait l’unanimité : dès l’Antiquité les Saducéens la refusaient, plus tard s’y joignirent les Karaïtes…
  7. Quatre niveaux : Jean-Marc Rosenfeld fait ici allusion aux quatre procédés d’interprétation traditionnels du judaïsme, que l’exégèse chrétienne a repris à travers la théorie des « quatre sens de l’Écriture ». On les retient facilement grâce à l’acronyme PaRDeS qui signifie verger. Pshat (exposé du sens obvie ou littéral); Rémèz (découverte du sens allusif, découlant de l’interprétation allégorique); Drash (littéralement : signification inventée par la recherche); et Sod (le sens mystique ou secret).
  8. Mishna : une compilation écrite en hébreu de la loi orale juive, faite sous la responsabilité de Rabbi Judah le Prince vers 200. Elle est censée fixer l’enseignement d’environ cent cinquante maîtres qui auraient vécu entre –50 et 200. Son nom même (mishnah signifie littéralement « deuxième » en hébreu) indique sa place aux côtés de la Torah au sens strict. La mishna, suivie de longs commentaires en araméen (gemara) allant du deuxième au sixième siècle constitue le Talmud. Le Talmud de Palestine ou de Jérusalem fut terminé au 5e siècle, le Talmud de Babylone (le plus étudié) au 6e siècle. Les discussions à partir de la mishna se font selon une méthode dialectique très particulière : le « Pilpul ».
  9. Tanna (pl. tannaïm) : le mot hébreu signifie « répétiteur ». Les tannaïm furent les sages juifs couvrant les deux premiers siècles de l’ère chrétienne; on leur doit la Mishna, un « complément » (Tosefta) de la Mishna (IIIe siècle), mais aussi des explications extrêmement détaillées et très inventives de l’Écriture, appelées midrashim (singulier : midrash).
  10. Betzalel (ou Beça léel). Lisez Exode 31. Histoire de Betzalel : au cours de la visite de l’Institut, J.-M. Rosenfeld raconte que Betzalel refusa deux fois de réaliser la ménorah, la première parce qu’il ne savait pas ce que c’était, la seconde parce qu’il ne savait pas comment la réaliser une fois que Moïse la lui eut décrite. Finalement Dieu lui ordonna de jeter un bloc d’or au feu, et la menorah se forma miraculeusement. Pour récompenser l’humble Betzalel, qui avait avoué sa pauvreté, Dieu voulut bien qu’il fût pourtant considéré comme l’auteur de l’objet.
  11. Gog et Magog : Gog est le prince païen de Magog. Voyez la prophétie d’Ezéchiel, chapitres 38 et 39. On y lit en particulier cette adresse au prince : « N’est-il pas vrai que ce jour-là, quand mon peuple Israël habitera en sécurité, tu te mettras en route ? Tu quitteras ta résidence à l’extrême nord, toi et des peuples nombreux avec toi, tous montés sur des chevaux, troupe énorme, armée innombrable. Tu monteras contre Israël mon peuple… »(Ez 38, 14 sq.). Les rabbins du XXe siècle, particulièrement depuis la fondation de l’État d’Israël – comprise comme réalisation des anciennes prophéties du Retour – n’ont cessé des scruter l’histoire mondiale pour discerner les linéaments du scénario qui conduira, à travers cette grande épreuve, à une nouvelle période de paix universelle…
  12. PessaH, ou Pâque : au départ grande fête agricole de printemps, connue aussi comme hag hamatzot (fête des pains sans levain). Transformée ensuite en mémorial de l’Exode et de la sortie d’Égypte (cf. Ex 12–13). La fête dure huit jours, au cours desquels on s’abstient de toute nourriture fermentée. Un repas rituel appelé « seder » est préparé, et finalement pris tout en récitant la Haggadah de PessaH, récit ponctué d’hymnes et de chants rappelant la sortie d’Égypte et sa signification spirituelle. On a parfois dit (pour des raisons symboliques évidentes) que Jésus avait institué l’Eucharistie au cours du seder pascal.
  13. Vache rousse : lisez Nombres 19, 1–22. Les cendres d’une vache parfaitement rousse, brûlée rituellement hors du camp, servaient à la fabrication de l’eau lustrale nécessaire à la purification de quiconque avait approché un cadavre. Aucun service sacerdotal n’est donc possible sans cette eau. L’Institut du Temple s’intéresse aux recherches en cours dans le monde entier pour trouver une vache parfaitement rousse (la tradition précise qu’elle ne doit pas avoir plus de trois poils d’une autre couleur). Un petit troupeau au Mexique, dont on peut voir la photographie dans un coin de l’Institut, lui a donné de faux espoirs récemment : une fois que les veaux eurent grandi, la pureté de leur rousseur s’est altérée…
  14. Le Chabad est un mouvement de réforme religieuse loubavitch qui a développé un tel culte de la personne de son rabbi (défunt) Menachem Mendel Schneerson, en qui il voit le Messie, allant parfois jusqu’à le rapprocher de l’essence divine, que certains mouvements missionnaires chrétiens aux États-Unis ont imprimé des affiches à l’intention de ses adeptes déclarant : « Right idea, wrong man » ! Ha’aretz du 4 janvier 2002, page 88, sous le titre « Afraid to say they have strayed » publie un long article d’un professeur de pensée juive à l’Université hébraïque, dénonçant une sortie de l’« orthodoxie » juive dans ce mouvement, socialement et religieusement si puissant, pourtant, qu’aucune institution du judaïsme contemporain n’ose le condamner… Voyez le site du Chabad http://www.chabad.org/. On me cite cette blague fréquente en Israël aujourd’hui : « Quelle est la religion la plus proche du judaïsme ? … – Le Chabad ! ».