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Juil.–Sept. 2002

Poésie directe

Gaël de Bouteiller (1975)
Compagnon menuisier à la Chartreuse de la Verne, dans le Var, parmi les Petites sœurs de Bethléem.

Gaétan de Magneval (1975)
Tailleur de pierre à Paris, marié, un enfant.

Florentin Benoit d’Entrevaux (1975)
En Ardèche depuis quatre ans, il puise son inspiration dans le silence et la solitude, (accompagné par un père ermite bénédictin).

Nous n’enregistrons pas seulement les phénomènes terrestres, nous dirigeons notre regard vers l’intérieur de nous-mêmes, l’orientant vers une réalité spirituelle qui constitue l’arrière-fond de notre existence et se reflète dans des images.

Passion pour l’absolu, quête de la vérité, surtout indéfectible espérance en la vraie vie... Dans ce sens, la poésie, portée par notre Foi, se voudrait langage d’espérance.

Directe, sans détour, parce que ce que nous écrivons serait comme un fruit de l’arbre naturellement fertile de la Foi, et que de l’écrire revient à le partager.

La Providence

La Providence façonne le temps, le présent est son siège.
A travers son prisme un visage de Dieu se dessine, la beauté paraît ;
parfois aussi l’humour ou « l’ironie du sort ».
Au hasard des libertés humaines elle conduit le monde vers son parfait accomplissement.
La Providence serait un acquiescement à la conduite de l’homme,
un miroir miséricordieux, signe du Temps.
Dieu nous est révélé miséricorde et compassion, le Christ nous rappelle aussi qu’il a une volonté.
Ce plan de Dieu sur l’homme, est-il humainement intelligible ? Il est par contre certain que l’amour en est le cœur.
La Providence, le présent, envoie des signes qui ne sont pas toujours aisés à discerner, d’ailleurs plus on s’éloigne de son âme moins la perception même de signes est sensible.
La sagesse est une sorte de compréhension mise en actes du Plan car la volonté de Dieu est Sagesse.

« La sagesse mérite bien son nom, elle n’est pas accessible au grand nombre. Engage tes pieds dans ses entraves et ton cou dans son collier. » (Ecclé. 6, 22–25) « Toute sagesse vient du Seigneur, elle est auprès de Lui à jamais. » (Ecclé. I, 1)

« ... Disons qu’en créant le ciel et la terre la Sagesse a bien joué devant le Seigneur, mais qu’en créant des cieux nouveaux et une terre nouvelle, elle a si bien joué devant le Seigneur qu’elle s’est jouée du diable ». (Rupert de Deutz)

II est donc sage de se fier à Dieu – salutaire aussi – pour faire sa volonté, cela peut sembler paradoxal dans le silence. Et il faut être un peu orgueilleux pour prétendre faire naturellement la volonté du Père.

« Mettez vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur et vous trouverez soulagement pour vos âmes »... (Mt. II, 25–30)

Ainsi attelés, nous avançons pauvrement, dépossédés ; légers et libres, abandonnés dans le temps, certes, mais sans crainte car sur cette route la Providence égrène nos vies, elle tend à conduire l’homme à bon port et déjoue l’Adversaire.

« Comment donc le Malin fut-il joué par la sagesse ? – Dans l’œil, comme à l’hameçon, on le prendra ! (Job)- Qui ne sait que l’hameçon montre l’appât, cache la pointe ? L’appât sollicite, pour que la pointe transperce. Notre Seigneur venant racheter le genre humain fit de Lui-même une sorte d’hameçon pour prendre le diable. Il prit un corps, pour que le diable convoitât en Lui la mort de la chair comme un appât. Mais pour avoir convoité injustement la mort du Seigneur, Léviathan nous laissa échapper, nous qu’il tenait avec un certain droit. Il fut donc pris à l’hameçon de l’incarnation, puisqu’en poursuivant dans le Christ l’appât de son corps, il fut transpercé par la pointe de sa divinité. Car l’humanité était là pour attirer le glouton, mais aussi la divinité pour le poindre ; l’infirmité visible pour provoquer le pirate et la force cachée pour le transpercer » (Rupert de Deutz)

L’abandon à Dieu dans le temps, à sa Providence, sa protection, est aussi un chemin de Croix ; apprenant à délaisser les pesanteurs, la Vie s’élève. Éprouvant le silence de Dieu, à l’heure de mourir, le Christ avait encore avec Lui Marie sa mère, Marie-Madeleine la pécheresse et Jean l’apôtre Aimé. Comme la Croix, l’abandon à la Providence est folie, mais la Beauté, la vérité et l’amour veilleront encore.

« Qui veut traverser sans naufrage l’océan de ce monde n’a qu’à suivre la Croix. » (Yves de Chartres)

La Providence ? (il) élève les humbles et comble de biens les affamés... MAGNIFICAT !

Gaël de Bouteiller

Plus forte

Tous ces riens
qui disent Dieu
Les silences au loin
pour répondre à nos vœux
Nos espoirs déjà vieux
Et l’infinitude
- silences du silence -
qui jamais ne se perturbe
Tous ces riens surhumains
jamais ne parlent pour eux
Tous ces riens
qui disent Dieu
Tous ces riens
qui savent...

Chacun dira :
« J’ai aimé espérer »

Poursuivi je l’étais
par les ennemis de la paix

Tu n’as pas ouvert
dans la mer rouge
un passage pour moi

mais sur les eaux brillait le soleil

Tu n’as pas fait cesser
cette guerre cette bataille
qui traînait dans mes entrailles

mais les coups que je prenais
tu les prenais aussi
et ma peine tu l’écoutais

Dans cette longue nuit
au loin encore
au loin brillait ta lumière

Tu recueillais mes larmes
pour qu’elles deviennent
comme des étoiles la nuit

Et plus forte que la nuit
que les ennemis de la paix
ta Lumière

« J’ai aimé espérer »

Florentin Benoît d’Entrevaux

Jamais seul

Je ne sais pas ce que tu dis
je n’entends pas
Je ne sais pas ce que tu veux
à vouloir de moi
d’être un peu moindre qu’un dieu
Je ne sais pas recevoir cet héritage
ou être ton enfant
Mais tu entends mon cœur qui bat
comme un aveu
Je ne sais pas où te trouver
Partout je te cherche.

En me retournant,
en prière,
en conscience,
par endroit,
je n’ai pas vu d’empreinte...
J’y étais pourtant ?

J’ai vu aussi
des parents, des amis
comme la lumière...
Des inconnus aussi.

Je me suis vu marchant,
pas très vite,
pas très sûr,
un peu n’importe où,
nulle part,
perdu.

Jamais seul.
Je ne me suis jamais vu
seul.

Gaétan de Magneval