Chrétiens du Soudan
Guerre, persécution et vitalité
Diacre Dider Rance*
Le 26 juin 2002, des avions gouvernementaux effectuent des bombardements à Ikotos et à Isoke, deux localités situées à une quarantaine de kilomètres de Torit, dans le Sud du Soudan. Ce sont surtout des bâtiments de l’Église catholique qui sont détruits ou touchés, la maison de Mgr Akio Johnson Mutek, évêque auxiliaire de Torit, interdit de séjour dans cette ville tenue par l’armée de Khartoum, un presbytère, des bâtiments paroissiaux.
Ce jour-là, le raid des Antonov ne fera pas de victimes. Mais deux jours auparavant, celui sur la petite ville de Malwalkon, dans le Bahr-el-Ghazal, avait tué quatre personnes et blessé d’autres. L’objectif, une fois de plus, était le rassemblement de réfugiés pour recevoir une aide humanitaire apportée par des organismes chrétiens ou autres. Mgr Mazzolari, l’évêque de Rumbeck, proteste contre ce nouveau bombardement : « À Malwalkon, il n’y a pas de rebelles du SPLA [principal mouvement d’opposition armée du Sud-Soudan], mais seulement des agences humanitaires ». Pour lui, il s’agit « d’un véritable acte terroriste... d’une stratégie de la terreur menée contre des innocents ». On compte près d’un bombardement tous les trois jours depuis le début 2002, qui visent en priorité les centres de secours et les édifices chrétiens.
Le 22 mai 2002, la Commission internationale initiée par les États-Unis et conduite par le pasteur Danforth, envoyé spécial du président Bush, sur les allégations de pratiques d’esclavagisme au Soudan, rendait public son rapport. Tout en minimisant la responsabilité du régime de Khartoum, ce rapport affirme nettement que l’esclavage est effectivement pratiqué au Soudan, contrairement aux affirmations répétées de ce dernier, pour lequel il s’agissait non d’esclavage mais de conflits tribaux conduisant à la prise d’otages en vue de négociations et d’échange. Le rapport relève « des pratiques telles que les déplacements forcés de populations, les attaques délibérées sur des civils, les enlèvements, le recrutement forcé d’enfants et autres civils utilisés comme soldats ou main d’œuvre agricole, le viol, les pillages... ». Un point particulièrement inquiétant concerne « les enlèvements et autres abus perpétrés par les milices gouvernementales, connues sous le nom de Murahaleen... ». Le rapport ajoute que les pratiques qui vont du servage pour dette à l’adoption coexistent avec le rapt de populations pour la réduction en esclavage ou la vente – et que les rebelles se rendent aussi coupables de ces pratiques. Que dire aussi de cette arme, plus discrète aux yeux des observateurs étrangers, mais de plus en plus utilisée selon Mgr Macram Max Ghassis, l’évêque d’El Obeid : le viol systématique des femmes chrétiennes et animistes du Sud par les milices paramilitaires, voire par les militaires du Nord ?
Comme pour confirmer ce rapport accablant, le mois de mai 2002 a vu des attaques contre les villages de cultivateurs de l’Ouest du Darfour par des groupes nomades venus du Nord. De nombreux villages ont été brûlés. Comme le gouvernement a interdit l’accès à cette zone, le nombre de victimes est inconnu. Le 13 mai, au sud-est du Soudan, ce sont des villages des Monts Imotong qui sont le cadre de massacres sur une grande échelle. Des soldats de la guérilla ougandaise franchissent la frontière et massacrent près de 500 villageois. Mgr Mutek dénonce le crime et en appelle à la solidarité internationale pour aider des centaines de villageois qui ont dû quitter leurs maisons et leurs champs alors même qu’ils allaient récolter les récoltes.
Depuis le début de l’année 2002, la région pétrolifère du Haut-Nil Ouest est la cible d’une opération de nettoyage ethnique destinée, semble-t-il, à détruire tous les villages de cette zone concédée à une société canadienne de prospection pétrolière, Talisman Energy Inc.. 42 villages du Haut Nil Ouest et 21 du Haut Nil Nord ont ainsi été détruits depuis le début de 2002. Comme le révèle Vigilance Soudan : « Le schéma est toujours le même. Sans avertissement préalable, quelques jours de bombardement, puis quand l’aube pointe, à l’heure où les villageois dorment encore dans leur tokoul, hélicoptères et troupes au sol, armée et milices arrivent, pillent, brûlent, enlèvent en esclavage, violent et surtout, ils tuent. Dans le comté de Ruweng, au Nord du Bahr-el-Ghazal, des villages ont été minés. Liberté est donnée au sadisme des tueurs. Beaucoup de témoignages parlent de vieillards brûlés vifs ; à Mankien, les gens furent égorgés à la machette... »1. Le nombre des victimes est très élevé : 100 morts à Bentiu et 45 à Breh en février, 18 à Rier en mai. Un rescapé note qu’une fois les villages détruits, toutes les preuves des agressions sont supprimées.
Un dernier fléau s’ajoutent à ceux qui précèdent, qui leur doit beaucoup : la famine endémique qui continue de frapper le Sud-Soudan. Elle a tué des centaines de milliers de vies humaines à plusieurs reprises et se dessine à nouveau. Des populations entières ne survivent que grâce à l’action humanitaire. Pour Mgr Mazzolari, « plus d’un million de personnes victimes de la guerre entre Mayen Abun et Nyamlell vivent dans un dénuement total et dans l’isolement, en danger de mourir de faim et du choléra ou de la malaria. La gale fait de nombreuses victimes, chez les enfants en particulier, affaiblis par le manque de nourriture. Ils manquent de tout : eau, nourriture, bâches en plastique, moustiquaires, récipients. En plein désert les survivants, femmes et enfants, s’entassent dans de petites huttes d’herbe d’un mètre de diamètre et de 50 cm de haut. Nulle trace de feu alentour car il n’y a absolument rien à faire cuire, pas même pour les enfants. Les plus démunis, les invalides, les aveugles, les lépreux sont les premières victimes d’une extermination planifiée. » Est-ce pour cela que le gouvernement menace régulièrement d’interdire les vols humanitaires qui rendent possible l’aide ?
Le 20 juillet 2002, à Machakos, le gouvernement de Khartoum et le SPLA ont signé un protocole pour un cessez-le-feu et des accords de paix. Depuis les négociations continuent. La Conférence des évêques catholiques du Soudan s’est réjouie de cet accord mais a mis en lumière les ambiguïtés du texte. L’espoir d’une paix durable et d’une réconciliation, si souvent déçu par le passé, semble plus sérieux. Mais, dans les jours qui ont suivi la signature du protocole de Machakos, une offensive militaire d’envergure a été lancée par les troupes gouvernementales et les bombardements des localités du Sud se poursuivent. Toutefois, les négociations continuent.
Comment qualifier cette guerre ?
La guerre « a déjà fait plus de deux millions de victimes et déplacé quatre millions de personnes » (Mgr Taban), ce qui en fait un des conflits les plus meurtriers depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Certains ont des idées bien arrêtées sur les causes de ce conflit. Pour le gouvernement de Khartoum, il s’agit d’une rébellion mettant en cause l’unité du pays. Pour les mouvements rebelles, c’est une guerre de libération. Les observateurs parlent de guerre de religion entre musulmans et chrétiens, ou de conflit ethnique entre arabes et africains noirs. La situation semble plus complexe.
Les fondamentaux géopolitiques jouent effectivement un rôle majeur : la ligne de partage entre le Nord de l’Afrique arabisé et islamisé et le Sud aux populations noires animistes ou christianisées passe effectivement par le Soudan et cet aspect du conflit ne saurait être minimisé. Mais le caractère implacable de ce conflit, comparé aux tensions ou aux conflits de basse intensité des autres pays où passe la ligne de partage (par exemple le Tchad, le Niger ou la Mauritanie) incite à bien distinguer les causes de cette guerre qui n’en finit pas.
L’opposition du Nord musulman au Sud chrétien et animiste est certainement une des racines essentielle du conflit. Pour Christine du Coudray, responsable Afrique de l’AED : « L’islam fondamentaliste dont les représentants sont au gouvernement à Khartoum a comme ambition pour le Soudan : une seule langue, l’arabe, une seule religion, l’islam, un seul État musulman. Programme accepté par une bonne part de la population arabe (40% des Soudanais ?), mais refusé par la majorité de la population noire (60% ?). À l’image de ce commandant de l’Armée Populaire de Libération du Soudan (SPLA) : « Jamais nous n’abjurerons notre foi chrétienne, dussions-nous tous mourir ! ».2 Le Sud Soudan est depuis longtemps considéré comme un verrou entravant l’expansion de l’Islam vers le continent africain noir. L’arrivée au pouvoir du général Omar el Béchir et de son éminence grise Hassan el Tourabi, en juin 1989, a mis en pratique un programme d’islamisation forcée du pays qui a été développé pendant plus de dix ans. La chute d’El Tourabi, en mai 2000, semble l’avoir ralenti quelque peu, mais ses instruments principaux, l’éducation d’une part et les milices mi-islamistes, mi-tribales de l’autre, sont toujours à l’œuvre. Il faut aujourd’hui distinguer plusieurs niveaux. Celui des discours et politiques des responsables du régime – soucieux de se démarquer de l’étiquette « islamiste », surtout après le 11 septembre 2001, et les pratiques de rapt, de viols, de conversion forcée sous peine d’assassinat qui se poursuivent sur le terrain. Les milices para-gouvernementales qui font régner la terreur sont endoctrinées au nom de l’islam, mais poursuivent les razzias de leurs pères...
Une autre clé parfois moins perçue, à cause du « politiquement correct », est la réalité des différences ethniques et des conflits entre ethnies différentes. Celle-ci a souvent été récupérée par le régime de Khartoum pour ses propres buts d’islamo-arabisation, mais ne s’y réduit pas. Elle explique, au moins en partie, les divisions de la rébellion au Sud et les changements fréquents d’alliances.
Une autre donnée, elle aussi souvent minimisée, voire passée sous silence, est qu’après bientôt vingt ans de guerre, – succédant à une première guerre du Sud peu après l’indépendance de 1956, le but premier de la rébellion – l’autodétermination du côté des rebelles, l’unité du territoire national du côté gouvernemental est quelque peu passé au second plan. La guerre nourrit la guerre, chefs de factions rebelles ou généraux gouvernementaux se conduisent de plus en plus en seigneurs de guerre. Pourquoi cacher que les relations entre l’Église catholique, qui défend les populations civiles, et nombre de chefs militaires du Sud sont difficiles voire franchement mauvaises dans les territoires que ces derniers contrôlent ?
Ces dernières années, un nouvel élément a pris une importance telle qu’il explique peut-être à lui tout seul la poursuite de la guerre : la découverte d’un Eldorado pétrolier et le rêve de puissance qu’il a éveillé chez les dirigeants du pays. On peut même se demander si pour eux ce rêve de puissance n’a pas pris le relais de l’idéologie islamiste. Il faut malheureusement dénoncer la complicité de l’Occident dans ce nouvel avatar du conflit. Les sociétés pétrolières canadiennes, américaines ou européennes ferment les yeux sur le nettoyage ethnique qui est en train de se produire sur le territoire de leurs concessions. Les évêques canadiens ont d’ailleurs dénoncé cette complicité le 10 avril dernier. On ne peut aussi que déplorer l’attitude des États-Unis qui, ayant décidé que le Soudan n’était pas un « état voyou » dans leur lutte légitime contre le terrorisme islamiste minimisent désormais ce qui s’y passe. Quant aux Européens, leur décision de reprendre l’aide économique au régime de Khartoum a fortement déçu. Mgr Ghassis, évêque en exil d’El Obeid, en visite à l’AED ne mâche pas ses mots : « L’esclavage et le commerce des esclaves, nous a-t-il dit, font partie du quotidien dans mon pays. Même des enfants esclaves sont marqués au fer rouge... Alors que l’Occident est intervenu au Kosovo en faveur des Albanais musulmans, il ne fait absolument rien devant le massacre des chrétiens de mon pays. Tout comme le Christ avait été trahi pour trente deniers d’argent, pareillement l’Occident trahit et vend le peuple africain du Sud pour quelques barils de pétrole... Quand une fois les peuples africains au Soudan seront entièrement exterminés, l’Occident « chrétien » élèvera certainement des monuments à sa mémoire ».
Comment défaire ce nœud de causes qui entretient cette guerre où aucun des deux camps ne semble en mesure de l’emporter sur l’autre ? Une seule réponse réaliste, celle de l’épiscopat soudanais et des responsables de toutes les confessions chrétiennes : un référendum d’autodétermination au Sud. Le cessez-le-feu actuellement en négociation le permettra-t-il ?
Vitalité chrétienne
Rien ne saurait minimiser, et encore moins justifier, l’horreur de ce qui se passe au Sud-Soudan depuis bientôt vingt ans. Mais il est une autre réalité à l’œuvre au sud-Soudan : la vitalité chrétienne et missionnaire de l’Église catholique.3 Selon des chiffres dignes de foi, le Soudan serait avec la Chine et le Timor oriental un des trois pays où l’évangélisation a le plus progressé par rapport au chiffre de la population ces vingt dernières années – Sanguis martyrum, semen christianorum.
L’aide que l’AED apporte à l’Église du Soudan nous permet de témoigner de cette vitalité. Les rapports de voyage de nos responsables pour cette région du monde ou le livre de Thomas Grimaux4 montrent les fruits de cette vitalité et l’illustrent par d’innombrables fiorettis. En voici un, parmi tant d’autres apporté par Christine du Coudray de son dernier voyage au Soudan : « À Yambio, ce dimanche matin, l’évêque a célébré la messe dans la cathédrale c’est-à-dire sous le manguier devant une assemblée nombreuse et recueillie. La présence des femmes est impressionnante. Leurs maris sont morts à la guerre ou se cachent pour n’être pas enrôlés, ou encore ont quitté le pays, laissant aux femmes le soin de construire l’avenir pour leurs enfants. Des membres de la Légion de Marie ou des groupes de la Miséricorde Divine nous disent leur engagement au service des plus pauvres quand elles-mêmes ne possèdent rien et je recevrai bouleversée au milieu de tant de cadeaux inattendus, le présent de l’une d’entre elles, si effroyablement maigre et marchant difficilement appuyée sur un bâton : un billet de banque plié en quatre ! »
Et le Nord ?
Le drame du Sud-Soudan ne doit pas faire oublier les autres chrétiens du pays, ceux qui vivent au Nord. À l’exception de la petite communauté copte originaire d’Égypte ou de Nubie, ces chrétiens – sans doute plus de deux millions, soit environ la moitié des Chrétiens du Soudan – sont pour l’essentiel des réfugiés du Sud, chassés par la guerre et les déplacements de population. Catholiques, épiscopaliens ou membres d’autres Églises protestantes, ils vivent pour la plupart autour de Khartoum, dans d’immenses camps-bidonvilles où les Dinka, les Nuba et les autres groupes ethniques se sont rassemblés, généralement sans se mélanger.
La situation dans les camps est particulièrement difficile. Parfois, un camp est rasé et ses habitants déplacés à des dizaines, voire des centaines de kilomètres – certains de ces déplacements forcés ont généré des tragédies dont le nombre de victimes reste inconnu. Pour ceux qui restent, les possibilités de trouver un travail ou de fonder une entreprise sont presque nulles. Il est difficile de se rendre dans la capitale et la zone semi-désertique n’offre guère de possibilités d’exploitations agricoles ou maraîchères.
À cette sujétion économique délibérée s’ajoute une volonté d’islamisation de la part du régime soudanais. Celle-ci se fait principalement à travers l’éducation. D’une part l’enseignement de la religion – musulmane ou chrétienne – est obligatoire et sanctionnée par des examens. Les manuels sont rédigés et imprimés par le Ministère de l’Éducation nationale. Or, ceux pour les chrétiens font le plus souvent défaut, alors que les manuels musulmans sont toujours disponibles. De plus, les autres matières ont été totalement islamisées ces dernières années – 80 % des textes « littéraires » consistent en extraits du Coran. Dans ce contexte, les enfants chrétiens ou animistes qui ne sont pas scolarisés dans une école chrétienne ont peu de chance d’échapper à l’islamisation.
L’Église catholique a pris soin de ces populations déplacées et qui vivent dans une grande misère, souvent aux limites de la survie dès le début des années 70. Sous l’impulsion de Mgr Gabriel Zubeir Wako, l’archevêque de Khartoum, des pères Comboniens, des Frères des Écoles chrétiennes et des prêtres et catéchistes soudanais sont au service de ces communautés, à la croissance souvent rapide. C’est ainsi que la communauté catholique du camp de Mayo, à 15 km au Sud de Khartoum, est passée en quelques années de quelques centaines à plus de 35 000 fidèles.
Une mission de l’AED rapporte ceci : « Massés dans le chœur de l’église de Kosti, en cette messe dominicale, ils avancent à l’appel de leur nom devant Mgr Daniel Awok, leur évêque, accueillant les quelque 120 catéchumènes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques. L’église est comble, le silence est profond et solennel. Seuls retentissent les noms et le choix libre de ces hommes, femmes et enfants qui ont décidé d’entrer dans la famille de Dieu, au terme d’une année de formation. Le plus jeune a une dizaine d’années, la plus âgée – difficile à dire car l’âge en Afrique ne se lit pas facilement sur les traits du visage – s’approche comme les autres, démarche difficile, appuyée sur un bâton. Avec gravité, ils écoutent l’évêque qui les a suivis dans leur cheminement, même si la plus grande part de leur formation fut assurée par les catéchistes. Durant cette cérémonie à la fois grave et joyeuse, nous apprendrons que bon nombre n’ont pu venir assister à la messe, faute de vêtements... Il nous est parfois difficile d’imaginer jusqu’au va l’indigence ! La nuit de Pâques, à Khartoum cette fois, c’est quelque 400 catéchumènes qui ont reçu le baptême des mains de l’archevêque, Mgr Zubeir Wako ». Malgré les tracasseries incessantes des autorités, l’action de l’Église tant pastorale que caritative est omniprésente, l’accent étant mis sur l’évangélisation, sur l’éducation, sur la formation chrétienne des jeunes : nombreuses écoles chrétiennes, plus de 90 écoles du dimanche, des cours du soir. Un Institut catholique de formation des maîtres, à Khartoum, a été créé en 1992 par Mgr Wako, pour répondre au défi pastoral que représentent ces centaines de milliers d’enfants et de jeunes à catéchiser et à garder dans la foi chrétienne. Des équipes spirituelles d’enseignants se sont formées pour permettre aux catéchistes et aux maîtres d’approfondir ensemble leur foi et leur témoignage de vie chrétienne.
« Sa mission éminente de servir le Christ en servant ses frères »
Le 17 mai dernier, le pape Jean-Paul II recevait les Lettres de créance du nouvel ambassadeur du Soudan auprès du Saint-Siège, M. Abdelbasit Badawî Ali El Sanossi. Le Pape déplore les discriminations des minorités en rappelant que le respect mutuel passe par « le respect du droit à l’existence et à l’identité des minorités présentes à l’intérieur du pays ». Cela constitue un signe clair d’une société qui sait intégrer les richesses culturelles qui la composent et favoriser la participation de tous à la vie politique, économique et sociale du pays. Dans le même temps, il importe que les personnes rejettent toute discrimination basée sur des critères ethniques, culturels ou religieux. L’unité nationale se construit dans l’accueil de la diversité, cherchant à la faire concourir au bien commun et au développement intégral de tous les habitants ».
En achevant son allocution, Jean Paul II tient à évoquer devant son interlocuteur musulman la vitalité de la communauté catholique du Soudan : « Qu’elle poursuive dans la charité sa mission éminente de servir le Christ en servant ses frères, soutenue par la prière de sainte Joséphine Bakhita ! L’Église catholique sera, pour sa part, toujours disponible pour mettre ses compétences et ses institutions au service de la promotion humaine de tous les Soudanais, dans des domaines tels que l’éducation, la santé, l’assistance sociale. Elle accomplit cette mission dans la fidélité à son Seigneur et avec la volonté consciente d’offrir, en particulier dans un dialogue loyal avec ses frères musulmans, des chemins nouveaux pour que viennent la justice et la paix, auxquelles les peuples aspirent si ardemment ». Cette Église compte pour cela sur notre prière et notre soutien.
* Directeur de l’AED pour la France. Auteur d’une dizaine d’ouvrages sur les Églises persécutées, il est le rédacteur en chef de la revue « L’Église dans le monde ». Il collabore aux travaux de la Commission des « Nouveaux martyrs à Rome » et a publié « Un siècle de témoins, les martyrs du XXe siècle ».
- Il faut saluer le travail remarquable de Vigilance Soudan, sans qui cette situation resterait sans doute aussi méconnue qu’il y a dix ou vingt ans. Vigilance Soudan, www.vigilsd.org et BP 184 – 75665 Paris Cedex 14.
- Cf. Soudan, Dossiers de l’AED, 2001.
- Il existe aussi une Église épiscopalienne (anglicane) et des Églises protestantes qui montrent la même vitalité.
- Soudan. La force de la Croix, Éd. AED, 2000
