Janvier–Mars 2003

Le curé de campagne selon Quéffelec

Benoît Le Roux *

Henri Queffélec (1910–1992), ancien élève du lycée de Brest et de l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, agrégé des lettres, quitta l’enseignement dès 1942 pour se consacrer, à Paris, à une carrière d’écrivain entrecoupée de voyages. Il est surtout connu pour ses romans maritimes et îliens (dont Un recteur de l’Île de Sein, qui inspira un film fameux, Dieu a besoin des hommes, en 1950). Démocrate-chrétien après-guerre (il a collaboré à la revue Esprit d’Emmanuel Mounier et Albert Buégin), puis gaulliste, il est représentatif sur ce plan de son milieu finistérien d’origine. Catholique pratiquant (tenant volontiers l’harmonium et même, sur la fin, le lutrin), il a écrit aussi sur saint Yves, saint Antoine du désert, saint François d’Assise et le curé d’Ars. Il est le père de la pianiste Anne Queffélec, et deux de ses trois fils sont également romanciers (les thèmes scabreux de leurs romans n’étaient pas sans l’effarer…).

Oh ! Combien de marins, combien de capitaines dans l’œuvre d’Henri Queffélec… Que de prêtres aussi !… Il y a, paraît-il, 58 hommes de loi dans la Comédie humaine de Balzac, ce qui est peu pour deux mille personnages. Je crois qu’il y a autant d’ecclésiastiques, du séminariste à l’évêque, dans l’œuvre plus modeste de Queffélec. Prêtres ruraux, mais aussi prêtres citadins, de Paris et de sa banlieue, de Quimper et de Douarnenez, puisqu’il y a en Queffélec un rat des villes et un rat des champs; un rat des îles surtout ! Prêtres professeurs aussi, quelques religieux (mais peu de moines), quelques prêtres orthodoxes ou des pays de l’Est…1 On comprendra donc que j’aie limité mon étude du prêtre dans les récits d’Henri Queffélec aux curés de campagne : une bonne quarantaine tout de même, dont une dizaine pour les îles, car j’annexe évidemment à la campagne les prés salés et les grèves d’Ouessant, Molène ou des îles de la Bretagne du Sud.

Les deux prêtres dont Queffélec a fait les héros d’un roman, Jules Barbier, 27 ans (dans Chemins de Terre, 1948) et Jacques Andro, à peine plus âgé (dans La Mouette et la Croix, 1969), sont deux curés de campagne, même si le second n’a pas ce titre : il est recteur de Loadic (où l’on peut reconnaître Hoëdic) pour le compte d’une abbaye. Comme on voit, je n’ai pas classé à part les romans historiques, car l’auteur lui-même n’a manifestement pas souhaité le faire : la frontière n’est jamais nette chez lui entre la réalité et la fiction, ni entre son XVIIIe siècle et le XXe siècle.

Bien entendu il ne faut pas oublier, derrière tous ces prêtres de papier, qui prennent une consistance plus forte d’être rapprochés les uns des autres, le mythe familial du grand-oncle recteur de Kerlouan, « le recteur chrysostome et antivoltairien », comme disent les Mémoires d’Enfance. Je voudrais montrer toutefois que le curé de campagne d’Henri Queffélec s’inscrit dans une tradition littéraire, dont il refuse certains aspects, pourtant dominants à son époque, et dont il retrouve d’autres traits souvent méprisés.

Ce qui frappe d’abord, c’est combien le curé de campagne selon Queffélec est différent du type de prêtre qui s’impose dans la fiction entre 1920 et 1960, entre les premiers romans de Mauriac et l’apparition au cinéma du Défroqué de Joannon en 1953 ou de Léon Marin prêtre de Melville en 1961 (d’après le roman de Béatrix Beck, Prix Concourt 1952). Disons pour simplifier que c’est un type romantique qui s’impose à cette époque. Il emprunte à quelques grandes figures de prêtres du siècle précédent : le Père Antoine Chevrier qui définissait le prêtre comme « un homme dépouillé, un homme crucifié, un homme mangé », ou Jean-Marie Vianney, prêtre du confessionnal et des exorcismes, dont Queffélec s’est fait le biographe2 sans que ce petit curé d’Ars déteigne le moins du monde sur ses héros. Le prêtre de Mauriac, de Bernanos, ou de leurs épigones est donc un prêtre solitaire ou rebelle, en proie aux désirs impossibles à satisfaire, ou au doute; c’est un homme tourmenté, comme le Christ à l’agonie, c’est l’homme de l’échec, car « si le grain ne meurt, il reste stérile » (Jean, XII, 24) – deux thèmes évangéliques, le grain qui doit mourir et l’agonie, quasiment absents des nouvelles ou romans ruraux d’Henri Queffélec.

Sauf bien sûr dans Chemins de Terre, car ce quatrième roman de Queffélec est un remake, toujours à la première personne, du Journal d’un Curé de Campagne de Bernanos. Mais le modèle s’efface peu à peu et le résultat est à cent lieues : la vie matérielle, les intrigues villageoises, les confrères pittoresques occupent tant de place dans son livre qu’il en reste très peu pour le curé-écrivain.

Les curés de campagne de Queffélec ne s’enferment pas dans leurs presbytères en effet, ils vont sur la place publique, ou tombent la soutane pour pousser le canot de sauvetage, pour nager au secours des naufragés (Les îles de la Miséricorde, La Mouette et la Croix). Ils ne sont pas anorexiques comme celui de Bernanos, on les trouve attablés devant un plat de palourdes (Un Homme d’Ouessant), avalant deux petits calvados pour se remonter (Solitudes) ou, s’ils sont alités, faisant profiter du vin de messe le paroissien de passage (La Cache éternelle, III).

Peu de livres chez eux,3 c’est réservé à M. Léostic, le professeur du grand séminaire de Quimper. La crise moderniste, qui fut une tempête pour les prêtres de Paul Bourget et ceux de Mauriac, ne les a pas effleurés. Le jansénisme est réservé à un personnage très secondaire de La Mouette et la Croix. Et les bouleversements post-conciliaires n’ont pas ému les plus proches de nous dans le temps :

« J’ai caressé le vieil autel – celui du fond, où j’avais officié — [dit le prêtre de retour sur l’île de Tiriec dans Et les vivres vinrent à manquer, 1985], mais la table étroite qui servait maintenant au sacrifice ne blessait pas mon regard d’ancien : nue comme un canot, elle aurait été taillée dans une grume venue à la côte. »4

Si on laisse de côté les péripéties innombrables de la Révolution et de l’Empire,5 pas de défroqués ni de fornicateurs parmi ses prêtres, comme c’était de tradition, depuis Le Prêtre marié de Barbey d’Aurevilly et La Faute de l’abbé Mouret de Zola, jusqu’au Padre José de Graham Greene dans La Puissance et la Gloire (1940). L’abbé Kerhoas a une fois pour toutes écarté la question, posée par François Malgorn : — « ça n’arrive qu’à de mauvais prêtres. »6

Ils ne rient pas souvent, évidemment, dans les situations dramatiques où les place leur créateur. Mais enfin ils rient. Même le sévère abbé Kerhervé, à la fin du Recteur de l’Île de Sein. Même le recteur méfiant de Kergroas, dans Au bout du monde. Seul un recteur qui « aurait perdu la foi » pourrait avoir « l’air triste », lit-on dans une des nouvelles (La Fin d’un Menhir, dans Sous un Ciel noir). Et l’on n’est pas surpris de trouver un Éloge du Rire en réponse à MM. XXX qui ont mal lu les Pères dans les papiers du curé-doyen de Pluduel (La Mouette et la Croix).

Ils ne rencontrent pas Satan au détour d’un chemin, comme l’abbé Donissan de Bernanos. Ils ne sont pas désemparés devant les catastrophes. Devant les drames les plus terribles, ils sont discrets, mais pas muets. Il est vrai qu’Henri Queffélec a laissé à leurs confrères des villes d’affronter le suicide d’un jeune homme, dans Celui qui cherchait le soleil (en 1953, un an avant L’Agneau de Mauriac où se suicide peut-être un séminariste) : le dénouement, au demeurant, n’est pas tragique. Et c’est l’occasion de noter une sorte de refus du tragique chez Queffélec, en dehors peut-être de François Malgorn séminariste, qui brille comme une perle noire dans son œuvre, et où il a subtilement retourné l’intrigue d’un roman de René Bazin célèbre en son temps (Magnificat, en 1931; le séminariste de Bazin s’appelle Maguern). Mais seule la mère est un personnage tragique dans François Malgorn, non pas les prêtres, et l’on est étonné, en lisant le Recteur de l’Île de Sein : tout concourt à faire de Thomas Gourvennec un héros tragique (son hybris; ses sacrilèges quasi-inconscients comme ceux d’Œdipe; l’impasse où il se trouve du fait de son insuffisance intellectuelle), et puis, surprise ! alors que tous les éléments de la tragédie sont en place, l’intrigue se dénoue heureusement.

Décidément le curé de campagne de Queffélec n’est ni un héros romantique, ni un héros existentialiste, ni même un héros tragique. On peut maintenant montrer ce qu’il est : un homme du sacré et du quotidien, un homme issu du groupe social (aucun déclassé parmi ces curés de campagne) et au service du groupe social, avec peut-être un charisme (comme on ne disait pas alors) de médiateur.

Tous les aspects de la vie sacerdotale sont présents et mêlés étroitement dans l’œuvre de Queffélec : sacrements, prière, liturgie, prédication, catéchèse et direction spirituelle (avec quelques brèves allusions à l’administration et à la trésorerie paroissiales).

Le curé de campagne de Queffélec est assurément l’homme du sacré (il y a même dans l’œuvre trois affaires de sacrilège, réel ou supposé, à régler7), il est l’homme des sacrements (les sept sont représentés, mais l’extrême-onction, la pénitence, l’eucharistie sont plus fréquemment décrits). Il est aussi l’homme de la parole, et même le recteur de Molène est saisi par l’éloquence (dans Les Îles de la Miséricorde) : « M. Lejeune dépouille ses vêtements multicolores8 et, ne gardant que le surplis sur sa soutane, se fraie un sentier à travers les chaises. Il transpire à grosses gouttes. Quel homme. Songer que toutes les phrases qu’il va prononcer habitent déjà dans sa tête. Prenez-en de la graine, enfants et jeunes gens, les mots ne sont pas rien. Leur sens et leur musique nourrit le cœur. M. Lejeune a gravi l’escalier de la chaire, il se signe, se recueille, ses mains puissantes étreignent le bois brun, il se penche… »9

On le voit rarement faire le catéchisme,10 mais souvent « commander » la liturgie,11 « mater un ennemi de l’Église » ou « dire ses quatre vérités à sa paroisse », comme M. Pencréach, courir après la brebis perdue comme M. Hamon, le recteur d’Ouessant. Avec celui-ci, comme avec Sevestre, le curé de Rennetot (tous deux ont corrigé, disent-ils, les excès de leurs premières années de ministère), Henri Queffélec propose véritablement un modèle : on n’est pas très loin de l’hagiographie, et c’est alors qu’avec Sevestre, qui n’est pas un curé breton, entouré de ses ouailles, mais un peu un prédécesseur du Horsain de l’abbé Alexandre,12 on retombe parfois dans les thèmes bernanosiens de l’échec et de la solitude (Solitudes, c’est le titre même du premier volume où apparaît Sevestre, en 196313).

La marque originale du curé de campagne de Queffélec, originale dans la littérature de son temps, est vraiment dans le rôle social qui lui est donné, le rôle de civilisateur, de redistributeur des richesses, de réconciliateur et de médiateur, non pas tant entre les hommes et Dieu qu’entre les hommes eux-mêmes.

C’est lui qu’on va chercher pour « délier d’un vœu excessif » dans une nouvelle de 1952, et ce geste libérateur, c’est celui, dans le même recueil, de l’abbé Penchréach « déliant du sacerdoce » François Malgorn. Queffélec évoque alors pour la première fois et la dernière fois, certains « privilèges » du sacerdoce, dans une belle prétérition : « [François Malgorn] ne s’enfoncerait jamais dans la paix d’un presbytère ni dans le désordre des âmes, un ciboire n’ornerait pas, au cimetière, sa dalle de granit. Quand il écrirait une lettre, il n’aurait pas le privilège de tracer une petite croix devant sa signature… »

Mais le curé de Queffélec intervient surtout pour des médiations plus terre-à-terre : pour pousser les hommes au mariage (La Fin d’un Manoir, Un Homme d’Ouessant, etc.), pour réconcilier les familles. À vrai dire, il échoue fréquemment, devant des portes fermées, dans La Fin d’un Manoir et dans les nouvelles noires de la période 1944–1952. Mais après 1963 il est l’homme de la médiation couronnée de succès entre parents et enfants : l’abbé Sevestre dans la trilogie de La Peine aux Poissons (1963–1967), l’abbé Le Seillour dans la quatrième nouvelle de La Cache éternelle (1973) et le recteur dans la dixième nouvelle, parlant du fils à la veuve de marin : « Laissez-le, Madame… Mieux vaudra que vous respectiez sa décision, quelle qu’elle soit, prise dans un jour comme celui-ci. »

Et certes ce rôle n’est pas étranger aux prêtres de Bernanos ou de Mauriac (dans La Pharisienne notamment), mais alors dans des cas particulièrement dramatiques; tandis que le curé de campagne de Queffélec est médiateur dans la vie de tous les jours et pour le commun des mortels. S’il fallait le rattacher à un type littéraire antérieur, ce serait au curé Bournisien de Flaubert dans Madame Bovary.

Dans un petit livre de 1955 sur Le Prêtre dans le Roman d’aujourd’hui (éd. Desclée de Brouwer), où Queffélec n’est pas mentionné, le jésuite André Blanchet relève comme une anomalie « le terne abbé Bournisien imposé par Flaubert » aux lecteurs de son siècle. Et il renonce à le réhabiliter.

Eh bien, Queffélec à travers ses curés de campagne réhabilite Bournisien. Et le réhabilite explicitement. Quand Geneviève, la petite institutrice de 1917, dans Au bout du monde (un livre rempli d’enfants), s’attarde au presbytère de Kergoas, « le souvenir de la scène entre Mme Bovary et l’abbé Bournisien lui traversa l’esprit » (on peut penser que ce souvenir traverse surtout l’esprit de l’auteur…); Jacques Sirbin, dans Solitudes (1963), lors de l’extrême-onction administrée à sa mère, « songeait à la visite finale de l’abbé Bournisien chez Mme Bovary, scène dont la lecture l’avait bouleversé ». Est-il possible à un écrivain d’écarter ce filtre que constituent les créations de ses prédécesseurs ?

J’aurais voulu dire un mot aussi d’un cliché que Queffélec n’a pas toujours évité, celui du curé ancien combattant, bourru et fumeur, lancé par Clément Vautel dès 1923 dans Mon Curé chez les riches.

Mais il est temps de conclure.

Ce qui fait l’originalité d’Henri Queffélec dans le roman de son époque, c’est cette réhabilitation du quotidien, du banal, de l’apaisement. Il a refusé le prêtre romantique et tragique, même s’il a été tenté à ses débuts de suivre cette pente. Quelle que soit leur variété, du curé aux églises vides de Normandie ou d’un diocèse de l’Est de la France jusqu’au curé conducteur de peuple dans les îles, ses curés de campagne sont des notables, ils s’insèrent dans la société rurale et contribuent à son harmonie, vrais libérateurs des consciences comme le Curé de village de Balzac ou fonctionnaires empêtrés comme l’abbé Bournisien de Flaubert. Ils sont les hommes de la morale plutôt que les hommes de la mystique (on comprend pourquoi les moines sont peu nombreux). Ce modèle, qui se maintient jusqu’à la fin de l’œuvre, peut paraître parfois passéiste. Or Henri Queffélec n’ignorait rien des problèmes du prêtre contemporain. Il avait lu France pays de mission ?, l’essai des abbés Godin et Daniel, dès sa parution; il avait enquêté dans les banlieues. Alors, pourquoi cette fidélité à un modèle ancien ? On peut certes invoquer la prégnance des souvenirs d’enfance. Mais je crois qu’on touche surtout, paradoxalement, à l’inaltérable optimisme et au dynamisme de Queffélec. C’est cet optimisme qui le conduit à gommer les conflits à l’intérieur de l’Église, à l’intérieur des familles, ou entre le prêtre et le monde. Ses œuvres de fiction présentent souvent un univers immuable, un univers de rêve peut-être, parce que le rêve est un puissant moteur pour l’action, l’action qui est présente dans ces lignes de La Mouette et La Croix sur lesquelles je voudrais terminer : « Lui, Jacques Andro, Pévêque ne l’avait pas ordonné pour qu’il se détournât de commettre des actes, mais au contraire pour qu’il en accomplît. Dans cette besogne, il devait lutter contre quelques-unes de ses tendances – il ne le faisait jamais qu’en s’aidant des ressources primordiales d’une nature qui était aussi capable de Dieu. »

P.S. : Quand j’ai rédigé la communication ci-dessus, en 1999, j’ignorais qu’Henri Queffélec avait explicitement donné en modèle l’abbé Bournisien, dans son essai La Technique contre la Foi ? (collection Je sais-Je crois, 1962, page 78) : « Malgré sa culture et son médiocre sens psychologique, l’abbé Bournisien n’est un pauvre homme qu’en appa­rence. Il ne pose pas, il ne hait pas, il reste l’authentique représentant du Christ et, quand même il prononcerait des phrases prudem­ment rétrogrades sur les chemins de fer, le télégraphe optique ou la médecine du foie, cela n’aurait guère plus d’importance qu’un lapsus. Quand il donne la communion à l’un de ses paroissiens, il croit vrai­ment lui offrir le sang du Christ. Il est armé pour ne pas s’étonner, par principe, ni se formaliser, de tous les bouleversements matériels que la pensée humaine, pour mieux asseoir une puissance qu’elle tient de Dieu, fait subir au monde. »

* Agrégé de lettres classiques, enseigne dans les classes préparatoires aux grandes écoles de Saint-Brieux. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages aux confins de l’histoire et de la littérature : André Thérive et ses amis pendant la Grande Guerre (Thèse), Louis Veuillot (Téqui, 1984), Evelyn Waugh (L’Harmattan, sous presse).


  1. Dans Celui qui cherchait le soleil, dans Sous un ciel noir et dans Et les enfants joueront jusqu’à la nuit.
  2. Ce petit Curé d’Ars, Fayard, 1959.
  3. Les deux curés héros d’un roman sont ici à part, car Queffélec leur prête facilement ses lectures (comme d’ailleurs au Salaud, pour étoffer le personnage). On trouve ainsi les livres de Péguy chez Jules Barbier, qui a lu aussi Zola et Huysmans (il est bien le seul !), mais pas Mauriac, parce qu’on l’interdisait au séminaire.
  4. Et s’il fallait trouver un type de curé de campagne « post-conciliaire » dans son œuvre, ce serait plutôt l’abbé Chazelaud, dans Combat pour l’Invisible (p. 376–377) en… 1958, qui pratique l’archéologie avec une institutrice agnostique et observe en silence le couple irrégulier qu’elle forme avec l’ingénieur Michel Renoir. On est loin des curés de campagne des œuvres précédentes. Il est vrai que Chazelaud est retiré du ministère.
  5. Dans La Mouette et la Croix (1969), un prêtre fait même une tentative de suicide.
  6. « Eh bien, ils avaient tort » répondait semblablement le curé Bournisien à M. Homais (Madame Bovary, II,14). Une exception marginale : dans Un recteur de l’Ile de Sein, Queffélec écrit que le premier curé de la paroisse, M. Pennanéach (celui qui s’en va parce qu’il a échoué contre les naufrageurs et les pilleurs),a été exilé là après une « faute publique contre la pureté ».
  7. Dans Un recteur de l’Ile de Sein, La Faute de Monseigneur et la quatrième nouvelle de La Cache éternelle, dont le héros est un enfant.
  8. On peut s’interroger sur ces vêtements multicolores dans un service funèbre où l’étole et la chape sont noir-et-argent. De même, il me semble qu’un lapsus fréquent de Queffélec consiste à employer ciboire là où il faudrait calice.
  9. L’attitude semble inspirée par celle de l’abbé Garrec, de la paroisse de Notre-Dame des Carmes à Brest, évoqué dans les Mémoires d’Enfance.
  10. Sans doute parce que Queffélec lui-même n’a pas suivi le catéchisme paroissial, mais celui de l’aumônier du lycée, dès les classes primaires.
  11. Notons, à propos de liturgie, l’idée d’une inadaptation des prières mortuaires, qui apparaît dans Sous un ciel noir (1962) et Solitudes (1963), alors que le Dies Irae est bien reçu de la foule dans TempêtesurDouarnenez (1951). En 1969, dans La Mouette et la Croix, le début de la troisième partie peut apparaître comme une protestation en faveur des chants latins menacés de disparition : « Te Deum laudamus, te dominum confitemur… La paroisse, à tue-tête, lançait les mots latins, amis de Dieu, qui sentent l’éclair, l’encens et la vague. Elle n’avait pas besoin de les comprendre. La mélodie procédait dans l’air, flambeaux d’allégresse » .
  12. Bernard Alexandre (1918–1990) : Le Horsain : vivre et survivre en pays de Caux, plon, 1988. Les curés de Queffélec sont plus indulgents que l’abbé Alexandre à l’égard des superstitions,dans ses romans îliens, ou dans Chemins de terre.
  13. Mais Sevestre est sauvé de la solitude par la musique. Le héros de Chemins de Terre et l’un de ses confrères sont également des amateurs de musique, ainsi que le vicaire de Vae soli (mais lui, caricaturé) dans La cache éternelle.