La nécessité de l'église à l'égard du salut depuis le Concile Vatican II
(extrait)
Christian Gouyaud*
Le concile Vatican II a-t-il rompu avec le magistère antérieur sur la nécessité de l'Eglise à l'égard du salut ? Dans le cadre de cette réflexion, nous déterminerons en premier lieu le sens de l'adage traditionnel « Hors de l'Eglise point de salut »; nous nous demanderons ensuite si le Concile a effectivement répudié le contenu de la formule en question; nous tenterons enfin de rendre compte d'un déplacement d'accent qui n'implique nullement un « glissement » de conviction.
Le Christ a lié son salut à la prédication et aux sacrements de l'Eglise : « Allez par le monde entier, prêchez l'évangile à toute créature; celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16). La foi et le baptême et, de ce fait, l'Eglise qui enseigne et célèbre apparaissent comme nécessaires au salut. Cette nécessité fonde le devoir de la mission : « Allez ! »
I-La compréhension de l'adage « Hors de l'Eglise, point de salut »
Les Pères de l'Eglise
La formule « Extra Ecclesiam nulla salus » dont on trouve déjà des équivalences parmi les Pères apostoliques, est attestée chez Origène (vers 249–253) : « Que personne donc ne s'illusionne, que personne ne se trompe lui-même : hors de cette demeure, c'est-à-dire hors de l'Eglise, personne n'est sauvé (extra hanc domum, id est extra Ecclesiam, nemo salvatur); celui qui en sort est lui-même responsable de sa mort »1 et chez son contemporain saint Cyprien (251) : « Celui qui quitte l'Eglise (Quisquis ab Ecclesia segregatus) pour se joindre à une [secte] adultère, se sépare des promesses de l'Eglise. Il ne parviendra pas aux récompenses du Christ, celui qui délaisse l'Eglise du Christ (qui relinquit Ecclesiam Christi). [...] Il ne peut avoir Dieu pour Père celui qui n'a pas l'Eglise pour mère. Si, hors de l'arche de Noé, quelqu'un a pu être sauvé, quelqu'un pourra être sauvé hors de l'Eglise. »2
Dans son contexte originel, on le voit, la formule vise ceux qui « sortent », qui « quittent » ou « délaissent » l'Eglise dont ils étaient, par conséquent, initialement membres, c'est-à-dire les apostats, les hérétiques et les schismatiques. Saint Cyprien crut un temps devoir se placer sur le terrain de la validité sacramentelle. Les pécheurs, les hérétiques et les schismatiques ne pouvaient conférer la grâce dont ils étaient eux-mêmes dépourvus. Mais il fut repris sur ce point par le pape Etienne. Quand les donatistes (IVe siècle) renchérirent sur la position de saint Cyprien, saint Optat de Milève affirma l'objectivité sacramentelle (l'efficacité des sacrements n'est pas causée par la dignité du ministre mais par Dieu).
(fin de l'extrait)
* Prêtre du diocèse de Strasbourg. Docteur en théologie avec une thèse sur L'Eglise, instrument du salut. Exerce un ministère pastoral et enseigne la théologie.
- Origène, Homeliae in librum Jesu nave, III, 5, P.G., t. XII, col. 841-842.
- Saint Cyprien, Liber de unitate Ecclesiae catholicae, IV, P.L., t. IV, col. 495.