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Avril–Juin 2003

École catholique en campagne

Kephas poursuit sa réflexion sur l’enseignement catholique, avec cet entretien annoncé dans le numéro d’octobre-décembre 2002 (p. 15). Il a pour cadre les collines paisibles de cette Gascogne où le Gers se faufile capricieusement, en cette étape du chemin de Saint-Jacques, ancien évêché qui vit longtemps résider les princes d’Armagnac. Sa fière cathédrale, qui l’annonce de loin, résonne chaque année des voix enthousiastes de la chorale du collège.

Venez voir émerger, un petit matin d’hiver finissant, sa silhouette paisible au-dessus des brumes empourprées de la campagne environnante, et autour, ces ruelles où déjà l’on s’interpelle joyeusement au seuil de cette nouvelle journée donnée par le Bon Dieu pour mieux L’aimer et Le servir, que ce soit dans le silence priant et affairé du Carmel voisin ou les mille occupations de la vie quotidienne. Cette langue chante comme les couleurs des champs et des pierres qui ont cependant changé de ton : vous comprenez déjà quelque chose de « l’esprit » de cette famille. « Un élan vers le haut, spirituel, intellectuel, spirituel, artistique, spirituel » ? C’est ce qu’ose affirmer Pierre Gardeil, en s’expliquant de la répétition.

Un ancien élève, revenu avec joie pour quelques jours d’aumônerie près de ses cadets, peut témoigner, avec sa reconnaissance, de la véracité du propos. Versez-y en prime ce sens de l’amitié chrétienne et cette franche gaieté, enluminées aux couleurs du terroir, qui interdisent la pause ou l’affectation (c’est meilleur pour la santé, de l’âme, de l’esprit et du corps, comme pour le travail), cette pudeur virile (et chrétienne, elle aussi) des enseignants et éducateurs dans un environnement souvent contraire, qui permet de maintenir l’enthousiasme aux jours plus délicats : vous comprendrez pourquoi on y éprouve autant de bonheur à participer à la préparation du concert de rentrée qu’au match de rugby de fin d’année (mais c’est promis : on travaille aussi entre les deux).

Vous y saurez aussi que c’est la miséricorde qui conduit aux sources de la joie, ces deux piliers d’un christianisme fidèle à l’Incarnation : miséricorde pour les âmes qu’il faut ouvrir à l’univers des choses de Dieu et protéger des maladies pernicieuses, miséricorde pour les intelligences qu’il faut acheminer à l’ineffable du gaudium de veritate et préserver des faux-semblants du prêt-à-penser, miséricorde pour les volontés qu’il faut élever à la joie tonifiante de l’effort renouvelé et relever de l’affadissement ou de la lâcheté, miséricorde pour les affectivités qu’il faut fortifier et purifier par l’effet de cette Beauté qui sauvera le monde et préserver d’elles-mêmes et de leurs mirages.

Le secret d’une école catholique, n’est-ce pas de vivre du mystère de l’Incarnation ? C’est-à-dire aussi de l’action de grâces : merci. Bruno Le Pivain

Kephas

Pierre Gardeil, la revue Golias vous appelait récemment « le directeur du lycée très réac de Lectoure ». Est-ce bien votre office ?

Pierre Gardeil

Je suis à la retraite ! Golias retarde, chez lui c’est de naissance... Il se croit encore il y a trente ou quarante ans, quand des catholiques tâchaient de démolir la baraque pour que le bruit attire les badauds. J’ai dirigé naguère le second cycle de l’école Saint-Joseph de Lectoure, qui s’appelle Saint-Jean. (Lectoure est à mi-chemin entre Agen et Auch... ou entre Bordeaux et Toulouse.) Mais je sais que cette école réagit toujours aux affaissements et affadissements de l’époque. Quant à mon office, il est aujourd’hui d’écrire (notamment dans Kephas !) et de parler où l’on m’invite.

Kephas

Eh bien, on vous y invite, et avec vous vos successeurs. Ils vous aideront à nous dire ce qu’est une école catholique. Bien des lecteurs pensent que le concept est un peu brouillé.

Pierre Gardeil

Certes, mais il y a mieux à faire qu’à détailler ce qui ne va pas. Montrer ce qui marche donne aux gens le goût d’avancer... avec le sentiment que c’est possible ! Alors, avançons ! Voyez-vous, une (brillante) élève venue d’un lycée public faire à Saint-Jean sa Terminale, dit un jour sur France-Culture, où quelqu’un l’interrogeait à propos de ce changement : « Vous me demandez ce qu’est Saint-Jean ? Saint-Jean est une école où il se passe toujours quelque chose ! » Elle semblait ravie... et nous donc ! Quelque chose. Pas du bruit, pas ce rien qu’on appelle enquête, remise en question, réunion-sida, contact-presse, rencontre bidon, photo dans un canard... Un élan vers le haut, spirituel, intellectuel, spirituel, artistique, spirituel : non, non, je ne répète pas, je désigne le centre. Une confession, une messe, un pèlerinage à Lourdes, une récollection, une retraite... Et aussi : du français, des maths, de la philo, de l’histoire, des langues, de la physique... jusqu’à obtenir par classe d’âge un pourcentage de bacheliers entre 90 et 95 %.

Bernard Bonnet, directeur général

Sans trier les Q.I. à l’entrée... mais avec des maîtres dont un bon nombre surveillent eux-mêmes les études, accompagnent réellement les entreprises « hors programme », et ont assez d’enthousiasme pour qu’il se passe quelque chose aussi quand ils font leur cours. Ajoutez aux activités qui prolongent la classe : une pièce de théâtre (ces jours-ci, ce sera Giraudoux), un concert (la chorale apprend cette année la Messe du Couronnement de Mozart), un voyage (à Rome tous les ans, souvent à Londres, Madrid ou Berlin, parfois en Turquie...), une compétition sportive (nous avons été champions d’Académie de volley, champions de France UGSEL de rugby !)

Kephas

N’en jetez plus ! Vous ne forcez pas un peu la note ?

Georges Bonnet, directeur du premier cycle

Pas du tout. Et des équipes différentes d’enseignants (plus des parents et des anciens) conduisent ces différentes entreprises : ça fait du monde, vous savez, pour une école qui n’a que huit cents élèves, de la maternelle aux plus grands. Le principe, c’est la multiplicité des élans. Les jeunes suivent... la direction dirige, aide, favorise, bénit !

Kephas

Toujours ?

Bernard Bonnet

Mais non, ça criaille souvent, ça coince quelquefois. La prière commune des maîtres, le vendredi soir (on n’y est jamais trop nombreux, elle n’est jamais assez ardente) est faite pour que se dissolvent les méfiances. Il arrive que ça prenne du temps... Le péché, on connaît. Et les échecs : ces deux profs qui décidément ne pourront pas collaborer, cet élève qu’il faut absolument mettre à la porte (le plus souvent, on le fait trop tard), cette classe spirituellement atone... on ne « se croit » pas, si c’est ce que vous craignez. Mais on y croit... et on croit en Lui !

Pierre Gardeil

Heureusement ! Car leur temps de directeur se passe presque entièrement aux tâches ingrates de l’administration des choses difficiles, dans l’ordre matériel et dans l’ordre moral. Si l’on ne veut pas laisser le mérinos inonder les infrastructures, il faut être toujours sur le pont, et cependant communier à chaque entreprise, dont l’initiateur se croit parfois seul au monde ; les maîtres aussi, il faut les supporter...

Georges Bonnet

N’écoutez pas ce que dit Pierre : les collègues enthousiastes ont surtout la vertu de nous réjouir ! C’est leur inertie qu’on craindrait. Demandez plutôt à Jacotte Arnaud de vous raconter la décoration de la chapelle. À Saint-Jo se trouve un sous-sol aménagé en chapelle, qui était remarquable par sa nudité. Le chœur s’en illumine aujourd’hui de panneaux peints à la Fra Angelico : imagé, vivant, exaltant, adorant, on ne peut lui faire face sans commencer de sentir une pieuse jubilation.

Kephas

Vous êtes professeur d’arts plastiques ?

Jacotte Arnaud

De maths. Et, comme beaucoup ici, « de Bon Dieu ». Je tâche de Le faire connaître à des classes d’ados dont le recrutement varié et l’âge ingrat ne facilitent pas toujours les choses... Fatigué de la maussaderie d’une de ces classes de Troisième, je leur demandai un jour : « Que voudriez-vous faire ? » À ma dangereuse question la réponse faillit être pire : « On voudrait taguer ! » Au lieu de m’attarder sur « ce qu’il y avait par derrière », je les pris au mot : « Eh bien, on va taguer la chapelle ! » De janvier à mai, je ne vous raconte pas les ébauches de projets, les énervements, les reculades, les gosses versatiles et ceux qui, d’enthousiasme, reviennent travailler pendant les vacances, les dévouements de la prof de dessin, qui nous a aidés avec beaucoup d’abnégation, la rencontre si heureuse d’une ancienne élève dont le métier est la restauration de tableaux et qui a pris plus que du plaisir à nous assister dans ce genre de tâche... L’idée de Fra Angelico est venue tard, mais elle a tout emporté, y compris l’admiration de quelques-uns dont l’ignorance chrétienne était abyssale. Elle l’est peut-être un peu moins : Jésus en croix, entre l’Annonciation et la Résurrection, pourront-ils jamais l’oublier ?

Kephas

Ce sont les élèves qui ont fait l’essentiel ?

Jacotte Arnaud

Bien sûr que non ! Ils ont aidé à la manœuvre, et aujourd’hui se sentent co-auteurs. J’ai cité deux femmes dont l’aide fut précieuse ; il y en eut quatre ou cinq autres : deux mamans d’élèves, une institutrice jeune retraitée... et votre servante. Avec les enfants, pour eux, pour le Bon Dieu. Les élèves ont surtout broyé de la couleur (et moi parfois du noir), ils ont peint eux-mêmes quelques panneaux décoratifs, dont ils sont légitimement fiers. Mais c’est bien ainsi.

Kephas

En fait d’adultes, travail pour les femmes de bonne volonté ? Et paix aux hommes ?

Jacotte Arnaud

Pas du tout ! Ca s’est trouvé comme ça. Dans l’ensemble des activités, les hommes s’impliquent tout autant.

Kephas :

Et les enfants, ils sont la cinquième roue de la charrette ?

Jacotte Arnaud :

Ils sont plus ou moins embarqués selon les projets. Dans la décoration d’un réfectoire sur le thème de la connaissance (avec le conseil de décorateurs du Grand Théâtre de Bordeaux), ils ont été plus directement participants... mais je crains que vous ayez des idées de pédago-idéologue quant à la bonne marche d’une école.

Pierre Gardeil

Oui, laisse-moi cette question, Jacotte : elle m’impatiente ! Les enfants vont à l’école pour étudier La Fontaine, pas pour faire des vers : combien de temps encore pour que cette simplissime vérité soit reconnue ? Jacotte et ses amies ont fait travailler les élèves avec elles et leur ont appris le génie d’un grand peintre, avec

les mystères principaux de notre foi dans le Seigneur. Voilà l’objet de l’éducation ! Quand notre chorale chante Le Messie, les élèves ne pourraient pas grand-chose sans le soutien et l’entraînement des profs, des parents, des anciens... mais ce sont eux qui font les découvertes les plus éblouissantes.

Georges Bonnet

Et on n’a pas profit à compter les pierres du chemin. Mieux vaut avancer ! Ne craignons pas la démesure de la comparaison : quand on suit un office dans une cathédrale, on ne pense pas à ce qui s’est tramé, voici des siècles : les disputes, les peines, les retards et autres dommages collatéraux. Ces chantiers gigantesques allèrent par zigzags : mais à tous (oui, même aux incroyants) ils parlent encore de ce que Dieu fit pour nous, bien mieux que les mots d’un traité qu’on ne lirait pas. Ainsi de la chapelle : peindre les dix panneaux figurés du chœur et tous les panneaux décoratifs n’alla pas sans souci... Jacotte est « râleuse », elle a dû râler ! Mais on a oublié... Aujourd’hui, et pour combien de lustres, on n’entend plus ici que la musique silencieuse de la lumière... Son grand élan ne cesse de nous rapprocher du Seigneur.

Kephas

Vous sentez la reconnaissance des élèves ?

Pierre Gardeil

Ils disent rarement les choses comme ça. Il faut avoir rencontré beaucoup d’anciens pour comprendre comment fonctionne l’éducation : une imprégnation semi-consciente, des moments forts. On est adulte presque toute la vie, et c’est fou ce qu’on ressemble à soi-même ! Mais quinze ans, dix-sept ans, on n’est tel qu’une fois ! Ce serait un crime de ne pas leur proposer alors de fortes expériences.

Kephas

Vous êtes une école heureuse...

Bernard Bonnet

Je ne voudrais pas être rabat-joie, mais nous sommes dans ce monde (trop souvent, nous sommes du monde). Chez nous comme partout, combien d’enfants de familles désunies ? Combien ignorent la foi chrétienne ? Combien ont été salis par ce qu’ils ont vu, peut-être fait ? Combien n’ont été instruits qu’à chercher leur libre plaisir dans un mode d’existence où la dérision tient lieu de culture ? C’est à ce petit peuple scolaire, où vit toujours, Dieu merci ! une solide cohorte de chrétiens fidèles et éduqués, oui, c’est à cette bigarrure que nous avons à faire. Certains jours, on n’aime pas se représenter l’avenir. Si les autorités de l’Église nous considèrent aujourd’hui beaucoup mieux que jadis, c’est parce que dans nos régions rurales il ne reste presque plus rien d’autre qui tienne, qui marche, qui bâtisse. L’école catholique, quand elle ne renonce pas à son être propre (et nous n’avons aucune intention d’y renoncer !) est un morceau de chrétienté. Peut-être refera-t-il le tissu chrétien, à l’instar des communautés qui sont la jeunesse de l’Église.

Jacotte Arnaud

Même si nous n’étions plus que deux ou trois, et nous sommes bien davantage ! Oui, l’annonce du Royaume est un défi renouvelé. Il n’empêche ! Où trouverez-vous, sinon dans une école qui se veut chrétienne, la possibilité de réunir quatre-vingt garçons et filles de dix-huit ans pour leur dire pourquoi Jésus-Christ plutôt que le Bouddha ou Mahomet ? C’est pourtant ce que nous faisions la semaine dernière, et au vif intérêt de tout le groupe ! L’école catholique est un lieu missionnaire par excellence ; on peut y travailler à la Nouvelle Évangélisation.

Bernard Bonnet

En effet, mais laissez-moi revenir sur la difficulté de « l’être chrétien » de l’école. Le monde nous tend les bras, sous les apparences d’un paisible humanisme, d’une tolérance « charitable ». Dans combien d’écoles dites catholiques, la catéchèse, c’est de participer au Téléthon ou de discuter de temps en temps sur le racisme ? Dieu merci, nous avons beaucoup de jeunes maîtres qui sont fonda mentalement d’accord avec notre projet d’éducation de la foi. Cela ne suffit pas pour répondre à la question : comment évangéliser ? Il se crée une espèce de communautarisme, comme dans toute la société française, à l’intérieur même des écoles catholiques, les groupes cathos étant plus qu’autrefois « à côté » des autres. C’est le résultat d’un effacement de la culture chrétienne : ceux qui ne sont pas « pratiquants » sont beaucoup moins marqués par cette culture qu’autrefois. Mais demeurent, fondamentalement, les données de nos deux soucis principaux : 1) Malheur à nous si nous n’évangélisons pas ! 2) Le terreau est-il assez riche pour que la bonne graine puisse lever ici ?

Georges Bonnet

Bernard parle de nos jeunes maîtres, je m’en réjouis avec lui. Mais on peut ici lancer un appel : dans les années (très) prochaines, on devra en embaucher encore un certain nombre. Que les candidats se fassent connaître : on leur promet du travail et une vie pleine de sens, au sein d’une communauté joyeuse de chrétiens. Ils peuvent nous écrire : École Saint-Joseph, rue de l’abbé Tournier, 32700 Lectoure.

Kephas

C’est une bonne adresse ! Pour revenir à la comparaison agricole de Jésus, il semble que vous faites confiance à une espèce de biologie sociale, et même spirituelle ?

Georges Bonnet

Nous croyons aux maisons. Viens et vois. Les anciens élèves nous disent souvent : « Et puis on voyait que vous vous entendiez bien entre vous. » Cet ouvrage-là est toujours à remettre sur le métier. Au vrai, construire une demeure est la tâche principale des éducateurs. Bonne fortune : depuis quelques mois, un prêtre de moins de trente ans vient passer à l’école (et de bon cœur !) un à deux jours par semaine. Nous n’en croyons pas notre bonheur...

Kephas

Avez-vous des vocations à l’école ?

Bernard Bonnet

De 1964 à 1980, presque aucune. Puis, une floraison : en quinze ans, une quinzaine de garçons et de filles, passés par l’école, se sont retrouvés prêtres ou religieuses. Depuis cinq ou six ans, la pâte retombe. De nouveau, elle fermentera. Nous suivons une marée qui vient de plus loin : l’essentiel est de pouvoir accompagner la vague quand elle est porteuse. Rares, ces prêtres et ces religieuses qui ont trouvé leur vocation par l’école. Nous dirions plutôt que l’école a pu être un milieu protecteur (quand la vocation avait besoin d’être protégée), parfois incitatif, souvent occasionnel. On sait que l’essentiel de ce qui est humain dans ces aventures personnelles passe par la famille ; l’école aide à sa façon : je revois ce garçon bouleversé par une retraite. Ce n’est pas l’école qui a prêché la retraite ! Et ce n’est même pas le prédicateur qui a dit à ce garçon : « M’aimes-tu tout de même vraiment ? » L’école a servi d’intendance. Rappelez-vous ce que disait le saint Jean qui nous patronne, celui qui n’était pas lui-même la lumière : Il faut qu’Il croisse, et que moi je diminue.

Pierre Gardeil

Me permettez-vous de donner la parole, pour conclusion de cet entretien, où tant de choses pourraient être dites, et tant d’autres exemples analysés, à un homme de télévision qui, voici douze ans, vint filmer pour ses « Chroniques de France » la préparation d’un de nos concerts, cette année-là le Requiem de Mozart ? L’émission eut un énorme retentissement ; on nous en parle encore ! Les gens voyaient des jeunes lever la tête vers le ciel, celui de la musique et celui du Bon Dieu. Parler de jeunes, à la télé, c’est parler problèmes ; et ces jeunes-ci étaient la solution, exaltante, éclatante... qu’ils étaient beaux à voir et à entendre ! Naturellement, une petite équipe de techniciens vécut quelques jours parmi nous. Ils n’avaient guère d’accointance avec une école catholique ; la plupart se trouvaient bien loin de l’Église... Eux aussi firent une expérience ! Voici ce que nous en écrivit Jean-Claude Bringuier, le réalisateur :

« Mon souci premier, mon métier en somme, c’est de chercher et peser des atmosphères, et de les rendre. Eh bien, j’ai trouvé chez vous ce qu’il faut d’élévation et de liberté, d’entraînement et de bienveillance, une grande qualité humaine. Vous ressemblez à l’idée qu’on se fait des « hussards noirs » : j’espère que la comparaison ne vous heurtera pas. Je la complète : Pagnol aurait mérité d’enseigner chez vous. Et en vous, les maîtres, nous n’avons pas trouvé trace de polémique. Un peu comme dans les grandes équipes de rugby : on joue trop vite et trop bien pour avoir le temps de se battre ! Oui, nous avons tous été séduits par le climat ardent et tempéré dans lequel cette école respire ; nous avons vu dans les yeux et le sourire des jeunes, une telle joie, momentanée sans doute, mais qui nous a rendus songeurs... Ils sont nourris pour vivre d’aplomb. L’énergie et la vitesse qu’il faut. Après, il n’y avait plus qu’à filmer... »