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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Ecole catholique en campagne
(extrait)

 

Kephas poursuit sa réflexion sur l'enseignement catholique, avec cet entretien annoncé dans le numéro d'octobre-décembre 2002 (p. 15). Il a pour cadre les collines paisibles de cette Gascogne où le Gers se faufile capricieusement, en cette étape du chemin de Saint-Jacques, ancien évêché qui vit longtemps résider les princes d'Armagnac. Sa fière cathédrale, qui l'annonce de loin, résonne chaque année des voix enthousiastes de la chorale du collège.

Venez voir émerger, un petit matin d'hiver finissant, sa silhouette paisible au-dessus des brumes empourprées de la campagne environnante, et autour, ces ruelles où déjà l'on s'interpelle joyeusement au seuil de cette nouvelle journée donnée par le Bon Dieu pour mieux L'aimer et Le servir, que ce soit dans le silence priant et affairé du Carmel voisin ou les mille occupations de la vie quotidienne. Cette langue chante comme les couleurs des champs et des pierres qui ont cependant changé de ton : vous comprenez déjà quelque chose de « l'esprit » de cette famille. « Un élan vers le haut, spirituel, intellectuel, spirituel, artistique, spirituel » ? C'est ce qu'ose affirmer Pierre Gardeil, en s'expliquant de la répétition.

Un ancien élève, revenu avec joie pour quelques jours d'aumônerie près de ses cadets, peut témoigner, avec sa reconnaissance, de la véracité du propos. Versez-y en prime ce sens de l'amitié chrétienne et cette franche gaieté, enluminées aux couleurs du terroir, qui interdisent la pause ou l'affectation (c'est meilleur pour la santé, de l'âme, de l'esprit et du corps, comme pour le travail), cette pudeur virile (et chrétienne, elle aussi) des enseignants et éducateurs dans un environnement souvent contraire, qui permet de maintenir l'enthousiasme aux jours plus délicats : vous comprendrez pourquoi on y éprouve autant de bonheur à participer à la préparation du concert de rentrée qu'au match de rugby de fin d'année (mais c'est promis : on travaille aussi entre les deux).

Vous y saurez aussi que c'est la miséricorde qui conduit aux sources de la joie, ces deux piliers d'un christianisme fidèle à l'Incarnation : miséricorde pour les âmes qu'il faut ouvrir à l'univers des choses de Dieu et protéger des maladies pernicieuses, miséricorde pour les intelligences qu'il faut acheminer à l'ineffable du gaudium de veritate et préserver des faux-semblants du prêt-à-penser, miséricorde pour les volontés qu'il faut élever à la joie tonifiante de l'effort renouvelé et relever de l'affadissement ou de la lâcheté, miséricorde pour les affectivités qu'il faut fortifier et purifier par l'effet de cette Beauté qui sauvera le monde et préserver d'elles-mêmes et de leurs mirages.

Le secret d'une école catholique, n'est-ce pas de vivre du mystère de l'Incarnation ?

C'est-à-dire aussi de l'action de grâces : merci.

Bruno Le Pivain

(fin de l'extrait)

 

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