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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Une « cassure » qui reste à étudier
(extrait)

Vincent Richard*

On sait l'importance que représente ce que l'on a appelé le « rapport Dagens » (publié le 4 décembre 1994 sous le titre « la proposition de la foi dans la société actuelle », par Mgr Claude Dagens) pour la définition des orientations pastorales de la Conférence épiscopale française. Ce texte, qui a abouti au document Proposer la foi dans la société actuelle, a été longuement étudié et analysé. Mon propos n'est pas de rediscuter ce texte mais d'essayer d'approfondir un point du constat qui sert de base aux propositions de Mgr Dagens.

Une mutation brutale ?

Mgr Dagens constate très justement que l'état de la société dans laquelle l'Eglise doit proposer la foi est très différent en 1994 de ce qu'il était à l'ouverture du concile de Vatican II. Mais, sur cette évolution, son analyse est un peu hésitante : il semble pencher pour une évolution progressive (p. 1043, il parle de la « baisse de la pratique », de « diminution accentuée du nombre de vocations sacerdotales ») mais évoque aussi une rupture, tout en la nuançant (p. 1043 : « de nombreux historiens et sociologues insistent sur cette « rupture de traditions » qui n'est pas récente mais qui se poursuit et s'approfondit »; p. 1055, « ce sont toutes les institutions familiales, scolaires, sociales, professionnelles, culturelles qui ont été profondément bouleversées depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale et notamment à cause de cette " rupture de traditions " qui, selon les sociologues et les historiens, culmine autour des années 1965-1975 »). Mgr Dagens note avec justesse les évolutions nouvelles : catéchumènes, « recommençants », travail de formation, mais c'est dans le cadre d'une société où il n'y a guère plus de 5 % de catholiques pratiquants réguliers et 40 % d'enfants catéchisés; au début des années 1960, ces mêmes phénomènes (car il y avait aussi des catéchumènes, « recommençants » et efforts de formation...) se situaient dans une société où la pratique atteignait 30 % en moyenne (avec des régions de pratique majoritaire décrites par l'enquête Boulard de 1947 à 1954 et qui n'avaient guère « bougé » depuis un siècle), avec plus de 80 % d'enfants catéchisés — et c'était une situation assez stable sur plusieurs dizaines d'années. Le rapport Dagens ne le dit pas et c'est pourtant une donnée essentielle si l'on veut apprécier comment l'Eglise pourra accueillir et accompagner catéchumènes et « recommençants ».

L'analyse aurait gagné à bien distinguer évolution et cassure...

(fin de l'extrait)

 

* Curé de Meursault et autres lieux, agrégé de l'Université, professeur d'histoire dans des séminaires ou studiums monastiques.

 

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