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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Des vocations pour le XXIe siècle
(extrait)

Réflexions sur quelques statistiques récentes

Christian Sorrel*

88040 grands séminaristes dans le monde en 1969, 60142 en 1975, 110583 en 2000... Ces chiffres, qui suffisent à suggérer l'ampleur des fluctuations du mouvement des vocations dans l'Église catholique du pontificat de Paul VI à celui de Jean-Paul II, attirent l'attention des historiens et des sociologues préoccupés d'évaluer la situation du christianisme dans la société contemporaine. Si la vocation est d'abord une aventure personnelle, elle s'enracine en effet aussi dans un terreau ecclésial, familial, social, culturel, politique et revêt dès lors une dimension collective : les statistiques, par-delà leur aridité ou leur ambivalence, constituent des indicateurs précieux de la vitalité religieuse d'un pays, même si elles ne sauraient la résumer.1

Principales sources statistiques utilisées :

Graphique no 1 — Évolution du nombre total de grands séminaristes dans le monde des années 1960 aux années 2000 — Cf. p. 50

Graphique no 2 — Évolution du nombre de grands séminaristes séculiers par continent des années 1960 aux années 2000 — Cf. p. 52

Graphique no 3 — La charge pastorale en 2000 (nombre de catholiques par prêtre) — Cf. p. 56

Graphique no 4 — Ratio entre le nombre de séminaristes et le nombre de prêtres en 2000 — Cf. p. 54

Une crise de grande ampleur

Les données font défaut pour tracer, dans la longue durée, la courbe du recrutement du clergé catholique à l'échelle mondiale (graphique no 1), mais il est certain que l'évaluation globale du nombre de grands séminaristes en 1969 (88040) s'insère dans une phase de repli, comme le confirment les indications portant sur les seuls séculiers (61817 en 1962, 55255 en 1969) : le processus s'accélère alors pour atteindre l'étiage en 1975 (60142 grands séminaristes, soit un recul de 31,69 % en sept ans), avec une amplitude plus marquée chez les réguliers (21095 au lieu de 32785, - 35,65 %) que chez les séculiers (39047 au lieu de 55255, - 29,29 %).

L'évolution de la courbe mondiale est alors largement déterminée par les fluctuations de l'Europe et de l'Amérique du Nord qui donnaient en 1961 environ 80 % des grands séminaristes séculiers (graphique no 2) et continuaient à jouer un rôle décisif dans les congrégations missionnaires, malgré l'effort de formation du clergé indigène constamment promu par le Saint-Siège. Il est impossible d'évoquer ici en détail l'histoire du recrutement sacerdotal sur le vieux continent, jalonnée par des crises d'ampleur variable, non sans lien avec la conjoncture politique, particulièrement en France où la séparation de l'Église et de l'État provoque un net repli (1733 ordinations de prêtres séculiers en 1901, 826 en 1913), compensé pour partie après la Grande Guerre (1355 en 1938).2 Mais il est indispensable de rappeler que la phase de reflux des années 1965–1975 prolonge une tendance antérieure au concile, plus précoce en France, où les effectifs des séminaires diminuent dès la fin de la décennie 1940 (825 ordinations en 1956), que dans les pays méditerranéens, atteints en 1961, ou aux États-Unis, concernés à partir de 1969 seulement. Les facteurs de ces changements sont multiples, des transformations du système scolaire défavorables aux petits séminaires, vecteurs privilégiés du recrutement, aux aspirations à la réussite matérielle de la société des « Trente Glorieuses », bousculée par l'industrialisation, l'urbanisation, la consommation et les loisirs qui constituent l'horizon profane de l'aggiornamento engagé par Vatican II.

L'amplification de la phase finale des tourbillonnantes sixties n'en est pas moins spectaculaire : la crise de civilisation dont Mai 68 est à la fois le révélateur et l'accélérateur débouche sur une contestation générale des valeurs de la civilisation occidentale qui proclame « l'éclipse du sacré » et la « mort de Dieu ». ...

(fin de l'extrait)

 

* Professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Savoie. Auteur de « La République contre les Congrégations » (Cerf 2003)

 


  1. Cet article prend appui sur le dossier statistique établi par Mgr Viviès (Congrégation du Clergé).
  2. D. Julia, « La crise des vocations. Essai d'analyse historique », dans Études, 1967, p. 238–251 et 378–396; Y.-M. Hilaire, « Le clergé, un monde qui change », dans Notre Histoire, no 100, mai 1993, p. 35–37.

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