Etat des statistiques des vocations dans l'église :
les besoins de la mission
(extrait)
Mgr Martin Viviès*
En ordonnant d'aller évangéliser toute la création, le Christ ne nous a pas demandé de nous enfouir pour être réduits au levain. Le levain, c'est sa grâce, mais du côté des hommes, il faut des chiffres, comme en témoigne la collecte du Missel :
« Donne-nous, nous te le demandons, Seigneur, la persévérance dans le service de ta volonté, afin qu'en nos jours croisse en mérite et en nombre le peuple fidèle. » (Missel Romain, collecte du mardi de la semaine de Passion).
Les chiffres sont loin de tout dire de la réalité de l'Eglise, ils ne traduisent presque rien du « mérite », mais ils sont l'aspect le plus objectif du « nombre », par lequel le Christ accomplit sa promesse de demeurer présent à son Eglise, société tout à la fois humaine et divine, jusqu'à la fin des siècles.
L'indice des vocations au sacerdoce est révélateur de l'avenir d'un pays. Un pays peut continuer à croître quant à la proportion interne de baptisés, et ne plus susciter de vocations (cas de l'Irlande). C'est une grave hypothèque sur la capacité d'évangéliser; c'est non seulement un ressort interne de générosité qui est brisé ou qui ne trouve pas de lieu pour être accueilli, mais c'est une transmission de la foi qui ne se fera pas. Qu'on le veuille ou non, il ne peut pas y avoir d'Eglise sans prêtres.
La première caractéristique des chiffres actuels concernant les séminaristes, c'est qu'il s'agit de grands séminaristes : à savoir d'élèves de philosophie et théologie qui ont déjà au minimum un baccalauréat en poche et souvent un métier. Il convient de le souligner parce que jusqu'à la réforme de Paul VI qui fixait l'admission en théologie, on était clerc dès la réception de la tonsure, et on était séminariste dès le petit séminaire : c'est-à-dire que l'on dénombrait comme membres du clergé des gens qui n'allaient jamais jusqu'à l'ordination et que les chiffres pléthoriques de séminaristes concernaient beaucoup de collégiens dont la vocation n'était pas assurée et qui ne persévéraient pas.
Il est déplorable que les petits séminaires aient été mis pratiquement en veilleuse dans le monde et que les vocations qui se présentent à l'issue du baccalauréat soient plus difficilement prises en charge par l'institution; mais cette situation a pour conséquence que les vocations actuelles, par rapport à celles d'il y a trente ans, ont déjà fait un choix plus définitif, ont souvent renoncé à une place dans la société qu'elles détenaient effectivement, et sont donc plus stables et susceptibles d'un plus grand impact sur cette société (6949 abandons de la part de grands séminaristes séculiers en 1969, contre 2116 en 2000, alors que l'on a grandi de 88000 à 110000 séminaristes).
Ceci étant, les chiffres sont là : dans toute son histoire, l'Eglise n'a jamais eu autant de grands séminaristes que maintenant. Leur nombre a quasiment doublé depuis 1975, passant de 60142 à 112244 en 2001.
(fin de l'extrait)
* Mgr Viviès, membre de la Communauté Saint-Martin, après avoir exercé un ministère paroissial, est en poste à Rome à la Congrégation du Clergé. Il est titulaire d'un doctorat en droit canonique.