Juillet–Septembre 2003

Éditorial

Jette tes filets !

Abbé Bruno Le Pivain

Nombreux furent les lecteurs à se manifester à la réception du dernier numéro de Kephas. Voici quelques mots de réponse, qui vous donneront aussi des nouvelles récentes. Cap au large !

Théologie

Magistère et théologie

R.P. Bertrand de Margerie

« Sensus fidei » et « sensus Ecclesiae », liberté du théologien et autorité du Magistère : la question des relations entre le Magistère et la théologie revêt aujourd’hui une dimension cruciale, bien au-delà des disputes d’écoles, dans la mesure où un autre magistère, médiatique celui-ci, interfère de tout son poids dans la réception de l’enseignement et la circulation des idées. L’actuelle culture du « dissentiment », entretenue en des milieux par ailleurs très disparates, voit dans l’« assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence » au Magistère authentique une atrophie de la pensée, une restriction à l’épanouissement de la vie de la foi. On peut voir autrement. L’auteur de ces lignes, publiées en « bonnes feuilles » d’un ouvrage collectif à paraître prochainement sur ce sujet essentiel, vient de rejoindre la Maison du Père. C’est aussi un hommage qui lui est rendu.

Sous le signe de l’Eucharistie

Abbé Gérald de Servigny

La récente encyclique de Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, constitue un document de grande importance doctrinale et pastorale, qui s’inscrit sans surprise dans la continuité des textes magistériels majeurs, comme la dernière encyclique sur ce point, Mysterium Fidei, publiée par Paul VI au moment du Concile, en la fête de saint Pie X de l’année 1965. Cet enseignement intervient à un moment clé de la vie de l’Église, alors que d’une part s’obscurcit fréquemment la foi en la présence réelle du Verbe Incarné sous les espèces du pain et du vin, notamment dans ses manifestations extérieures que sont les signes liturgiques, et que d’autre part renaît magnifiquement l’adoration eucharistique. Qui veut approfondir la pensée du Saint-Père en ce domaine pourra consulter (site internet du Vatican) ses homélies annuelles de la fête du Corpus Christi, véritable somme eucharistique, ainsi que les Lettres du Jeudi saint, spécialement Dominicae Cenae de 1980.

L’unique efficace sacrifice de l’Agneau sans tache

Abbé Philippe-Marie Airaud

L’encyclique Ecclesia de Eucharistia consacre une grande partie de son premier chapitre à mettre en valeur et à éclaircir la notion de sacrifice eucharistique, le sens profond de cette oblation qui est avant tout la manifestation par excellence de l’infini de l’Amour d’un Dieu qui « n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. » (Jo 3, 17) Il faut relire l’Écriture Sainte pour en pénétrer le sens.

Magistère

L’engagement des catholiques en politique

François Vallançon

Autre document du Magistère, passé plus inaperçu : une Note doctrinale de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi « touchant l’engagement et le comportement des catholiques dans la vie politique ». La séparation de l’Église et de l’État doit-elle aller jusqu’à séparer dans l’homme politique chrétien, exerçant comme tel une forme éminente de charité, la sphère de la foi et celle de la raison (fût-elle d’État) ?

Vie de l’Église

La figure du Cardinal Eugène Tisserant

Frédéric-Pierre Chanut

Compte rendu d’un colloque sur une éminente figure, en son temps très médiatisée et controversée, de l’Église de France. Même si un halo de secret entoure encore l’action et l’influence réelle de cet Académicien qui fréquenta le monde de la culture et celui de la vie politique, les points de vue ici rapportés des interventions gardent toute leur saveur.

L’Orient chrétien et l’apport de la Russie

Don Patrick de Laubier

Depuis la chute du communisme, l’Europe orientale connaît, sur les plans politique et économique, une évolution profonde, souvent chaotique, qui tente aujourd’hui de se conjuguer avec la construction de l’Europe. Plus profonde encore, peut-être, une renaissance religieuse germe, non sans heurts, eu égard notamment aux relations tendues entre la « troisième Rome » et la Rome catholique ou aux liens qu’entretiennent le slavophilisme et l’orthodoxie, comme à l’histoire récente de cette dernière. Kephas s’en était fait l’écho par un premier article de Patrick de Laubier (Kephas no 2 — Avril–Juin 2002, p. 57–60). On sait avec quelle insistance le vieux pape polonais souhaite voir l’Église respirer pleinement de ses « deux poumons ». D’où l’opportunité d’une meilleure connaissance de l’Orient chrétien, dans sa théologie et sa liturgie, sa culture et ses orientations philosophiques.

Histoire

La Chrétienté, l’Europe et le grand Turc

Jean-François Noël

Il est beaucoup question de l’éventuelle entrée de la Turquie dans l’Europe. Alors que l’Église élève la voix pour que soit reconnue « une référence explicite au christianisme dans la nouvelle Constitution européenne » (cf. entre autres la récente Exhortation apostolique Ecclesia in Europa), certains politiques voient dans l’intégration la plus large le remède infaillible à l’intégrisme le plus étroit. En amont du débat politicien, l’histoire est bonne conseillère. Celle des relations entre l’Europe, la Chrétienté et l’Empire ottoman jette une lumière crue sur les actuelles tergiversations. Beaucoup de poncifs y sont malmenés. Et si l’on n’y trouve pas de solution toute faite, on y gagne au moins des repères fiables.

Science

L’évolutionnisme… en évolution (II)

Olivier Henri-Rousseau

L’évolutionnisme au risque de la raison et de la foi. A première vue, le débat pourrait paraître désuet, tant les différentes matières de l’enseignement qui touchent à la question semblent avoir habituellement élevé au rang de dogme infaillible une hypothèse que nombre de scientifiques continuent de contester (cf. Kephas no 6 — Avril–Juin 2003, p. 109–122). La philosophie est aussi une science, lorsqu’elle intègre certaines règles de raisonnement. La théologie en est une autre, qui part d’autres principes, et spécialement de l’Écriture Sainte lue à la lumière de la Tradition vivante de l’Église. L’examen de la théorie évolutionniste à la lumière de l’une et de l’autre montre qu’elle n’est pas sans répercussions sur des points de la foi comme la création directe de l’âme immortelle, la réalité du péché originel, le rôle de la Providence, le caractère central de l’Incarnation dans l’histoire des hommes.

Société

L’aide psychologique dans les entreprises

Patrice de Plunkett

Une expérience chrétienne inédite : le cabinet « Discerner ».

Les « DRH » et les « psy » n’y suffisent plus. Signe des temps, de nombreuses initiatives fleurissent pour endiguer le « mal-être » qui atteint nombre de cadres soumis à des conditions de travail et de rentabilité souvent exténuantes. En voici une, inédite, qui repose sur deux piliers : aider « non seulement les entreprises, mais les personnes — jusque dans leurs souffrances intimes », le faire explicitement à partir des lumières qu’apporte la foi chrétienne sur la psychologie humaine. Le pari semble largement porter ses fruits.

Rencontres

À l’école du concret

Entretien avec l’abbé Hyacinthe-Marie Houard

« L’Institut Albert le Grand emprunte à Athènes le goût de la sagesse et de la beauté, à Rome le souci du droit et de la rigueur, à Jérusalem la révélation de Dieu et la découverte de l’universel. » L’abbé Houard qui, après l’Ircom, pour la communication, fonda voici dix ans cet Institut chargé de donner au petit nombre d’élus qui le fréquentent (esprit familial oblige) « une large culture générale ouverte sur le monde », voyait grand. Après plus de cinquante ans passés dans l’enseignement catholique — et dans le scoutisme —, de la Bretagne à l’Anjou, l’heure est venue de passer la main — non de s’arrêter. C’est aussi l’occasion de jeter un regard en arrière et d’apporter quelques éléments de réflexion pour ceux qui suivent. L’expérience peut être décapante, elle n’est jamais ennuyeuse.

Respiration poétique

Photographie

Pierre Parcé

Mots endormis

Pierre Gardeil

Voici une nouvelle rubrique pour Kephas. Elle reviendra trimestriellement redonner vie à des textes oubliés, qui gagnent à ne l’être pas. Le maître d’œuvre vous en dit plus sur ce devoir de mémoire qui n’a rien de pontifiant.

Spiritualité

Via Francigena : le pèlerinage vers Rome

Pierre-Yves Fux

A force de circuler dans Rome, l’auteur des « Visages de Rome » a voulu retrouver le pas des anciens pèlerins, revivre avec eux, et avec ceux d’aujourd’hui et de demain, l’émerveillement du romée qui entre doucement dans la Ville éternelle après l’avoir espérée par monts et par vaux. Montjoie ! C’est sans doute Compostelle. Mais c’est aussi Jérusalem (même crucifiée). Et c’est Rome, où il fait bon revenir s’abreuver aux sources de la joie… O Roma felix !

« Le rêve de Compostelle »
Pèlerinage et culture : paradoxe ou défi ?

Humbert Jacomet

Saint-Jacques de Compostelle : on ne compte plus les publications et les sites internet consacrés aux fameux chemins. Quand on passe du papier ou de l’écran à la route, on ne dénombre plus les marcheurs, et cette joyeuse fraternité qui se nourrit de la rudesse du parcours, de la beauté sauvage des paysages (qui ne garde un souvenir indélébile de la traversée de l’Aubrac ?) et de la complicité paisible de ceux qui cherchent « autre chose » que l’insipide de « la ville et ses murs gris », comme dit la chanson. Autre chose ? Mais quoi ? C’est depuis Saint-Jacques de Compostelle, en 1982, que le jeune pape Jean-Paul II avait appelé l’Europe à « revivifier ses racines. » Rome illumine Compostelle. Jérusalem l’a fait naître.

L’Église, pierres levées vers le ciel

Dominique Audrerie

Les églises sont très visitées. Elles sont de plus très souvent bien restaurées. Touristes ? Pèlerins ? La frontière est parfois floue. Et l’on peut être l’un et l’autre avec bonheur. Mais qu’est-ce qu’une église ?

Culture

Éloge du Puy du Fou

Maxime Henri-Rousseau

On ne vit pas impunément l’expérience de figurant au spectacle du Puy du Fou. Les récentes gesticulations estivales donnaient une « certaine image de la culture ». En voici une autre, plus fraîche.

Mauriac et le bonheur, dans le Bloc-Notes

Bernard Chochon

Mauriac enseignant sur les voies du bonheur : la chose est savoureuse. Cet écrivain d’une grande élégance ne passait habituellement pas pour un boute-en-train. On le voyait même plutôt angoissé, jusqu’à la circonspection. Voici donc un Mauriac inattendu, tendu vers le bonheur, douloureux malgré tout, pascalien passionné, chrétien certainement.

Notes de lecture

La télé sans écran

La télé sans écran

Monsieur Telescope

Le programme de ce trimestre est varié. Pierre et Frédéric y devisent à leur manière sur la façon dont les gens de télé ou de plume pérorent sur l’avenir de l’Église. La Dolce Vita de Fellini nous emmène — voyage inédit — au cœur de la Rédemption. Thélème nous livre sa véritable sagesse. Et quand vous aurez fermé Kephas, monsieur Télescope vous invite à relire Polyeucte. Ce n’est pas déchoir.