Le pèlerinage des sept églises
Pierre-Yves Fux
Ad limina Apostolorum: au seuil des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. C'est là que souhaite parvenir le pèlerin qui se rend à Rome. Le « romée » ne manque pas non plus de visiter Saint-Jean-de-Latran, cathédrale de Rome et du monde, et la quatrième basilique majeure, Sainte-Marie. Mais Rome possède encore bien d'autres trésors, bien d'autres souvenirs — sacrés et profanes. Un parcours précis deviendra populaire et recevra une reconnaissance officielle : le giro des sept églises. L'usage de cet itinéraire fut introduit au XVIe siècle par saint Philippe Néri. Aux quatre grandes basiliques romaines, il ajoute celles de Saint-Sébastien, de Sainte-Croix-en-Jérusalem et de Saint-Laurent-hors-les-Murs.
Une marche de 25 kilomètres
Ces sept sanctuaires, qui par leur nombre évoquent ou reflètent les sept merveilles du monde, les sept collines romaines ou encore les sept Eglises de l'Apocalypse, sont comme la fine fleur de la Rome des saints. Cette Rome greffée sur celle des Césars n'occupe ni le centre antique de la ville (le Forum), ni même son centre médiéval (le Champ de Mars). Quatre des sept églises furent édifiées au-dessus même des tombes d'apôtres (Pierre et Paul) ou de martyrs (Sébastien et Laurent) — donc, par nécessité de loi, hors les Murs. D'autres touchent à la muraille d'Aurélien : le Latran et le Sessorium, sites de Saint-Jean et de Sainte-Croix, domaines offerts au Pape par Constantin et par sa mère sainte Hélène. Quant à Sainte-Marie-Majeure, sur l'Esquilin, son emplacement fut indiqué par un miracle : une chute de neige en plein mois d'août.
Il est tout juste possible de visiter ces sept églises en un seul jour, moyennant sept heures de marche (haltes et visites non comprises), le long d'un parcours d'environ 25 km. Partant de Saint-Pierre, l'itinéraire passe par le Transtévère, traverse le Tibre et sort de la ville, par la Porte Saint-Paul, pour aboutir à la basilique de l'Apôtre des Gentils, sur la voie Ostienne. De là, on coupait à travers champs — à travers banlieue, aujourd'hui — pour rejoindre la voie Appienne et les catacombes. On revient dans la ville par la Porte Saint-Sébastien et longe l'intérieur des fortifications jusqu'au Latran, puis jusqu'à Sainte-Croix. Une nouvelle sortie de la ville (par la Porte de Préneste) permet de visiter Saint-Laurent, avant de rejoindre (par la Porte Saint-Laurent) la basilique Sainte-Marie-Majeure.
Les promenades romaines de Philippe Néri
A l'origine de cet itinéraire, il y a la passeggiata du soir si apaisante, en Italie, quand l'air paraît doux et que la lumière se fait tendre. Le Florentin Philippe Néri faisait de telles promenades romaines avec ses amis. Ils se retrouvaient sur le parvis de Saint-Jérôme-de-la-Charité (près du Palais Farnèse) ou, plus tard, sur celui de la Chiesa Nuova, Sainte-Marie-in-Vallicella. Ils allaient, tout en conversant, jusqu'à Saint-Pierre ou à Sainte-Marie-Majeure. Le dimanche, ces passeggiate commençaient plus tôt et pouvaient atteindre les sanctuaires, plus lointains, du Latran et des voies Ostienne ou Appienne. Les cinq ou six compagnons devinrent des dizaines, des centaines — et finalement, étaient parfois entre cinq et six mille ! En même temps qu'il se popularisait, le parcours des « sept églises » se dessinait et se fixait.
C'est le 25 février 1552 que naquit officiellement le pèlerinage. On était en plein carnaval romain, connu pour des débordements que les autorités voyaient d'un très mauvais œil. Plutôt que de tonner contre la grossièreté des réjouissances d'avant-Carême, Philippe Néri voulut proposer aux Romains une alternative, pieuse, joyeuse et bon enfant : une partie de campagne et un tour de ville pour le Jeudi gras, avec un prélude la veille au soir, après vêpres. Les pèlerins partaient de l'église où officiait le Père Philippe (d'abord Saint-Jérôme; plus tard, la Chiesa Nuova) et traversaient avec lui le pont Saint-Ange, dans un double but : vénérer la tombe de Saint-Pierre au Vatican et visiter les malades de l'hôpital du Saint-Esprit-in-Sassia. Le lendemain, rendez-vous était pris à Saint-Paul-hors-les-Murs, puis après une petite heure de marche, la messe était célébrée à Saint-Sébastien — près des catacombes, où saint Philippe avait eu en 1544 une expérience mystique. Si l'affluence était trop importante, la célébration avait lieu plus loin, sur le Célius, à Saint-Etienne-le-Rond. A deux pas de là se trouve le jardin de la Villa Celimontana; l'aimable propriétaire des lieux permettait au groupe d'y pique-niquer, offrant aux pèlerins non seulement l'ombrage de pins séculaires, mais aussi la musique d'un orchestre. Après ce moment de délassement, la marche reprenait pour le Latran, Sainte-Croix, Saint-Laurent avant de s'achever sur un Salve Regina à Sainte-Marie-Majeure.
En 1575, le pèlerinage aux sept églises deviendra la norme pour obtenir l'indulgence jubilaire. Son parcours sera dès lors accompli tout au long de l'année et non plus seulement le Jeudi gras. En procession ou isolément, nombre de romées suivront le chemin tracé par saint Philippe Néri. Les exigences diminueront à nouveau lors des Années saintes ultérieures — mais en l'an 2000, la bulle de proclamation du Jubilé mentionne encore ces mêmes sept églises romaines, aux côtés des sanctuaires de Terre Sainte, comme lieux dont la visite permet l'obtention de l'indulgence plénière. Des siècles de prière ont comme patiné la sainteté de ces basiliques. Le chemin même qui les unit semble porter la marque de l'histoire et de la grâce. En voici les étapes.
De Saint-Pierre à Saint-Paul
Il est beau et il est impressionnant de commencer une journée de pèlerinage romain à Saint-Pierre, peu après l'ouverture de ses lourdes portes de bronze, vers 7 heures du matin. Pour y arriver, on aura traversé une Piazza Navona sans ses badauds, un Pont Saint-Ange sans ses marchands de pacotille, une Via della Conciliazione presque sans trafic. La grande basilique et les grottes vaticanes, encore libres des groupes touristiques, murmurent de partout : à presque tous les autels, des prêtres de Rome et du monde entier célèbrent la messe. C'est l'heure où Saint-Pierre, dans le recueillement du petit jour, apparaît véritablement, éminemment comme un lieu de prière.
Une fois sorti, on passe à droite, sous la colonnade du Bernin. Le chemin longe l'hôpital, toujours en fonction, dont saint Philippe Néri allait régulièrement visiter les malades. En suivant la Via della Lungara des pèlerins de jadis, on ne voit plus le Tibre, car la route est en contrebas par rapport au quai moderne, le lungotevere où le trafic commence à se faire dense. On passe devant les Palais Corsini et Torlonia avant d'entrer dans le vieux quartier du Transtévère, par la Porta Settimia. Sainte-Marie, qui servit plusieurs fois de basilique jubilaire de substitution, est une halte obligée. Il est difficile de ne pas faire de même à Sainte-Cécile et, après avoir traversé le pont antique de l'île Tiberine, à Saint-Georges-au-Vélabre et à Sainte-Marie-in-Cosmedin. Des campaniles romans au style semblable, typiquement romain, signalent ces églises dont les autels protègent chacun son trésor ou sa légende : l'emplacement d'une source d'huile annonciatrice de la venue du Christ, les vestiges de la maison d'une martyre, les restes de la bannière et de l'épée du vainqueur du Dragon et même la base de l'Ara maxima des premiers temps de Rome...
Mais il faut continuer sa marche : on se dirige vers le Cirque Maxime et contemple un instant les ruines du Palatin, avant de gravir l'Aventin aux avenues silencieuses, bordées de jardins fleuris. Une fois passée la porte Saint-Paul, on n'a pas l'impression d'avoir quitté la ville, qui a largement débordé les limites du temps des Césars. De l'antique voie Ostienne, il ne reste que le parcours, rectiligne : on pourrait être dans n'importe quel quartier récent de la ville, avec ses rues à angle droit, bien larges, bordées d'immeubles banals. D'assez loin, on aperçoit le campanile de Saint-Paul, monumental, tout en marbre blanc. Par les belles pelouses aménagées lors du Grand Jubilé, on parvient à l'entrée principale de la basilique, précédée d'un péristyle.
De Saint-Paul à Saint-Sébastien
Comme la basilique des Nations à Jérusalem (Gethsémani), celle de Saint-Paul est baignée d'une lumière diffuse, qui passe par les veines opaques de l'albâtre — des dizaines de fenêtres de pierre. Le soleil est déjà haut, maintenant. Pour gagner le chœur, on hésite : progresser dans la forêt de hautes colonnes de granit ou bien dans l'espace désert de la vaste nef ? L'autel majeur abrite le tombeau de saint Paul, contre lequel est accolé, dans la confession, celui de son disciple Timothée. Avant de repartir par la porte donnant sur la voie Ostienne, il vaut la peine de cheminer un moment à l'ombre du beau cloître de la basilique.
Du temps de saint Philippe Néri, l'itinéraire passait ensuite dans la campagne romaine, dont la grandiose beauté toucha les peintres du XIXe siècle : prairies à perte de vue, ponctuées des ruines des aqueducs antiques... Aujourd'hui, quelques rochers et quelques buissons bordent bien encore la rue des Sept-Eglises (appelée au Moyen-Âge Via Paradisi, « route du Paradis »), mais l'essentiel du trajet est urbanisé et soudain interrompu par l'autoroute urbaine de la Via Cristoforo Colombo. De l'autre côté commence la zone des catacombes, vaste labyrinthe souterrain auquel on accède par trois entrées : Sainte-Domitille, Saint-Sébastien et, en retournant vers la ville, Saint-Calliste.
De Saint-Sébastien au Latran
Les seules catacombes à avoir été visitées et vénérées sans interruption dans l'histoire sont celles de Saint-Sébastien : on y voit des graffiti très anciens invoquant l'intercession de saints Pierre et Paul. En repartant de la basilique qui marque l'entrée du souterrain et qui protège des reliques et vestiges du temps des martyrs, il vaut mieux renoncer au tracé « historique » de la Via Appia et suivre un chemin parallèle, à l'intérieur du domaine (extra-territorial et dépendant du Vatican) qui s'étend jusqu'à Saint-Calliste. Sous les prés, les oliveraies et les allées de cyprès se développent plusieurs étages de galeries. Quelques lucernaires de brique trahissent l'existence de la nécropole chrétienne.
A Saint-Calliste, on pourra visiter la crypte des Papes, avant de regagner la voie Appienne, non loin de la chapelle de Quo Vadis ? On retourne dans la ville par la Porte Saint-Sébastien.
Une fois parvenus à la Porte Saint-Sébastien, certains voudront faire un détour, en longeant les murailles pour s'arrêter, près de la Porte Latine, au très beau sanctuaire consacré à Saint-Jean-l'Evangéliste. Un cèdre immense, des fresques médiévales, l'ombre d'un crucifix devant une fenêtre d'albâtre, le silence... Non loin de là est situé l'épisode (marqué par un oratoire) du supplice de l'apôtre Jean, plongé dans un chaudron bouillant. Il y survécut, dit la tradition, et, sur l'ordre de l'empereur Domitien, fut exilé à Patmos — où il aura la vision de l'Apocalypse.
Les chemins se rejoignent près des thermes de Caracalla, où l'on peut visiter les antiques églises Saints-Nérée-et-Achillée et Saint-Sixte-le-Vieux (si elles sont ouvertes) avant une halte sur le Célius. Si l'on n'a pas déjà pique-niqué dans les prés de Saint-Calliste, on fera, comme les pèlerins du XVIe siècle, une halte dans les jardins du Célius (aujourd'hui parc public). Le temps et les heures d'ouvertures permettent-ils d'entrer encore dans quelques églises ? Il y en a de remarquables non loin de là : Sainte-Marie-in-Dominica, Saint-Etienne-le-Rond, et d'autres encore... plutôt que sept, elles risquent fort d'être une vingtaine, à la fin de la journée !
Du Latran à Sainte-Croix
Plusieurs routes, à l'extrémité desquelles on voit poindre le plus haut obélisque de Rome, mènent au Latran. Cathédrale de Rome et du monde, Saint-Jean-de-Latran fut durant mille ans le siège de la papauté : ce n'est qu'après le retour des papes exilés en Avignon que le Vatican devint leur résidence permanente. Mais de nos jours encore, le règne des Papes commence formellement non pas au jour de leur élection, mais à celui de la prise de possession de leur siège, la cathédrale du Latran.
A côté de la basilique, consacrée au Sauveur et placée aussi sous l'invocation des deux Jean — le Baptiste et l'Evangéliste —, il y a le baptistère principal de Rome, ainsi que les restes les plus vénérables du premier Palais des Papes : la Scala Sancta et, à son sommet, le Sancta Sanctorum. L'Escalier Saint, que l'on gravit à genoux, ne serait autre que celui du prétoire de Pilate. Quant au « Saint des Saints », c'était la chapelle privée des Papes, où étaient gardées les reliques les plus précieuses. D'autres souvenirs insignes sont gardés dans la basilique elle-même, en particulier la table de la Cène du Jeudi saint. C'est au Latran que le Pape célèbre la messe chrismale, début des cérémonies religieuses solennelles qui se concluent par la bénédiction Urbi et orbi de Pâques.
Du Latran, on a tôt fait de gagner Sainte-Croix-en-Jérusalem, l'église du Vendredi saint, où d'autres reliques encore sont offertes à la vénération des pèlerins. Pour y parvenir, on longe les murs de Rome, par une allée d'arbres sous lesquels les cris des enfants dérangent à peine les badauds accrochés à leur telefonino et les quelques vieillards assis sur leur banc.
De Sainte-Croix à Saint-Laurent
La Jérusalem romaine est une église qui, avec sa façade baroque, paraît presque banale. Mais ses murs, comme ceux des quatre basiliques majeures, remontent à l'Antiquité : ce sont les murs du Sessorium, le palais de l'empereur Elagabal qui passa finalement aux mains d'Hélène, mère de Constantin. Elle y déposa les reliques ramenées de son pèlerinage en Palestine, où elle avait rendu à la vénération des fidèles les Lieux Saints de Jérusalem et de Bethléem. Dans une sobre chapelle latérale, construite au XXe siècle, sont gardés des fragments du bois de la Croix, de la couronne d'épines, un des clous et, relique des plus impressionnantes, longtemps restée cachée (murée près de la clef de voûte de la nef centrale), le titulus : l'écriteau trilingue « Jésus de Nazareth Roi des Juifs » !
En sortant de la basilique, on se trouve face à un axe qui mène tout droit à Sainte-Marie-Majeure — il y en a un autre, semblable, entre le Latran et Sainte-Marie. Mais on prendra par la droite, jusqu'à la Porte Majeure, grandiose architecture antique surmontée du conduit de deux aqueducs, sous laquelle se glissent lignes électriques et rails des trams romains. En passant par la Porte de Préneste, toute proche, on arrive au principal cimetière de la ville, le Verano, développement moderne de l'antique nécropole où depuis près de dix-huit siècles repose saint Laurent.
De Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure
Funérailles ou, parfois, mariages risquent de bloquer le pèlerin venu à Saint-Laurent. Avec tact mais avec la tranquille assurance de celui qui estime que son chemin lui confère un droit d'accès, le visiteur parviendra discrètement à entrer dans la crypte sombre où reposent saint Laurent et aussi saint Etienne, le Protomartyr, premier diacre de l'Eglise fondée à Jérusalem. Ce sanctuaire, où voulut se faire enterrer le Pape Pie IX (béatifié en l'an 2000) renferme bien des trésors archéologiques : colonnes antiques, mosaïques, pavement et chancel médiévaux... Avec un peu de chance, on pourra traverser la sacristie pour entrer dans le très joli cloître aux murs ocres piquetés de fragments de marbre paléochrétiens, sculptés ou gravés.
La dernière portion du parcours est coupée par la gare Termini, qu'il s'agit de contourner ou de traverser, afin d'atteindre Sainte-Marie-Majeure. Un chemin relativement direct emprunte un long passage sous-voie et débouche à côté de l'église paléochrétienne Sainte-Bibiane, restaurée par le Bernin. De là, par le jardin de la Piazza Vittorio Emmanuele II, on arrive au terme du pèlerinage.
C'est la Bethléem romaine qui représente, dans le parcours de saint Philippe Néri, l'aboutissement du chemin pénitentiel des sept églises. Si l'on a pu vénérer le bois de la Croix à Sainte-Croix-en-Jérusalem, c'est celui de la Crèche que l'on verra sous l'autel de Sainte-Marie-Majeure. Avec un peu de chance, le pèlerin arrivera encore à temps pour les vêpres, célébrées avec ferveur et dignité dans cette très belle basilique consacrée à la Mère de Dieu.1
L'œuvre de saint Philippe Néri
Le Martyrologe romain publié en 2001 indique pour le 26 mai : « Mémoire de saint Philippe Néri, prêtre. Dédiant son zèle à sauver les jeunes du mal, il fonda à Rome un Oratoire, où l'on s'adonnait à des lectures spirituelles, à des chants et à des œuvres de charité. Dans l'amour pour le prochain, la simplicité évangélique et l'enjouement du caractère, il s'efforça au service de Dieu avec le plus grand zèle et avec ferveur. » Il est l'un des quatre saints patrons de la ville de Rome, avec saints Pierre et Paul et l'archange Michel. La célébration du 26 mai est l'une des principales fêtes « locales » de Rome : la foule se presse alors dans la Chiesa Nuova, où se trouvent la tombe du Saint et, sur deux étages, les Chambres de saint Philippe.
Les Romains l'appelaient Pippo buono, « le bon p'tit Philippe ». Ce fils d'avocat, arrivé de Florence à l'âge de 18 ans dans une ville ravagée par la peste, n'eut de cesse d'encourager les aristocrates romains à trouver la vraie richesse dans les œuvres charitables. Il fut ordonné prêtre durant le Jubilé de 1550. Son « Archiconfraternité de la Sainte Trinité des Pèlerins » soigna, logea et nourrit des centaines de milliers de romées, non sans leur apporter également un soutien spirituel, année après année, Jubilé après Jubilé. Dans les catacombes de Saint-Sébastien, on l'a vu, mais aussi en d'autres circonstances, Philippe Néri éprouva des extases mystiques. Et en même temps, il Pippo buono était un saint joyeux — « hilari animo », dit le Martyrologe —, qui insistait sur la place de la beauté dans la pratique religieuse : peinture et sculpture, mais aussi musique et chant. Il introduisit l'usage de l'oratorio, mise en musique des textes sacrés. La congrégation des Oratoriens eut une grande influence sur la vie artistique à Rome et donc, plus généralement, sur la Contre-Réforme.
Dans le même esprit, hier comme aujourd'hui, le pèlerinage de Rome et celui des sept églises ne peuvent prendre l'allure d'une ascèse morose et renfrognée. Philippe Néri continue de nous apprendre à bien goûter Rome. Il nous rappelle que le « tourisme » archéologique et culturel, agrémenté le cas échéant de joyeux pique-niques en musique, n'est pas incompatible avec une dévotion exigeante et la prière fervente auxquelles invitent les sept églises, et toutes les autres. Entre les deux, il n'y a point d'exclusive — a-t-on vraiment compris Rome, est-on vraiment allé à Rome, si l'on y a pratiqué seulement l'un ou seulement l'autre ?
L'itinéraire décrit n'est pas (encore) fléché, mais on trouve, de place en place, des panneaux munis d'un plan installés durant le Grand Jubilé. Le chemin se fait en ville, hormis sur le parcours en zone semi-urbaine entre Saint-Paul et le Latran (le cas échéant, acheter au plus tard de quoi manger sur la voie Ostienne). Hormis pour les quatre basiliques majeures (toujours accessibles de 7h00 à 19h00), il est bon de vérifier les heures d'ouverture, susceptibles de changements.
- Sur Sainte-Marie-Majeure, cf. KEPHAS no 1 (2002), p. 75–80.
De Saint-Pierre à Saint-Paul :
S.-Pierre (ouv. dès 7h00) — Piazza S. Pietro — Borgo S. Spirito — Via dei Penitenzieri qui devient Via Porta S. Spirito puis Via della Lungara puis Via della Scala — Ste-Marie-au-Transtévère (ouv. dès 7h30).
Parcours « classique » : Via della Lungaretta (traversant la Via di Trastevere) — Piazza in Piscinula — île Tibérine — Lungotevere Pierleoni — Piazza Bocca della Verità — Clivo dei Publicii — Via di S. Prisca — Piazza Albania — Via della Piramide di Cestio.
[Raccourci : Via S. Francesco a Ripa (traversant la Via di Trastevere) — Piazza di Porta Portese — Pont Sublicius — Piazza Emporio — Via Marmorata (traversant le Largo M. Gelsomini).] Puis : Porta S. Paolo — Via Ostiense — S.-Paul-hors-les-Murs (ouv. également à midi).]
De Saint-Paul à Saint-Sébastien
S.-Paul-hors-les-Murs (ouv. également à midi) — Via delle Sette Chiese (parfois en zig-zag, traversant toute la longueur d'une place, le Largo delle Sette Chiese, puis la Via Cristoforo Colombo) — Catacombes (f. entre 12h00 et 14h30) Ste-Domitille (f. mardi), S.-Sébastien (f. jeudi) et S.-Calliste (f. mercredi) et basilique S.-Sébastien.
De Saint-Sébastien au Latran
S.-Sébastien — Catacombes S.-Calliste (f. mercredi) — Quo Vadis — Via Appia Antica.
Parcours direct : Porta S. Sebastiano — Via di Porta S. Sebastiano.
[Détour : Via delle Mura Latine — Porta Latina — S.-Jean-Porte-Latine — Via di Porta Latina.]
Puis : Piazzale Numa Pompilio — Via Druso — Via della Navicella — Parc de la Villa Celimontana (églises voisines f. jusqu'à 15h30) — Via S. Stefano Rotondo — S.-Jean-de-Latran (ouv. toute la journée)
Du Latran à Sainte-Croix
S.-Jean-de-Latran — Piazza di Porta S. Giovanni — Viale Carlo Felice — Ste-Croix-en-Jérusalem (ouv. jusqu'à 19h00).
De Sainte-Croix à Saint-Laurent
Ste-Croix-en-Jérusalem — Piazzale di Porta Maggiore — Porta Prenestina (puis passage sous le chemin de fer) — Viale Scalo S. Lorenzo — Via del Verano ou Via dei Reti — Piazzale del Verano contiguë à la Piazza S. Lorenzo — S.-Laurent-hors-les-Murs (ouv. le matin et de 16h00 à 17h30)
De Saint-Laurent à Sainte-Marie-Majeure
S.-Laurent-hors-les-Murs (ouv. jusqu'à 17h30) — Via Tiburtina — passage sous le chemin de fer, puis église Ste-Bibiane (ouv. le matin et de 16h00 à 19h30) — Via Giovanni Giolitti — Via Lamarmora — Piazza Vittorio Emmanuele II — Via Carlo Alberto — Sainte-Marie-Majeure (ouv. jusqu'à 19h00).