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Janvier–Mars 2004

Liturgie et musique sacrée : les ombres et les lumières d’un double anniversaire

Benoît Agobard

Pour aborder un sujet à la fois épineux et inépuisable comme celui de la liturgie depuis le Concile Vatican II, le fidèle a le choix suivant : ou il s’en remet aux seuls spécialistes, quitte à ronger son frein en silence, s’il découvre avec effroi que certaines thèses heurtent ce qu’il est convenu d’appeler sa « sensibilité », ou il ose donner son point de vue en pénétrant lui aussi dans cette véritable arène, où s’affrontent avec véhémence partisans et adversaires de l’aggiornamento, en précisant d’emblée que, s’il parvient quelque peu à démêler cet écheveau singulier, il n’a nullement la prétention d’apporter quelque solution définitive à un ensemble de questions, dont la complexité dépasse l’imagination.

Pour justifier le choix de la deuxième possibilité offerte par l’alternative, il fallait au moins un événement. Saisir une telle occasion s’est avéré relativement facile, puisque la fin de l’année 2003 fut marquée par un double anniversaire, les quarante ans de Sacrosanctum Concilium, la Constitution du Concile Vatican II sur la Liturgie, et les cents ans du Motu Proprio de saint Pie X sur la musique sacrée : Au milieu des sollicitudes.

Sujet sensible par excellence, la liturgie était donc au programme d’une journée commémorative organisée, le 4 décembre 2003, par le dicastère de la Curie romaine qui exerce la tutelle du Saint-Siège sur les sacrements et les sacramentaux, la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements. À la lecture des diverses communications, qui ont été prononcées dans l’aula Paul VI, encadrées par les deux documents pontificaux promulgués le même jour à cette occasion, l’impression d’un certain décalage entre les principes et la réalité vécue par bon nombre de fidèles peut saisir tout observateur impartial. De fait, la liturgie post-conciliaire, dont on fêtait le quarantième anniversaire de joyeux avènement, apparaît plutôt au début de ce millénaire comme un vaste « chantier », pour reprendre une expression qui est à la mode dans certains milieux ecclésiaux.

Des pratiques insolites

Prenons deux exemples volontairement contrastés et géographiquement éloignés, qui illustrent la cohabitation de deux mondes différents, également déviants, et se réclamant pourtant du même rite rénové de la messe.

Premier cas : il peut vous arriver de séjourner en Allemagne, au cœur de la Rhénanie. Si, comme il se doit, vous désirez sanctifier le dimanche, Jour du Seigneur, vous avez le choix entre, d’une part, la messe paroissiale, disons classique, et, d’autre part, une « Eucharistie domestique » officieuse... Si vous préférez la paroisse, ce qui vous est fortement conseillé, celle-ci comporte trop souvent une intercommunion banalisée (ou « hospitalité » eucharistique des frères séparés protestants), qui, certes, est réprouvée par l’autorité hiérarchique, mais qui est admise par le clergé local, sous le prétexte que de nombreuses familles sont de religions mixtes, et qu’il n’est pas rare qu’un dimanche sur deux, le conjoint protestant, en compagnie du conjoint catholique et de leurs enfants, se rende à l’église et communie, et vice-versa, que ce dernier fasse de même au temple, la semaine suivante. Quant à « l’Eucharistie domestique », qui ne provoque que de timides prises de position du côté de la hiérarchie, il ne s’agit, ni plus ni moins, que d’une Cène protestante célébrée dans une maison particulière, sans ministre ordonné, ou, si l’on veut une « fraction du pain sans prêtre ».

Partons maintenant pour les Philippines, où règnent parfois sans partage des communautés nouvelles, qui constituent l’un des fers de lance de la « nouvelle évangélisation ». La confusion, cette maladie si actuelle, atteint cette fois souvent un certain paroxysme, puisque la messe à laquelle vous désirez participer comporte des particularités, qui, disent les membres de ces communautés, sont munies d’un indult. Si vous êtes parvenus à vous glisser, non sans peine parfois (car vous ne faites pas partie de la communauté), parmi les fidèles qui participent à l’Eucharistie, le samedi soir (jamais le dimanche), dans une salle paroissiale, vous serez sans doute très surpris. Ainsi, au moment de la communion, il n’est pas rare que vous soyez obligés de rester assis comme les autres participants ; ce n’est donc pas vous qui irez vers le prêtre, mais c’est le prêtre, qui passera dans les rangs, et qui vous donnera la sainte hostie... dans la main, bien évidemment. Pourquoi cela ? C’est « clair », vous répondront vos interlocuteurs : l’Apocalypse selon saint Jean décrit les noces de l’Agneau ; or, il est dit que c’est le Maître de maison, le Seigneur, qui se déplace et nourrit lui-même ses invités (Ap III, 20 ; cf. Lc XII, 37). Remarquons seulement qu’entre l’Eucharistie domestique allemande et la messe de la nouvelle communauté philippine, pourtant si différentes, on note deux points communs, dont l’analyse mériterait tout un développement pour mieux comprendre où se situe « le ver dans le fruit » de l’application anarchique de l’aggiornamento liturgique : le fondamentalisme et l’archéologisme, bref, une conception erronée de la Tradition de l’Église.

Un anniversaire qui tombe à pic

La Constitution liturgique Sacrosanctum Concilium a donc quarante ans, et l’on serait tenté de dire, à l’appui des illustrations précédentes, qu’à cette occasion, on a ouvert la boîte de Pandore. Cette constatation est devenue avec le temps, et grâce aussi à certaines études universitaires de qualité, un fait historique indéniable, quelque soit d’ailleurs le regard personnel, plutôt bienveillant ou au contraire défavorable, que chacun peut porter sur les intentions et les réalisations des auteurs de la réforme. En abordant quelques thèmes liturgiques fondamentaux devenus flous ou controversés depuis le concile Vatican II, dans certains de ses ouvrages, le cardinal Joseph Ratzinger n’a pas manqué de déclencher des réactions passionnées – tempêtes de protestations, d’un côté ; satisfaction et soulagement, de l’autre – preuve s’il en est que l’iter de la réforme liturgique ne fut pas, et n’est toujours pas, un long fleuve tranquille.

De plus, comme on le verra plus loin, si tout, ou presque, est devenu possible, au mépris même des normes liturgiques maintes fois réitérées par le Saint-Siège, cela signifie qu’il y a eu méprise, plus ou moins volontaire, sur le mot aggiornamento dans certains milieux ecclésiaux dominants des années 1960–70, et même au-delà de ces deux décennies, jusqu’à nos jours. Il semble aussi que, à presque un demi-siècle de distance, la nouvelle « praxis » liturgique, faite d’un ensemble de gestes et de paroles, qui, en s’imposant progressivement, sont devenus désormais habituels, ait introduit les fidèles dans un univers tout à fait spécifique et inédit, et qu’on ait assisté à la naissance d’une sorte de nouvelle « tradition » liturgique, auprès de laquelle la « tradition », disons antérieure, celle des fidèles du missel tridentin, semble bien éloignée. D’où la difficulté majeure, que cet article n’a pas la prétention de résoudre, concernant l’existence ou non de facto de deux rites latins, même si, de jure, la réponse est pour l’instant négative. D’où aussi quelques difficultés, sinon à s’accepter mutuellement, du moins à se comprendre, d’un côté comme de l’autre de ce « Rubicon », que constitue en l’occurrence Sacrosanctum Concilium.

Des interventions contrastées

Certes, le 4 décembre 2003, à Rome, il n’était pas question pour les divers intervenants de soulever trop brutalement la question du bien-fondé de certaines réformes. Il reste que le premier mérite du Saint-Siège est d’avoir eu le courage de poser quelques questions de fond, sans faux-semblant, ni pudeur excessive. On en veut pour preuve les interventions remarquées de deux ténors de l’épiscopat concernant la dignité des célébrations, les cardinaux allemand Meisner (archevêque de Cologne) et américain George (archevêque de Chicago). Tous deux insistèrent non seulement pour une application sans faille des normes, mais surtout ils osèrent évoquer le rétablissement indispensable d’un minimum de discipline par le biais des premiers responsables de la liturgie, que sont les évêques eux-mêmes. « Perte du sens du sacré », « créativité intempestive », « confusion des rôles entre ministres ordonnés et laïcs », « cantiques insipides inspirés des chansons à la mode »... tous ces thèmes récurrents furent abordés sans fard, ou distillés à dose homéopathique, par les orateurs qui représentaient chaque continent. Des voix discordantes se firent même entendre en sourdine au sujet de la fameuse « inculturation », qui, en terme de « chantier », semble bien être celui du XXIe siècle. On peut affirmer d’emblée que, auprès de cet édifice « nouveau style » en voie de construction, dont on ignore les plans, les querelles qui agitent les milieux français autour des deux missels apparaîtront un jour prochain bien dérisoires.

Après le plat de résistance, représenté par l’excellente prestation du Révérend Père Abbé de Solesmes, Dom Philippe Dupont, qui montra sans peine l’inculturation musicale réussie des moines de Keur Moussa, au Sénégal, où la kora accompagne admirablement la psalmodie, le digestif offert par quelques professionnels de la liturgie laissait un goût amer : ainsi, quelques doutes furent émis quant à la prétention de régenter la liturgie depuis Rome, au point d’empêcher la « créativité » des populations locales ; certains exprimèrent leur embarras en face de ce chant grégorien, que l’Église s’obstine à proclamer le chant propre de l’Église romaine de rite latin, et aussi le modèle, et la référence incontournable pour les compositions nouvelles de musique sacrée. Plus sérieusement, on lut sous la plume d’un commentateur autorisé de cette journée que, dans la « dynamique » de la réforme conciliaire, il fallait maintenant aborder le thème de la « co-ministérialité prêtres-laïcs » dans la liturgie, au lieu et place de la « co-responsabilité », preuve s’il en est, que cette dernière notion, lorsqu’elle est employée à mauvais escient, place certains penseurs de haute volée sur une pente glissante et fatale...

Surtout, on eut droit à la revendication, qui peut être qualifiée de « nombriliste », de la part d’un liturgiste du continent européen, d’une inculturation de la liturgie, et en particulier de ses textes, au langage et aux habitudes des populations occidentales sécularisées, puisque, d’après l’auguste intervenant, les habitants de nos cités et de nos villages, immergés dans une culture étrangère au christianisme, sont devenus hermétiques au style des oraisons du Missel romain. Une telle revendication, lourde de conséquences pour la liturgie, et donc pour l’Église elle-même, n’est en réalité que la version « nouveau millénaire » d’un thème peaufiné au milieu des années 1960, et qui triompha en mai 68 : en effet, il s’agit d’une nouvelle présentation du slogan de l’adaptation au monde, qui justifie une sorte de révolution permanente dans l’Église, si cher aux théoriciens de la pastorale de l’enfouissement. De fait, à trop cacher la lampe de la foi sous le boisseau, on se heurte à la réalité d’un monde désenchanté qui, effectivement, tend à imposer ses fausses Lumières d’un humanisme idolâtre.

Quelques lignes de crête

Ainsi, quarante ans après la promulgation de Sacrosanctum Concilium, « les ombres ne manquent pas », comme le déclare Jean-Paul II dans la récente encyclique Ecclesia de Eucharistia. Et pourtant... À la lecture de la Lettre Apostolique Spiritus et Sponsa, promulguée à cette occasion, le Saint-Père montre admirablement que, nonobstant ce constat, qui laisse souvent un goût amer, « au cours du temps, à la lumière des fruits qu’elle a produits, on voit toujours plus clairement l’importance de la Constitution Sacrosanctum Concilium... où sont tracés de façon lumineuse les principes qui fondent la pratique liturgique de l’Église et en inspirent le sain renouveau ». Sans doute peut-on penser que des principes à la pratique, il existe une distance, plus ou moins large, selon les lieux et aussi les appréciations diverses des experts et des fidèles, d’où ces fameuses « ombres »... Il est encore trop tôt pour établir un diagnostic exhaustif de ce passage d’un renouveau annoncé au bouleversement vécu sur le terrain dit pastoral (et en particulier paroissial). Il est surtout prématuré d’opérer le discernement des causes de ce véritable glissement, qui, il faut l’avouer, a l’aspect, en de nombreux endroits, d’un véritable séisme : ces causes sont, en effet, nombreuses et complexes.

Ainsi, il n’est pas possible d’expliquer la « réforme » liturgique, et ses conséquences – désastreuses, pour les uns, excellentes pour les autres – à partir des seules grilles d’analyse qui ont cours dans certains milieux, pour lesquels l’histoire de la liturgie se serait en quelque sorte figée en 1962 (Missel de saint Pie V, réédité à cette date par le Bx Jean XXIII)... sans tomber soi-même dans l’idéologie la plus partisane, ce qui a pour conséquence néfaste de blesser l’unité de l’Église ; de même, on ne peut réduire le désarroi actuel de bon nombre de fidèles aux causes simplement externes de la sécularisation, sans aborder la question particulièrement douloureuse de la crise de la foi et de la vie spirituelle des clercs et des fidèles confrontés à cette même sécularisation.

Certes, d’études en colloques, de journées commémoratives en symposiums, les liturgistes osent de plus en plus se pencher sur le passé récent, et leurs conclusions vont plutôt dans le sens d’une remise en cause de la manière dont, très souvent, les principes de l’aggiornamento ont été appliqués. Il est vrai que le pape lui-même appelle à « une sorte d’examen de conscience » (Spiritus et Sponsa, n. 6) et il illustre son propos en prenant l’exemple d’une avancée conciliaire indéniable : la redécouverte de la valeur de la Parole de Dieu, ce beau fruit de Sacrosanctum Concilium, toujours cité avec raison par tous ceux qui établissent la comparaison entre les deux lectionnaires ante et post-conciliaire. Or, sur ce point, le Saint-Père interroge autant les pasteurs que les fidèles : « La redécouverte de la valeur de la Parole de Dieu a-t-elle trouvé un écho concret au sein de nos célébrations ? », demande-t-il. Que serait cet écho ? Le Saint-Père va plus loin dans sa réflexion, en posant deux autres questions : « Jusqu’à quel point la liturgie est-elle entrée dans la vie concrète des fidèles et marque-t-elle le rythme de chaque communauté ? Est-elle comprise comme une voie de sainteté, une force intérieure du dynamisme apostolique et du caractère missionnaire de l’Église ? ».

Un peu plus loin (n. 12), Jean-Paul II donne les deux clefs de cet approfondissement de l’aggiornamento liturgique dans le contexte de la société sécularisée : d’une part, il faut que les pasteurs (c’est-à-dire les évêques et les prêtres, aidés des diacres) fassent en sorte que le sens du mystère pénètre les consciences en pratiquant « l’art mystagogique » si cher aux Pères de l’Église ; voilà, en particulier, une excellente réponse à la sécularisation. D’autre part, ces mêmes pasteurs doivent promouvoir des célébrations dignes, en prêtant attention aux diverses catégories de fidèles (enfants, jeunes, adultes, personnes âgées, handicapés). Enfin, comme l’ont souligné maints commentateurs de cette exhortation apostolique, le point d’orgue de l’enseignement du Saint-Père au sujet de la liturgie rénovée est un appel très pressant à faire « l’expérience du silence ».

Le document pontifical s’achève, comme il a commencé, par une évocation de la liturgie céleste, car il est vrai que, à travers le mystère qui se réalise dans la liturgie, « une partie du Ciel s’ouvre sur la terre et de la communauté des croyants s’élève, en harmonie avec le chant de la Jérusalem céleste, l’hymne de louange éternel : « Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth... ». Ce Sanctus, qui est chanté autant par les anges et les saints dans la gloire du ciel, que par les membres de l’Église dite « militante », qui participent ici-bas à la célébration de cette véritable liturgie céleste – celle des noces de l’Agneau – qui a pour nom le Saint-Sacrifice de la Messe.

L’importance de la musique sacrée

Au sujet de la musique sacrée, dont l’objectif est la gloire de Dieu et la sanctification des fidèles, le pape avait justement choisi le jour anniversaire de la Constitution sur la Sainte Liturgie pour fêter le centenaire d’un document de son prédécesseur, saint Pie X : le Motu Proprio Parmi les sollicitudes. Le chirographe de Jean-Paul II, promulgué à cette occasion, peut surprendre bon nombre de fidèles qui fréquentent la plupart des paroisses. De fait, sur le plan de la pratique liturgique, ces derniers ne manquent pas de remarquer les deux thèmes complémentaires qui sont abordés par le pape dans cette lettre singulière. Tout d’abord, fidèle à son vénérable prédécesseur, comme d’ailleurs à la Constitution Sacrosanctum Concilium, le « chant propre de la liturgie romaine ». Il ajoute aussitôt que doit lui « être réservée, à condition égale, la première place dans les actions liturgiques chantées qui sont célébrées en langue latine » (n. 7). Sur ce point, le paroissien moyen croit rêver, s’il songe au nombre infime de saintes messes qui comportent ne serait-ce qu’un minimum de répertoire grégorien accessible à tous les fidèles, que Paul VI avait pourtant pris la peine de rassembler dans le livret Jubilate Deo, en 1974... Le deuxième sujet est lié à l’emploi généralisé des langues vernaculaires dans la liturgie, qui est l’un des piliers de l’aggiornamento.

Comme saint Pie X en son temps, Jean-Paul II reconnaît que les autres genres de musique sacrée, à commencer par la polyphonie, ne sont nullement exclus des offices divins. Or, leur développement est favorisé par l’introduction des langues vernaculaires. Toutefois, il leur faut un modèle : c’est le chant grégorien, qui, dans ce sens, même si le latin a de facto presque disparu, « continue donc d’être aujourd’hui encore un élément d’unité de la liturgie » (n. 7). Il est nécessaire de préciser ce critère, afin qu’il ne demeure pas à l’état de vœu pieux ; le pape le fait très clairement en se plaçant dans le sillage de l’enseignement de saint Pie X ; il faudrait retenir cette citation, car elle est constitue en quelque sorte la carta magna de la musique sacrée catholique pour le XXIe siècle :

« Concernant les compositions musicales liturgiques, je fais mienne la « loi générale » que saint Pie X formulait en ces termes : « Une composition pour église est d’autant plus sacrée et liturgique qu’elle s’approche de la mélodie grégorienne du point de vue du rythme, de l’inspiration et du goût ; mais plus on perçoit qu’elle est éloignée des formes de ce modèle suprême, moins elle est digne du temple ». Il ne s’agit pas, bien évidemment, de copier le chant grégorien, mais plutôt de faire en sorte que les nouvelles compositions soient imprégnées du même esprit qui suscita et, au fur et à mesure, modela ce chant. Seul un artiste profondément pénétré du « sensus ecclesiae » peut tenter de percevoir et de traduire la vérité du Mystère qui est célébré dans la Liturgie » (n. 12).

* * *

En conclusion, l’approfondissement de l’aggiornamento, souhaité par le Saint-Père, ne peut pas seulement se baser sur un ensemble d’études savantes, mais il doit être surtout le fruit d’un examen de conscience, qui aura pour conséquence une véritable conversion des cœurs, et osons le dire, des mentalités, ce qui n’ira pas sans quelques révisions déchirantes... comme toute démarche de conversion authentique. Il s’agit bien d’une approche proprement chrétienne, c’est-à-dire essentiellement spirituelle, dont l’enjeu est la communion et l’unité de l’Église. Le pape invite donc chaque pasteur et chaque fidèle, non pas à regarder en arrière, ce qui ne correspondrait pas à l’attitude du pèlerin en marche vers la vraie Terre Promise, mais à avancer hardiment Novo millenio ineunte, en entrant dans le nouveau millénaire, sur les chemins de l’histoire humaine, après s’être réapproprié les « thématiques de fond du renouveau liturgique souhaité par les Pères du Concile » (Spiritus et Sponsa, n. 1). C’est ainsi seulement que pourra se développer cette véritable « spiritualité liturgique », que Jean-Paul II appelle de ses vœux à la fin de la Lettre Apostolique Spiritus et Sponsa, en vue du véritable renouveau voulu par le Concile Vatican II.