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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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Regards sur la liturgie

Gérald de Servigny *

« Il y a peu de questions qui aient autant divisé les catholiques après le concile que la liturgie, surtout en France. Les débats étaient passionnés, les oppositions farouches, les divisions profondes et, hélas, durables. »1 Ce sévère diagnostic du Cardinal Schönborn révèle le lourd passif qui grève, aujourd'hui encore, la réflexion sur la liturgie et en fait une source de tensions et d'incompréhensions dans la vie de l'Eglise, spécialement en France.

Pour essayer d'en sortir, il conviendrait peut-être d'approfondir les fondements de la liturgie, sa définition et son champ d'application. Mais cela nécessite une réflexion préalable sur la nature de la liturgie pour éviter quelques méprises.

Le mot de liturgie

En Orient, tout spécialement chez les byzantins, la divine liturgie désigne la messe et ses formulaires.

Le mot de liturgie apparaît plus tardivement en Occident. Il fut introduit dans la langue latine par les érudits à partir du XVIe siècle puis est passé dans le langage spécialisé des théologiens au XIXe siècle. « On ne le trouve guère dans les actes officiels de l'Eglise avant le XXe siècle », affirme Mgr Martimort.2

Leiturgia est un mot grec (leitos : public, ergon : travail, œuvre). Dans le grec classique, « il se dit de l'accomplissement spontané du service de l'Etat; (...) postérieurement, il s'emploie des services que l'Etat impose aux citoyens (...), et en vient à désigner toute espèce de service, que ce soit celui d'un ouvrier travaillant pour son maître, de tailleurs, du « rôle » d'un acteur, d'un paysan qui laboure à la place d'un autre (...). Au moins depuis Aristote, et fréquemment dans les papyrus, ces termes ont une acception religieuse. »3

Dans les Saintes Ecritures, le terme de liturgie a ce même sens de service public, politique et social, mais avec une insistance sur l'office religieux, qu'il soit caritatif (la collecte pour les plus démunis, cf. II Cor 9, 12, etc.), missionnaire (les anges ou les apôtres envoyés exercent une liturgie, cf. Heb 1, 7, Phil 2, 17, etc.) ou cultuel. C'est ce dernier sens qui est prépondérant dans la Septante et dans le Nouveau Testament, utilisé très fréquemment dans l'épître aux Hébreux.

Une triple approche de la liturgie

Le cardinal Journet commence son traité d'ecclésiologie par cette question : « Comment regarder l'Eglise ? »4 L'Eglise, ajoute-t-il, est une réalité dans le monde qui se laisse voir de tous, mais malgré cela tous ne la connaissent pas de la même manière. Et de même qu'au temps de l'Evangile on pouvait porter trois regards différents sur la personne du Christ — le regard extérieur du journaliste, le regard du sage et le regard de foi —, on peut aujourd'hui porter ces trois mêmes regards sur la réalité de l'Eglise mais aussi sur la liturgie comme action du Christ et de l'Eglise.

Un premier regard sur la liturgie, celui de l'observateur extérieur, s'attachera au cérémonial qui se déploie : le décorum, l'harmonie des mouvements, la place de chacun dans la composition, l'univers culturel des cérémonies.

Un observateur plus perspicace ira plus loin : au delà du cérémonial, il y a une trame rituelle qui en fait une sorte de chorégraphie sacrée d'où se dégage une réelle profondeur. Qui n'a pas été intrigué, peut-être même saisi par ces rites qui exhalent la meilleure part de l'homme ? Ce deuxième regard fera probablement naître l'intuition d'une grande œuvre humaine.

Seul le regard plus pénétrant de la foi permet de voir l'action liturgique dans sa dimension cultuelle et sacramentelle : elle est, par delà les signes, l'œuvre cultuelle du Christ et de l'Eglise offerte au Père.

Voilà ces trois aspects de la liturgie, ces trois niveaux de compréhension : culturel, rituel et cultuel. En outre, on doit distinguer la liturgie comme action : celle qui se déploie dans le sanctuaire et la liturgie comme science qui s'étudie et se transmet de manière livresque. On peut alors récapituler ces différentes acceptions du mot liturgie par le tableau ci-dessous :

Liturgie comme actionLiturgie comme science
CérémonialCulture, sciences humaines (sociologie, histoire, archéologie)
Action rituelleHistoire des rites et science des rubriques
Action cultuelle — sacramentelleThéologie sacramentelle (du signe et de la réalité signifiée)

Si le terme liturgie désigne tout cela — on voit déjà la difficulté d'exprimer autant de choses par ce seul mot —, il reste à voir ce qui en est l'essence.

Essais de définition

A partir du début du XXe, on voit apparaître quelques essais de définition :

« La sainte liturgie est donc le culte public que notre Rédempteur rend au Père comme Chef de l'Église; c'est aussi le culte rendu par la société des fidèles à son chef et, par lui, au Père éternel : c'est, en un mot, le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres. » (Enc. Mediator Dei, Ch. 1)

« C'est surtout dans la sainte liturgie que se réalise de la façon la plus haute notre union avec l'Eglise du ciel : là en effet, la vertu de l'Esprit-Saint s'exerce sur nous par les signes sacramentels; là nous proclamons, dans une joie commune, la louange de la divine Majesté. » (Lumen Gentium, no 50)

« Effectivement, pour l'accomplissement de cette grande œuvre par laquelle Dieu est parfaitement glorifié et les hommes sanctifiés, le Christ s'associe toujours l'Eglise, son Epouse bien-aimée, qui l'invoque comme son Seigneur et qui passe par lui pour rendre son culte au Père éternel.

C'est donc à juste titre que la liturgie est considérée comme l'exercice de la fonction sacerdotale de Jésus-Christ, exercice dans lequel la sanctification de l'homme est réalisée d'une manière propre à chacun d'eux, et dans lequel le culte public intégral est exercé par le Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire par le Chef et par ses membres.

Par suite, toute célébration liturgique, en tant qu'œuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l'Eglise, est l'action sacrée par excellence dont nulle autre action de l'Eglise ne peut atteindre l'efficacité au même titre et au même degré » (Sacrosanctum Concilium no 7).

« L'œuvre du Christ dans la liturgie est sacramentelle, parce que son mystère de salut y est rendu présent par la puissance de son Esprit Saint » (CEC no 1111).

La lecture de ces quelques citations laisse clairement apparaître l'essence de la liturgie :

— La liturgie est fondamentalement une action, avant d'être une science :

— elle est, au-delà du cérémonial et de l'action rituelle, une action cultuelle et sacramentelle;

— elle est une action du Christ et de l'Eglise;

— cette action sacrée actualise l'œuvre du salut pour une double fin : la gloire de Dieu et le salut des hommes.

Voilà ce qu'est fondamentalement la liturgie : une action cultuelle et sacramentelle du Christ et de l'Eglise. Dans notre tableau ci-dessus, cette acception apparaît dans le troisième niveau (la liturgie vue dans un regard de foi).

Si cette définition si riche et si belle ne pose pas de problème particulier, il faut bien avouer cependant que l'acception la plus commune du mot liturgie désigne autre chose : comme action, elle désigne ordinairement l'ensemble des rites et des cérémonies et comme science, elle se réduit à l'étude anthropologique, sociologique, historique, archéologique et culturelle des rites (le deuxième niveau de notre tableau).

Ce sont pourtant ces mêmes conceptions incomplètes, et à ce titre erronées, qui ont été rejetées par le Magistère :

« C'est donc avoir une notion tout à fait inexacte de la sainte liturgie que de la regarder comme une partie purement extérieure et sensible du culte divin, ou comme une cérémonie décorative; ce n'est pas une moindre erreur de la considérer simplement comme l'ensemble des lois et des préceptes par lesquels la hiérarchie ecclésiastique ordonne l'exécution régulière des rites sacrés » (Mediator Dei, Ch 1).

La science liturgique — Un glissement

La liturgie comme science est fondamentalement une science théologique du mystère pascal rendu présent par les signes, mais elle est devenue peu à peu, en raison d'un glissement, une science positive de l'histoire des rites.

On constate cette ambiguïté notamment chez A. G. Martimort.5 Après avoir expliqué que la liturgie « suppose au préalable la foi, qui seule permet de percevoir les réalités surnaturelles contenues sous les signes, et plus généralement de comprendre le langage tout entier de la liturgie fondé sur la révélation », l'auteur ajoute un peu plus bas : « L'intelligence de la liturgie vécue dans la foi doit être développée par les ressources des disciplines scientifiques. Selon l'esprit de l'Instruction du 3 septembre 1958, trois disciplines sont simultanément nécessaires : celle de l'historien d'abord, celle du théologien ensuite, enfin celle du rubriciste ».

Suit le chapitre sur l'« Importance de l'Histoire liturgique ». On voit ici le tour de force opéré par l'auteur : après le rappel de la science liturgique comme science théologique fondée sur la Révélation, on trouve l'impératif catégorique — « doit » — qui l'oriente vers les « disciplines scientifiques » positives. En outre l'auteur se fonde abusivement6 sur l'instruction de 1958 pour hiérarchiser ainsi les qualités du bon liturgiste qui doit être, selon lui, d'abord un historien, ensuite un théologien et enfin un rubriciste.

Martimort n'est cependant pas un cas isolé, et sa démarche est révélatrice d'une partie du mouvement liturgique qui, à partir du XXe siècle, semble s'être tourné peu à peu vers une petite partie de la science liturgique en privilégiant l'histoire de la liturgie. De sorte que la liturgie aujourd'hui n'appartient plus d'abord au domaine théologique mais est devenue une science positive où l'histoire et les sciences humaines ont pris la première place.

On retrouve ce même glissement dans la formation des séminaristes, où l'on enseigne généralement la liturgie avant-même d'avoir commencé les études théologiques ! Voici pourtant ce que rappelait le concile Vatican II : « L'enseignement de la liturgie dans les séminaires et les maisons d'études des religieux doit être placé parmi les disciplines nécessaires et majeures, et dans les facultés de théologie parmi les disciplines principales et il faut le donner dans sa perspective théologique et historique aussi bien que spirituelle, pastorale et juridique » (Sacrosanctum Concilium, no 16).

On peut donc dégager plusieurs aspects de la science liturgique, ayant chacun leur objet propre et à ce titre spécifiquement distincts : notamment la science des signes liturgiques dans la théologie sacramentaire (troisième niveau du tableau) ainsi que la science positive des rites (deuxième niveau).

La science des signes liturgiques

La liturgie est ici considérée dans une perspective dynamique : le signe par nature renvoie à la réalité signifiée, à savoir le Mystère; il en est l'expression, le langage. Le signe est constitué tel de par sa relation au Mystère, relation fondée d'abord sur la volonté du Christ (pour les sacrements), de l'Eglise (pour les sacramentaux) et ensuite sur la nature des éléments utilisée (l'eau qui lave, le pain qui nourrit...).

Ainsi que le rappelait Newman, « les rites et ordonnances de l'Eglise n'existent pas pour eux-mêmes, ne subsistent pas par eux-mêmes, ne se suffisent pas à eux-mêmes; ils sont ce qu'ils sont à cause de quelque chose qui leur est intérieur; ils protègent un mystère; ils défendent une vérité dogmatique; ils représentent une idée; ils sont messagers de bonnes nouvelles; ils sont les canaux de la grâce. Ils sont la forme extérieure d'une réalité ou d'un fait intérieur. De ceci aucun catholique ne doute. »7

C'est cette connaissance symbolique des signes liturgiques qu'ont développée les Pères de l'Eglise (cf. par exemple les catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem) et les théologiens médiévaux (cf. saint Thomas d'Aquin,8 Durand de Mende,9 etc.). S'ils ne s'intéressaient guère à l'origine et l'histoire des rites, en revanche ils en ont développé le symbolisme : chaque parole, chaque geste sacramentel révèle un aspect particulier du Mystère ou insiste sur les bonnes dispositions de celui qui en vit.10

Il n'y a pas de commune mesure entre la pauvreté des signes et la grandeur infinie du Mystère qu'ils dévoilent et rendent présent en prolongeant ainsi le mystère de l'Incarnation : Jésus est venu accomplir sa mission en ce monde dans l'humilité, et il la poursuit plus humblement encore par l'Eglise et ses sacrements. Dieu avait agi sous les traits d'une humanité humiliée, voilà qu'il continue son action par des hommes pécheurs et des signes dérisoires. C'est le scandale et la folie de l'Incarnation rédemptrice qui se prolonge dans le mystère de l'Eglise, cette humanité de surcroît qui achève l'œuvre du salut. A la suite du Christ, l'Eglise, par l'exercice de son ministère pastoral, sanctifie, conduit et enseigne les brebis du troupeau confié à Pierre et aux Apôtres. L'Eglise, sacrement du Christ, prolonge l'action régénératrice du Christ par les signes sacramentels : c'est au travers de ces humbles gestes et paroles, prononcées avec autorité, que le Christ se rend présent et vient toucher les âmes.

On comprend alors que « le mystère de la Messe est au-dessus de ses expressions liturgiques. Si légitimes et nécessaires soient-elles, elles lui demeurent par nature inadéquates. Elles ne représentent que des vérités partielles; une tension va se créer entre elles.

Faut-il d'abord insister dans la liturgie sur le rôle primordial, enveloppant, souverainement efficace du sacrifice du Christ ? Faut-il au contraire mettre l'accent sur le rôle secondaire du sacrifice de l'Eglise et la participation des fidèles ? (...)

Faut-il adorer en silence le mystère ineffable de la rédemption du monde, rendu présent au milieu de nous ? Faut-il le faire acclamer par la foule ? (...)

On le voit, les tensions qui ont donné naissance aux divers rites reparaissent à l'intérieur d'un même rite. Au regard de la foi et de la contemplation, le mystère de la rédemption continué en chaque Messe est un, parfait, immuable, infiniment simple, embrassant dans son horizon l'universalité du temps et de l'espace, absolument transcendant par rapport à ses formes liturgiques qui ne peuvent avoir qu'une valeur secondaire. Mais le bon ordre et la vie de la communauté ecclésiale ont besoin précisément de ces formes liturgiques. »11

La science des rubriques et l'histoire des rites

La liturgie n'est pas une prière privée, mais elle est la prière officielle et publique de l'Eglise. C'est à cette dernière que revient la tâche d'organiser et de codifier les rites de la prière et de l'action liturgique. Pour cela, elle a, dès l'origine, puisé des éléments cultuels d'abord et principalement dans la liturgie synagogale ainsi que celle du Temple, mais aussi dans les cultes païens. Aussi est-il utile pour mieux comprendre les rites du culte chrétien de connaître leur origine et leur développement dans l'histoire.

En outre le témoignage de l'histoire met en lumière le lien de plus ou moins grande dépendance qui unit la liturgie au contexte culturel dans laquelle elle se déploie : le cérémonial propre à chaque époque et différent selon les contrées. L'histoire permet alors de dégager les éléments rituels qui transcendent les cultures et fait accéder à l'universalité de la prière liturgique.

Un difficile équilibre

La liturgie est l'œuvre du Christ et de l'Eglise; elle prolonge l'action du Christ par contact. D'une juste compréhension du mystère de l'Incarnation dépend une vision équilibrée de la liturgie. Et inversement, toute erreur christologique se prolonge en erreur ecclésiologique, mais aussi liturgique.

La gnose, voulant accéder à Dieu directement, refusait de considérer le Christ comme médiateur. Cette erreur se prolonge chez ceux qui veulent évacuer la médiation de l'Eglise et de sa liturgie dans la prière. Ils se disent, la plupart du temps, croyants mais non pratiquants.

L'arianisme ne voyait dans le Christ qu'une créature, niant alors sa divinité. Il devient une erreur ecclésiologique en considérant l'Eglise comme une institution simplement humaine, avec sans doute une histoire prestigieuse et une organisation extraordinaire mais comparable aux autres réalités profanes. Cette même erreur considère la liturgie comme une activité simplement humaine, peut-être la plus haute, mais une geste comparable à un spectacle, une rencontre où ceux qui y participent ne sont pas instruments mais simples acteurs. La liturgie est alors l'expression particulière, le bien propre de la communauté célébrante. On arrive alors à toutes les dérives d'une auto-célébration souvent dénoncée par le Cardinal Ratzinger.

Le monophysisme ne considère qu'une seule nature (divine) dans le Christ, avec seulement une apparence d'humanité. Cette erreur appliquée à l'Eglise ne veut y voir que l'aspect spirituel, divin : une Eglise de parfaits, de purs, à la manière du donatisme. Le monophysisme liturgique considère la liturgie comme une action quasi divine, parfaite, magique, pourrait-on dire, dès que le rite est célébré dans toute sa pureté. Selon cette conception, le rite est sacré, non pas en tant qu'il est signe d'une réalité sacrée, mais en lui même. Cette erreur conduit à une appropriation du culte, non pour en faire quelque chose de simplement humain comme dans l'arianisme liturgique, mais pour en faire quelque chose de sacré et de divin. Le Cardinal Ratzinger illustre cette dérive par la tentation du veau d'or : « Le peuple se propose de glorifier le Dieu qui a conduit Israël hors d'Egypte, convaincu de pouvoir représenter adéquatement sa puissance mystérieuse sous la forme d'un jeune taureau. Apparemment tout est correct, y compris le rituel sans doute accompli dans les règles. Et pourtant il s'agit bien d'un abandon de Dieu. Plus que l'évidente violation de l'interdiction de l'image, l'apostasie concerne un autre aspect, moins perceptible. Elle tient au fait que le peuple, ne supportant plus que Dieu soit invisible, lointain, mystérieux, le met à son niveau, le fait descendre dans le tangible. »12

Le nestorianisme professe la dualité des personnes dans le Christ. Appliquée à l'Eglise, cette hérésie y distingue jusqu'à les séparer l'aspect visible, terrestre, humain et l'aspect invisible, céleste, divin, en niant le lien sacramentel qui les unit. Cette erreur se retrouve dans la liturgie, qui n'est plus considérée dans sa réalité de signes sacramentels, mais enfermée dans une dialectique opposant sacré et profane, élément divin élément humain. C'est bien souvent dans cette dialectique que s'inscrivent les grandes disputes liturgiques de ces dernières décennies.

Conclusion

La liturgie de l'Eglise est sans doute un des grands chantiers des années à venir. Il nécessite préalablement un effort de clarification, d'une matière devenue au fil des temps un peu confuse :

— en privilégiant le regard de foi sur la liturgie comme action cultuelle et sacramentelle du Christ et de l'Eglise.

— en privilégiant l'approche théologique du signe et de la réalité signifiée, avant les considérations historiques du rituel.

— en abordant ces questions par l'intelligence et non par le biais de la sensibilité.

On peut penser que le renouveau liturgique que le Cardinal Ratzinger appelle de ses vœux est à ce prix.

 

* Auteur de La théologie de l'Eucharistie dans le Concile Vatican II, Téqui, Paris 2000.


  1. C. Schönborn, Conférence à Notre-Dame de Paris, in Quel avenir pour l'Eglise ?, Presses de la Renaissance, 2001, p. 32.
  2. A. G. Martimort, L'Eglise en prière, Paris, 1961, p. 3.
  3. C. Spicq, op, Lexique théologique du Nouveau Testament, Cerf, 1991, p. 899–902.
  4. Ch. Journet, Théologie de l'Eglise, Paris, DDB, 1958, p. 11.
  5. Op. cit., p. 11.
  6. Le passage évoqué traite en réalité des qualités de l'auteur ou du compositeur de musique sacrée : « Les auteurs ou compositeurs de musique sacrée doivent posséder une connaissance assez complète de la liturgie elle-même, au point de vue historique, dogmatique ou doctrinal, et une connaissance pratique des rubriques; ils doivent aussi connaître le latin; enfin ils doivent être profondément instruits des lois de la musique sacrée aussi bien que profane, et de l'histoire de la musique » SCR, Instruction du 3.09.1958, no 98.
  7. Newman, Diff. I 216, (1850), in Le mystère de l'Eglise, Téqui, p. 80.
  8. Par exemple : Somme Théologique, III, q. 83, a. 4 et 5.
  9. Guillaume Durand, Le sens spirituel de la liturgie : Rational des divins offices. Livre IV de la messe. Ad solem 2002, 600 p.
  10. Cf. Saint Thomas d'Aquin, op. cit., III, q. 5, c.
  11. La Messe, Présence du sacrifice de la croix, DDB, Paris, 1957, p. 317.
  12. J. Ratzinger, L'esprit de la liturgie, Ad solem, 2001, p.19.

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