Accueil | Abonnements | Contact | Coordonnées 
Recherche
La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
Charte | Rubriques | Rédaction | Archives | Liens

Vous êtes ici : Archives > avril-juin 2004

 

Heureux du ciel

Bruno Le Pivain

Mille excuses, cher lecteur ! C'est vrai qu'on nous a assez prévenus, à Kephas, de ne pas laisser passer de formules absconses sans les traduire en vernac ou les apprêter de toute manière... O temps, ô meurs... Soyons dociles : « heureux du ciel », cela se rend ainsi : caeli beatus. C'est au moins l'interprétation que j'en ai trouvé sur une liasse de feuillets débusquée juste avant mon ordination diaconale, un texte d'ailleurs écrit pour la sainte Agnès de cette année (1993). On y lit ceci, sur l'origine du mot caelibatus : « Sénèque l'employait pour le non mariage, Julius Valerianus l'appliquait à la vie céleste. L'historien peu connu a peut-être touché plus juste qu'un moraliste réputé : le cœur qui renonce aux amours en raison du plus grand Amour est bien caeli beatus. »

Tiré par les cheveux ? En tout cas, c'est bien accommodé, ça sonne parfaitement juste et c'est riche de sens, pour une époque qui en cherche.

Et ces autres lignes : « Seule la rencontre avec Jésus pourra donner son vrai sens à votre vie : "Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi", a écrit saint Augustin (Les Confessions, I, 1). Ne vous laissez pas détourner de cette quête. Persévérez, car ce qui est en jeu, c'est la pleine réalisation de vous-même et votre joie. »

Le premier texte, qui conclut une dizaine de feuillets, porte une signature : Jérôme Lejeune, de l'Académie Pontificale des sciences.

Le deuxième texte est plus récent, du 22 février 2004. Il est extrait du Message adressé à la jeunesse du monde, à l'occasion de la XIXe Journée mondiale de la jeunesse. Il est signé de Jean-Paul II.

Dans La lettre de la Fondation Jérôme Lejeune,1 son épouse rappelle que son mari « avait été nommé par le Saint-Père 1er président de l'Académie pontificale pour la Vie. Il est mort "en service commandé", lui qui avait fait le choix d'être un savant "serviteur de la vie". »

On le sait, il est mort le matin de Pâques de l'année 1994. Il est mort ? Les premiers chrétiens disaient le dies natalis, le jour de la naissance au ciel.

Professeur, je ne vous ai pas connu ici-bas. Lors de l'hommage solennel rendu le 19 février 2004 par l'Académie Pontificale pour la Vie à son premier président, on a évoqué la possibilité de l'ouverture de votre procès de béatification. J'avoue que l'idée m'a paru aussi naturelle que pour Mère Teresa. Le Cardinal Fiorenzo Angelini a notamment déclaré : « Il est l'exemple d'une vie pour la Vie. » Comment mieux dire ?

Je ne vous ai pas connu, même si je connais de ceux qui vous furent proches, si j'ai suivi et admiré votre œuvre, aujourd'hui continuée, comme vous l'aviez souhaitée. Il me semble vous connaître un peu, cependant, par votre visage, cet éclat lumineux et droit où l'intelligence du savant paraît transfigurée par la bonté du chrétien. Votre visage, professeur, est un message.

Je ne vous ai pas connu, mais deux accès me sont offerts, et voici que j'ai l'impression de vous connaître, de naître, ou de renaître avec vous, selon l'étymologie. Pour un ami de la vie, c'est heureux.

Première séquence : j'ouvre l'Évangile, plus particulièrement le Prologue de l'Évangile de saint Jean. « Ce qui fut en lui était la Vie, et la Vie était la lumière des hommes, et la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas saisie. » Et la suite, comme on chante à l'office de Matines, à Pâques, par exemple. Je vous y retrouve.

Deuxième séquence : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. » On sait la profondeur de l'amitié qui vous liait à notre Saint-Père Jean-Paul II, le pape, entre tant d'autres bienfaits, d'Evangelium Vitae. À travers lui, c'est vous aussi que je rencontre.

On parle beaucoup — et si justement — de cette terrible « culture de mort ». Professeur, vous êtes pour nous le symbole de la « culture de vie ». Vous nous obligez à croire qu'aujourd'hui comme hier et demain, selon le mot de Pascal, l'homme passe infiniment l'homme. »

Site internet : http://www.fondationlejeune.org

 


  1. La Lettre de la Fondation Jérôme Lejeune — 31 rue Galande — 75005 Paris — Tél : 01 46 33 31 82 — Directeur de la Publication : Jean-Marie Le Méné.

Retour au sommaire

 

  © Kephas, 5 rue Brault, F-49100 Angers, revue-kephas@wanadoo.fr