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La victoire sur le monde, c'est notre foi. (1 Jn 5, 4)
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La transmission, terreau de l'espérance

Bruno Le Pivain

« Le manque d'espérance de la jeunesse est fortement marqué aujourd'hui, alors même qu'elle porte en elle de nombreux désirs, comme j'ai pu m'en rendre compte, notamment durant les Journées mondiales de la Jeunesse. Dans l'exhortation apostolique Ecclesia in Europa (n. 9), j'avais noté qu'à la racine de la perte de l'espérance se trouve la tentative de faire prévaloir une anthropologie sans Dieu et sans le Christ, donnant à l'homme la place de Dieu. L'oubli de Dieu a conduit à l'abandon de l'homme. »1

La longue bataille menée par le Saint-Siège, à commencer par Jean-Paul II lui-même, pour la simple reconnaissance des racines chrétiennes de l'Europe dans le Préambule de la nouvelle Constitution, n'aura donc pu avoir raison des oppositions farouches et non motivées de certains États, à commencer par la France, « Fille aînée de l'Église ». Le « devoir de mémoire » est sélectif.

Pour les évêques polonais, qui savent ce qu'il en coûte d'une Europe qui oublie son héritage chrétien, le constat est sans appel : « Nous constatons ce fait avec indignation, comme une falsification de la vérité historique et une marginalisation consciente du christianisme, qui a été pendant des siècles et qui continue à être la religion d'une grande partie des Européens.

Le laïcisme idéologique, qui a trouvé sa manifestation dans les prises de position de certains gouvernements européens, suscite notre ferme opposition et une préoccupation pour le destin futur de l'Europe. On ne peut pas, en effet, construire la maison commune européenne en falsifiant l'histoire du vieux continent et en imposant une vision laïque à l'Europe tout entière.

Face à cette situation, nous exhortons tous les hommes de bonne volonté a réfléchir sur l'avenir d'une Europe construite en omettant ses valeurs fondamentales. »2 C'est bref, mais parfaitement clair.

On espérait « des lendemains qui chantent ». On parle aujourd'hui de « l'inquiétude du lendemain. » Pour avoir confiance dans ce lendemain, encore faut-il cultiver le respect — non la nostalgie romantique — de l'hier. C'est une affaire de vérité, de piété filiale aussi.

Une personne, une communauté, pour « entrer dans l'espérance », comme nous y invite le Saint-Père, pour entendre avec reconnaissance son fameux « N'ayez pas peur ! », pour devenir « témoin de l'espérance », comme répétait le regretté Cardinal François-Xavier Van Thuan, doit d'abord se réconcilier avec son passé s'il y a une brouille, et de toute façon le connaître.

La « crise de la conscience européenne » magistralement analysée en son temps par Paul Hazard aboutit aujourd'hui dans ce refus grossier de reconnaissance — dans tous les sens du terme — qui, de prime abord, pourrait passer comme relevant d'une forte poussée du complexe d'Oedipe, mais obéit de fait à une logique purement idéologique sous-tendue notamment par une vision maçonnique de l'homme, « une anthropologie sans Dieu et sans le Christ ». Soit dit en passant, l'Europe ne sera jamais païenne. Elle ne le peut plus, parce qu'elle fut chrétienne. Elle sera chrétienne ou elle sera anti-chrétienne, tel est le seul enjeu.

La crise de la conscience européenne est une crise de la transmission. Le témoin n'a pas été passé entre hier et demain. Sans passeurs, pas d'avancée possible, la course s'arrête, la chaîne est cassée. L'individualisme ambiant dans les sociétés dites de consommation concerne aussi le rapport au temps : suis-je une île, suis-je plutôt le maillon d'une chaîne ?

Parce qu'il faut construire, parce qu'il faut réveiller l'espérance, dans tous les domaines, Kephas propose aujourd'hui ce dossier sur la tradition, sur la transmission, celle du savoir et de la connaissance, celle de l'éducation et de la formation de la personnalité, celle de la foi.

« L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme », avertissait Simone Weil.

Pour un supplément d'âme dans un monde qui l'oublie jusqu'à l'asphyxie, la transmission n'est pas optionnelle.

Elle est le terreau de l'espérance.

 


  1. Jean-Paul II, Discours aux participants du Symposium européen de la Commission épiscopale pour l'Éducation catholique, 3 juillet 2004.
  2. Déclaration de la Conférence épiscopale polonaise, 19 juin 2004.

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