Compagnons au service de l’Église
Cardinal Bernardin Gantin*
S’il y a un cardinal de Curie que j’ai très bien connu, c’est bien l’ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, notre grand Pape Benoît XVI.
J’ai eu l’insigne honneur d’être parmi les évêques venus lui imposer les mains le jour de la Pentecôte 1973 quand il fut nommé par Paul VI Archevêque de Munich. C’est un prêtre béninois, Abbé Barthélemy Adoukonou, élève du Professeur Ratzinger qui m’avait suggéré de participer à cet événement. J’ai découvert un homme extraordinaire, de culture théologique et spirituelle peu commune, d’amabilité et de courtoisie exquises. Nos contacts alors furent courts, mais intenses. Je ne suis pas prophète, ni fils de prophète : mais quelque chose me faisait penser que j’avais affaire à un évêque capable de rendre d’éminents services à l’Église. Plus haut et plus loin que Munich, je souhaitais et prédisais secrètement en moi pour un tel homme la Ville Éternelle. De là, on peut donner toute la mesure de ses dons et talents à l’Église Universelle.
A Rome, je venais d’être appelé moi-même par Paul VI en 1971. J’étais encore novice à ce haut service dans le dicastère important mais complexe de Justice et Paix. Dans les réunions de travail comme dans les cérémonies, je me retrouvais très souvent parmi des prélats de plusieurs pays. Au milieu d’eux avec mes modestes moyens, j’apprenais le service du pape qui est aussi celui de l’Église entière.
Mais voici qu’un jour arriva parmi nous l’Archevêque de Munich nommé Préfet de la Doctrine de la foi en même temps que créé cardinal. A ma surprise, je fus désigné moi aussi pour la même dignité. Inoubliable promotion, le dernier consistoire que fit Paul VI en juin 1977 où nous n’étions qu’au nombre de cinq.
Mes liens avec le Cardinal Ratzinger se trouvèrent encore plus serrés et approfondis. Devenu en 1984 préfet de la Congrégation pour les évêques, je fus nommé membre de sa Congrégation, ayant donc les mêmes questions à débattre en session hebdomadaire tous les mercredis (feria IV).
C’est là, et pendant plus de 10 ans, que j’eus à me rendre compte de l’immensité, et de la qualité du travail de ce cardinal extraordinaire. Extraordinaire son intelligence, à l’aise dans toutes les langues. Extraordinaire sa capacité d’écoute et de synthèse, extraordinaires sa finesse et sa bonté. Il sait accueillir volontiers les opinions et les sentiments des autres. C’est un plaisir de l’écouter et un grand profit de dialoguer avec lui.
Au service de l’Église, nous avons un point commun qu’il est bon de signaler comme témoignage. Vous savez qu’il existait, au moins jusqu’à Jean-Paul II, un tour régulier des visites des chefs de dicastères qu’on appelle « audiences de tabella. » C’étaient des visites fixes et régulières dont on était prévenu par une feuille de routine. Étant donné le travail du pape, devenu surhumain avec les voyages et les demandes extérieures, les visites de tabella ont fini par se borner à deux, chaque vendredi et chaque samedi soir : il s’agit des audiences des chefs de deux dicastères, celui de la foi et celui des évêques. C’est ainsi que le Cardinal Ratzinger rencontrait le pape tous les vendredis et moi tous les samedis. Ce privilège, je le sais, est maintenant élargi, Benoît XVI tenant à être au service de tous, du mieux qu’il peut.
Servir, n’est-ce pas le premier devoir, tout le devoir du Bon Pasteur ?
* Doyen émérite du Sacré Collège