L’alliance avec Israël
Cardinal Avery Dulles s.j.*
Traduction de Paul Poitevin
Depuis la Shoah, la question du statut présent de l’Alliance de Dieu avec Israël a été longuement débattue au cours des dialogues judéo-chrétiens. Les catholiques cherchent une approche qui puisse s’intégrer dans l’ossature de la doctrine catholique, reprise et résumée partiellement par le second Concile du Vatican.
Suivant les documents postconciliaires pour interpréter le Concile, la priorité doit être donnée aux quatre grandes Constitutions, ensuite aux décrets, et finalement aux déclarations. La Déclaration sur les religions non-chrétiennes, bien qu’excellente, n’est ni exhaustive, ni suffisante. Il est nécessaire de l’interpréter dans le contexte plus large de l’ensemble de l’enseignement du Concile.
Le second concile du Vatican a enseigné avec une grande insistance qu’il n’y a qu’un unique médiateur entre Dieu et l’homme, l’homme Jésus-Christ. Tout salut vient par le Christ, et il n’y a pas de salut en dehors de son nom. Quand le Christ, le Fils de Dieu, s’est incarné, la Révélation a atteint son insurpassable plénitude. Tout homme est, en principe, invité à croire au Christ qui est la Voie, la Vérité et la Vie, et en l’Église qu’il a établie comme un moyen de salut pour tous les hommes. Tous ceux qui, conscients de ces vérités, refusent d’entrer dans l’Eglise ou d’y rester ne peuvent être sauvés. D’un autre côté, les personnes qui « sans faute de leur part ne connaissent pas l’Evangile du Christ, ni son Église, s’efforcent cependant d’une façon sincère de chercher Dieu et sous la motion de la grâce s’efforcent par leurs œuvres de faire sa volonté comme cela leur apparaît », peuvent atteindre le salut éternel d’une manière connue de Dieu seul.
Le Christ a donné à ses apôtres et à travers eux à l’Église la mission solennelle de prêcher la vérité salvatrice de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre : « L’obligation de répandre la foi est imposée à tout disciple du Christ, suivant ses possibilités » comme l’énonce la constitution Lumen gentium. L’Église « prie et œuvre afin que la totalité du monde puisse devenir le Peuple de Dieu, le Corps du Seigneur, et le Temple de l’Esprit Saint, et que dans le Christ, Tête du Corps, puisse être rendus au Créateur et Auteur de l’univers tout honneur et toute gloire. »
En s’efforçant de répandre la foi, les chrétiens doivent se souvenir qu’elle est par nature même une réponse libre à la Parole de Dieu. Il en résulte que doit être évitée toute contrainte physique ou morale. Tout en enseignant cela, le concile admet avec regrets qu’à certaines époques et en certains lieux la foi a été propagée avec des manières de faire qui n’étaient pas en accord – ou même étaient opposées – à l’esprit de l’Evangile.
La Révélation chrétienne n’entra pas dans le monde sans une longue préparation qui a commencé avec nos premiers parents, Adam et Ève. Par Abraham, Moïse et les prophètes, Dieu apprit à Israël « à le reconnaître comme le Dieu unique, vivant et vrai, Père généreux et juste juge, et à attendre le Sauveur qu’il promettait », comme le déclare la constitution dogmatique sur la divine Révélation, Dei Verbum. Dieu « fit alliance avec Abraham (cf. Gen 15, 18) et, par Moïse, avec le peuple d’Israël. » « Le principal but qui orientait l’ancienne Alliance était de préparer à la fois la venue du Christ et l’avènement du Royaume messianique. » Un unique et même Dieu est l’inspirateur et l’auteur de l’Ancien comme du Nouveau Testament. Il « fit dans sa sagesse que le Nouveau Testament soit caché dans l’Ancien et que l’Ancien soit rendu manifeste par le Nouveau. » Le peuple de la nouvelle alliance jouit d’un rapport spirituel particulier avec la descendance d’Abraham, souligna la Déclaration conciliaire Nostra aetate.
L’Église rappelle avec gratitude qu’elle a reçu la Révélation de l’Ancien Testament par le peuple d’Israël. Elle est consciente que, bien que Jérusalem n’ait pas reconnu le temps de sa Visitation et bien que les juifs en grand nombre n’aient pas réussi à accepter l’Evangile, cependant, suivant saint Paul, ils restent très chers à Dieu en souvenir de leurs pères. Le second concile du Vatican, tout en introduisant une base solide et traditionnelle en vue de discuter les relations judéo-chrétiennes, n’a pas essayé d’arrêter toutes les questions. En particulier, il laissa ouverte cette question : l’Ancienne Alliance reste-t-elle en vigueur aujourd’hui ? Subsiste-t-il aujourd’hui deux alliances, l’une pour les juifs, l’autre pour les chrétiens ?
S’il en est ainsi, ces deux alliances sont-elles liées comme des étapes d’une seule alliance en développement, d’un unique plan salutaire divin ? Les juifs qui embrassent le christianisme doivent-ils continuer à suivre les pratiques de l’ancienne juive ?
Dans le demi-siècle qui a suivi Vatican II, des contributions majeures à la théologie catholique de l’alliance ont été faites par le Pape Jean-Paul II, par le Cardinal Joseph Ratzinger (maintenant Benoît XVI), le Cardinal Walter Kasper, le Catéchisme de l’Église catholique et la Commission biblique pontificale. Avec ces contributions, avec l’aide de documents moins autorisés, nous pourrons ouvrir un chemin à travers la jungle des controverses.
Au point de départ, examinons l’expression « l’Ancienne Alliance », (…)
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* Professeur (religion and society) à l’Université de Fordham, Bronx, New York. Son dernier livre est intitulé The new world of faith.