L’Église en Pologne après le « cas Wielgus »
Le 6 décembre 2006, Benoît XVI nomme Mgr Stanislaw Wielgus archevêque de Varsovie, un poste-clé dans la patrie de son illustre prédécesseur. Le vendredi 5 janvier 2007, le nouvel archevêque prend ses fonctions. Le dimanche 7 janvier, peu avant la messe « d’installation », on apprend que sa démission a été acceptée par le Saint-Père. Épisode douloureux d’une période délicate qui n’épargne pas le monde politique, comme le montre l’actualité récente. Les réponses de l’abbé Kacprzak, jeune prêtre polonais étudiant à Rome, permettent de mieux situer ce que fut le communisme en Pologne et de démêler les fils d’une histoire embrouillée.
Propos recueillis par l’abbé Bruno le Pivain
Kephas
Monsieur l’abbé, vous êtes polonais, prêtre étudiant à Rome. Comment avez-vous ressenti, avec vos collègues au Collège polonais, l’épisode de la nomination reportée de Mgr Wielgus à l’archevêché de Varsovie ?
Jacek Kacprzak
Nous avons vécu cet événement avec douleur. Il semblait, toutefois, qu’on aurait pu éviter de mener cette affaire à un dénouement si difficile pour tous. Le problème principal, dans le cas de l’archevêque Wielgus, n’était pas tant celui de la collaboration que de ne pas dire la vérité. Nous connaissons la situation dans laquelle devaient vivre les gens dans la réalité du totalitarisme communiste en Pologne. Celui qui voulait voyager hors du territoire polonais était particulièrement exposé au danger des rencontres avec les services secrets. Il faut savoir que, dans la période communiste, les citoyens n’avaient pas le droit de garder chez eux leurs propres passeports. Chaque fois qu’on voulait partir à l’étranger, on devait se présenter au commissariat. La demande de passeport, d’habitude, amenait des difficultés de la part des fonctionnaires, particulièrement s’il s’agissait de partir vers un pays de l’Ouest. En de tels cas, on proposait la collaboration. Ceci semble justement avoir été le cas de Mgr Wielgus. Je le crois quand il déclare n’avoir fait aucun mal à personne et avoir seulement voulu partir à l’étranger pour approfondir les études et ainsi mieux servir l’Église catholique en Pologne. Dès le début, cependant, il aurait fallu dire toute la vérité, y compris sur les documents signés. Pour les Polonais, je crois, c’est cela qui a été le problème principal. Selon la loi polonaise, pour remplir une fonction officielle de l’État, on ne demande pas la non-collaboration avec le régime communiste, mais seulement l’honnêteté dans la déclaration. Celui qui a collaboré mais l’a déclaré ne trouve pas d’obstacles pour une carrière politique. Je pense que mes compatriotes ont appliqué la même règle à Mgr Wielgus. Le problème principal n’était pas la collaboration mais le manque d’une déclaration claire.
Généralement, il semble que, pour bien comprendre le problème de l’archevêque de Varsovie, il soit indispensable de considérer la perspective plus large de l’histoire de la Pologne. Le problème même de la collaboration avec l’occupant est une faute très grave. Il faut savoir que pratiquement de 1795 à 1918, la Pologne avait disparu de la mappemonde politique. Durant ces largement 120 années, quand le territoire polonais était incorporé à la Russie, la Prusse et l’Autriche, le peuple polonais était encore capable de reconquérir la souveraineté grâce à la résistance opposée aux occupants : résistance au niveau de la culture, de la foi et du refus d’accepter la situation historique qui nous privait de notre propre État. Après quelques années de liberté, en 1939, nous avons dû affronter la seconde guerre mondiale : de nouveau un agresseur auquel on devait opposer une résistance. Dans un tel contexte, la collaboration avec l’occupant était comme un reniement de ses propres racines. C’est seulement grâce à une forte résistance que nous avons été capables de survivre aux années de la disparition et de la seconde guerre mondiale. La collaboration, dans le contexte polonais, n’est pas un problème quelconque. C’est le problème existentiel pour la nation.
Pensez-vous qu’il y ait eu à cette occasion une quelconque influence ou pression de la part des milieux politiques polonais ?
Dans le contexte du régime communiste en Pologne, dans les années 1945–1989, durant l’occupation par l’Union Soviétique, l’Archevêque de Varsovie, le grand Primat Cardinal Stefan Wyszynski, était un point de référence et une grande autorité pour tous. Sa fidélité fut mise à l’épreuve durant les années d’emprisonnement (1953–1956). Il n’a jamais plié devant le régime communiste. Son héritage a soutenu son successeur, le Cardinal Józef Glemp, vingt-six fois tenté, si je ne me trompe, par les agents des services spéciaux qui lui proposaient de collaborer. Il n’a jamais accepté. À cause de cela, les Polonais exigent de l’Archevêque de Varsovie une attitude vraiment comparable à celle d’une figure exemplaire, presque symbolique.
Dans ce contexte historique, il apparaît clairement que les autorités politiques en Pologne sont intéressées à ce que l’archevêque de la capitale soit une personne qui unit la nation et peut être un point de référence (...)
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