« Le moment est arrivé de vous laisser. Peut-être reviendrai-je dans votre beau pays ? J’en ai le désir, un désir que je confie à Dieu. De Rome, je vous resterai proche et lorsque je m’arrêterai devant la réplique de la grotte de Lourdes, qui se trouve dans les jardins du Vatican depuis un peu plus d’un siècle, je penserai à vous. Que Dieu vous bénisse ! »
Voici les derniers mots de Benoît XVI en France, ce lundi 15 septembre, avant de regagner la Ville éternelle.
On a souvent souligné les liens profonds, spirituels et culturels, qui unissent le Saint-Père à la Fille aînée de l’Église, Benoît XVI à la France. Celle-ci aura cependant découvert un visage qu’elle ne connaissait pas. Plus encore, un visage dont on lui avait jusque-là dessiné une caricature. Quoi de commun entre le « Panzer Kardinal » décrit par un grand nombre de médias et complaisamment pointé du doigt jusque dans certains cercles d’Église inquiets de cet intégriste (pas trop) masqué, ou le « gardien du temple » impitoyable, pourchassant de sa vindicte les moindres écarts, et ce visage de pasteur, où se fondent en une expression indicible autant d’intelligence et de bonté, d’humilité et de joie rayonnante ? Ceux qui le connaissaient n’auront pas été étonnés. Ceux qui avaient été abusés l’auront découvert. Pour les uns et les autres, ce fut quatre jours de grâce, quatre jours qui compteront pour l’Église en France, dont les fruits sont sans doute encore à cueillir, quoiqu’on en puisse déjà contempler les fleurs. À la grâce de Dieu.
Dès le lendemain de son élection, Kephas avait consacré un dossier à tenter de faire connaître un homme au destin prodigieux, à la pensée hors pair, au sens spirituel et à l’amour de l’Église exemplaires. Aujourd’hui, il ne s’agit pas de rendre compte pas à pas de ce voyage apostolique; nombre de journaux ou magazines l’ont fait, souvent de manière magnifique. On voudrait simplement, par ce nouveau dossier, apporter des clés de lecture, proposer des éclairages ou des perspectives, des pistes de réflexion, à partir de l’enseignement si dense et structuré délivré par le Saint-Père lors de son voyage en France.
On reconnaîtra sans peine quelques lignes saillantes : la liturgie et sa primauté ; la culture et son enracinement; la charité et ses manifestations, pour l’unité de l’Église, envers les pauvres et les malades, ou cette autre, radicale - Misereor super turbam -, le souci des vocations religieuses et sacerdotales, celui de la formation et de la vie des prêtres. De ceux-ci, Joseph Ratzinger avait voulu peindre la figure sous forme d’exhortation; il avait choisi un titre qui lui paraissait résumer l’essentiel de la vocation sacerdotale : « Serviteurs de votre joie. »
Entre le 12 et le 15 septembre 2008, la France a reçu le Saint-Père. Elle a découvert, étonnée d’abord, émerveillée rapidement, le serviteur de la Joie véritable.
