Sacerdoce et mission : un projet pour l’Église en Afrique
Bruno le Pivain
C’est avec les mots du saint Curé d’Ars, « Le Sacerdoce, c’est l’amour du cœur de Jésus », que notre Saint-Père Benoît XVI a voulu ouvrir l’année sacerdotale, placée sous le patronage de l’humble prêtre « vainqueur du grappin », selon l’expression de l’un de ses biographes,1 afin « avant tout d’évoquer avec tendresse et reconnaissance l’immense don que sont les prêtres non seulement pour l’Église, mais aussi pour l’humanité elle-même. »
« Le Curé d’Ars, en son temps, remarque encore Benoît XVI, a su transformer le cœur et la vie de tant de personnes, parce qu’il a réussi à leur faire percevoir l’amour miséricordieux du Seigneur. Notre temps aussi a un besoin urgent d’une telle annonce et d’un tel témoignage de la vérité de l’Amour : Deus caritas est. »
De manière certaine, l’année sacerdotale qui commence, sera un temps de grâce; il le sera d’autant plus que nous serons réceptifs et disposés à cette grâce. Ceci ne peut être sans une redécouverte de la réalité du sacerdoce, « don et mystère », tel que le décrivait Jean-Paul II dans ce petit livre autobiographique publié, à la demande instante de certains proches, à l’occasion de son jubilé des cinquante ans de sacerdoce :
« À son niveau le plus profond, toute vocation sacerdotale est un grand mystère, c’est un don qui dépasse l’homme infiniment. Nous tous, prêtres, nous en faisons clairement l’expérience dans toute notre vie. Devant la grandeur de ce don, nous sentons combien nous sommes déficients. La vocation est le mystère de l’élection divine : “Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai établis pour que vous alliez et portiez du fruit et que votre fruit demeure.” (Jn 15, 16) » Voici ce qu’il écrit du saint Curé d’Ars, figure de Saint français, qui l’avait profondément marqué, avec notamment saint Louis-Marie Grignion de Montfort ou la petite Thérèse – sans oublier Lourdes – : « Saint Jean-Marie Vianney surprend surtout parce qu’en lui se révèle la puissance de la grâce qui agit dans la pauvreté des moyens humains. »
2009, c’était aussi, jusqu’au 29 juin, « l’année Saint Paul », l’Apôtre par excellence, qui a précisément trouvé dans cette phrase du Christ la clé, ou le cœur, de sa vie et de son enseignement : « Ma grâce te suffit; car la puissance se déploie dans la faiblesse. »
Dans cette lumière, on peut se poser cette simple question : dans quel contexte d’Église, de société, saint Paul et saint Jean-Marie Vianney ont-ils eu à œuvrer ? Comment ont-ils réagi ? Qu’ont-ils laissé derrière eux ?
Mais aussi : quelle image puis-je avoir du prêtre ? De l’Église du Christ ? Que faut-il en purifier, aujourd’hui, pour qu’elle soit selon le Cœur de Jésus, selon sa Parole qui nous rejoint par son Église, et non selon mes propres opinions ? Comment puis-je, aujourd’hui, prêter ma vie, mon intelligence, ma liberté, ma générosité, à cette demande instante du pape Benoît XVI, pour que soit remise en valeur l’intangible beauté du sacerdoce catholique, joyau de la couronne de l’Épouse du Christ qui est l’Église ? Si je suis père, ou mère, comment puis-je, sans m’approprier la volonté de Dieu, faciliter dans l’âme de mon enfant l’écoute de l’appel du Seigneur pour le plus haut service ? Si je suis lycéen, étudiant, jeune professionnel, et que la question se pose, puisqu’il faut bien se la poser d’une manière ou d’une autre lorsqu’il s’agit d’engager le beau jeu de sa vie, de répondre à la route de bonheur tracée de toute éternité dans la pensée du Père à mon intention, comment puis-je éclairer le choix libre que je dois poser ?
Pourquoi ne pas profiter de cette année pour prier, certes, mais aussi pour mieux se former sur la réalité du sacerdoce, par exemple à partir de cette expression de Benoît XVI, titre d’un recueil de textes à l’intention des prêtres, qui en est sans doute la traduction la plus fidèle : « Serviteurs de votre joie » ? Un prochain dossier de Kephas sera consacré au sacerdoce, aux prêtres, au lien entre les ministres ordonnés et les fidèles laïcs. Notons au passage que l’on peut trouver exprimée, de manière lumineuse, simple et précise, toute une théologie – vécue – de l’articulation entre le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel dans les prédications du saint Curé d’Ars. On trouvera aussi une « mine » d’enseignements, dans leur coutumière simplicité là aussi (quelle affinité... sacerdotale entre le pape théologien et l’humble curé des Dombes !) dans les interventions de Benoît XVI, tout au long de cette année.2
Voici ce qu’écrivait l’abbé Berto à un lycéen : « Quand j’étais encore dans le monde, quelques mois avant mon entrée au séminaire, un de mes amis de lycée m’écrivait : “Tu as rêvé trop beau et la réalité te décevra.” C’est le contraire qui est vrai et la réalité est si belle que mes plus beaux rêves n’étaient rien auprès de ce que je vois. » Ou encore, à un séminariste : « Je confesse devant toi que je suis le vaincu de Dieu, qu’il est fidèle en ses promesses, que le sacerdoce dont il m’a revêtu quand j’avais vingt-cinq ans a été le bonheur inénarrable de ma vie, et que si j’étais plus fidèle moi-même, toutes mes prières ne seraient qu’une perpétuelle action de grâces. »3
« Je confie cette Année sacerdotale à la Vierge Sainte, conclut Benoît XVI, lui demandant de susciter dans l’âme de chaque prêtre un renouveau généreux de ces idéaux de donation totale au Christ et à l’Église qui ont inspiré la pensée et l’action du Saint Curé d’Ars. La fervente vie de prière et l’amour passionné de Jésus crucifié ont nourri le don quotidien et sans réserve de Jean-Marie Vianney à Dieu et à l’Église. Puisse son exemple susciter parmi les prêtres ce témoignage d’unité avec l’Évêque, entre eux et avec les laïcs, qui est si nécessaire aujourd’hui, comme en tout temps. »
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C’est cette année sacerdotale que Kephas choisit – ou que la Providence a choisi, plus certainement – pour concrétiser un projet qui nous tient à cœur depuis l’origine. De plus en plus nombreux sont les demandes d’abonnements qui nous viennent des pays d’Afrique francophone, de la part de prêtres formateurs, de séminaires, de curés de paroisse, de communautés religieuses. Jusque là, étant donné la disparité des monnaies entre l’Afrique et l’Europe, la revue a été acheminée à titre gracieux à ceux qui le demandaient. L’accroissement des demandes fait que cela ne sera plus possible, si l’on veut garder l’équilibre financier, y compris si toute l’équipe est bénévole. Il est donc proposé à ceux qui souhaitent parrainer des abonnements en Afrique d’envoyer 60 euros à la revue, avec quatre intentions de messes. Ces messes seront célébrées par les prêtres bénéficiaires de l’abonnement, et les donateurs seront avertis.4 Ainsi, entre le bien spirituel de l’intention de messe pour les demandeurs, celui de l’aide apportée à la formation pour le clergé africain et celui de l’équilibre financier ainsi garanti pour la revue (nonobstant le plus important, la joie de participer à cette mission visiblement souhaitée)... tout est grâce.
Que Notre-Dame de Joie, la Mère du sacerdoce, nous obtienne la grâce d’un renouvellement de la vie sacerdotale et de la réponse à l’appel de Dieu, pour le bien de l’Église universelle et des âmes.
- Guillaume Hunermann.
- Par exemple le merveilleux texte de l’audience du 24 juin dernier, en attendant les prochains.
- Lire à ce sujet le livre Le Cénacle et le Jardin, Intelligence et spiritualité du sacerdoce, Éditions Dominique Martin Morin, 2000, 415 p.
- Voir à la page suivante – 12 – les différentes possibilités d’abonnement, notamment en bas de page la procédure pour l’Afrique.
