Une rencontre avec Benoît XVI
Bruno le Pivain
Le 21 avril dernier, à l’issue de l’audience du mercredi Place Saint-Pierre, nous avons eu la joie, avec l’abbé de Servigny, de pouvoir rencontrer le Saint-Père durant quelques instants et de lui remettre le dernier numéro de Kephas avec son dossier sur « l’actualité civilisatrice du monachisme », à partir du discours des Bernardins, ainsi que les actes du colloque de septembre 2008, L’avenir de l’Église (éditions de l’Œuvre).
Si la rencontre est en soi heureuse pour une revue portant ce patronyme, elle l’est d’autant plus que c’est en son temps le Cardinal Ratzinger qui apporta l’encouragement décisif pour se lancer dans l’aventure (puisque c’en est une) : « Je ne peux que vous féliciter du projet de la revue « Kephas », à laquelle je souhaite avant tout d’atteindre son but, si clairement défini dans la charte fondamentale. » (26 juillet 2001) La suite avait montré que cet encouragement n’avait pas été apporté à la légère, ainsi que l’avaient confirmé les contacts, notamment une rencontre en février 2005.
Après l’audience du 21 avril, Benoît XVI s’est spontanément arrêté dans les salutations aux personnes qui occupaient la « prima fila » pour prendre des nouvelles de la revue, préciser qu’il l’avait « beaucoup lue », s’excuser presque de ne plus « avoir assez le temps de la lire »... ce que l’on peut assez aisément comprendre, puis prodiguer des encouragements répétés et précis. Ils valent un viatique qui s’adresse aussi bien aux rédacteurs qu’à toute l’équipe de bénévoles qui permet à la revue de poursuivre son chemin... et aux lecteurs pour les stimuler dans cet effort d’approfondissement dans la lumière de l’Église si cher au Saint-Père et – pourquoi pas ? – pour devenir eux-mêmes contributeurs ou diffuseurs de Kephas.
L’on ne peut trouver d’encouragement plus sûr que l’attachement visible de Benoît XVI à cette entreprise, spécialement si l’on reprend quelques extraits de la charte (visible sur notre site), comme ceux qui suivent :
Sur le service de l’unité :
Les « tendances » ecclésiales reproduisent trop souvent un schéma dialectique, comme si l’Eglise était une société politique purement humaine, et non l’Eglise du Verbe Incarné, Corps mystique organisé, dont la Tête invisible, le Christ, est rendue visible en la personne du « doux Christ de la terre »,1 le Souverain Pontife, et en son « Corps tout entier [qui] reçoit nourriture et cohésion, par les jointures et les ligaments, pour réaliser sa croissance en Dieu » (Col 2, 19).
Ou encore :
« Une triple règle déontologique : « In necessariis unitas, in dubiis libertas, in omnibus caritas »
In necessariis unitas » : l’unité de la revue, dans son esprit, dans son ton, dans les liens qui unissent les rédacteurs entre eux, ou les rédacteurs aux lecteurs, est donc fondée sur l’unité de foi, et d’une foi vive. Cette unité trouve sa source visible et son régulateur dans le Magistère de Pierre. Le comité de rédaction veille à la maintenir dans cette lumière.
Sur le rôle du ministère pétrinien dans le service de la vérité :
– « Tu es Simon, le fils de Jean : tu t’appelleras Képhas, ce qui veut dire Pierre. » (Jn 1, 42). L’objectif premier est d’aider les chrétiens, prêtres, religieux ou laïcs désireux de progresser dans la « sainteté de l’amour » par la « connaissance conceptuelle » du message de l’Eglise,2 à recevoir sans complexe cette lumière dans le rayonnement continu de la Chaire de Pierre. C’est au-dessus de la tombe du pêcheur de Galilée que le pèlerin peut lire : « D’ici une seule foi resplendit sur le monde; d’ici naît l’unité du sacerdoce », Hinc una fides mundo refulget, hinc unitas sacerdotii exoritur. Cet attachement inclut une adhésion généreuse au service d’unité du ministère de Pierre. Il vit de cette « spiritualité de communion »,3 ecclésiale, missionnaire et œcuménique, de l’Orient à l’Occident, dont le Saint-Père a voulu faire la pierre d’angle de son programme d’évangélisation à l’aube du nouveau millénaire.
Sur le regard de foi, gage de vraie liberté, qui préside à notre projet :
Le triomphe de la foi qu’évoque la citation scripturaire du sous-titre souligne la fécondité de cette demande de saint Augustin : « Ayez des yeux chrétiens », Christianos oculos habete. La note particulière sera donc l’« assentiment religieux de la volonté et de l’intelligence [...] au magistère authentique du Souverain Pontife, même lorsque celui-ci ne parle pas ex cathedra » (Lumen Gentium n. 25), compris comme une attitude spirituelle de fond, et non seulement intellectuelle, qui fait d’emblée préférer le jugement de l’Eglise au sien propre. La foi cherche à pénétrer, au-delà de ce que le langage peut en dire, dans la réalité ineffable du mystère; l’espérance assouplit et affermit la volonté; la charité rend l’âme joyeuse et cordiale. Képhas veut œuvrer dans ce cadre de l’obéissance exacte et libre au Magistère, suivant ce qu’il manifeste de sa volonté d’engager, depuis saint Pierre jusqu’au Pape actuel, de son illustration fidèle et non servile.
C’est sur la foi de cette charte que le Cardinal Ratzinger avait engagé son autorité pour nous encourager à lancer Kephas. C’est en connaissance de cause que Benoît XVI, aujourd’hui, nous presse d’avancer, pour le service de l’Église et de la Vérité, de l’Unité. C’est donc à l’esprit de cette charte que nous voulons rester fidèles.
Comme vous l’imaginez, la parution trimestrielle de ces 200 pages – avec leurs qualités et leurs imperfections – suppose une certaine somme de travail. Tous ceux qui y participent sont bénévoles et s’y consacrent en plus de leurs tâches habituelles, familiales, pastorales ou professionnelles. L’auteur de ce mot se trouve ainsi depuis septembre dernier curé de cathédrale – source de joie et d’action de grâces constante (quelle gratitude ne pas nourrir pour l’évêque qui a permis à la revue de s’implanter et se développer, Mgr Bruguès aujourd’hui à Rome, comme à son successeur, Mgr Delmas, qui montre et dit sa confiance ?) mais aussi source d’occupation... ce qui explique le léger retard de ces derniers numéros, pour lequel nous demandons votre indulgence.
Les échos nombreux nous indiquent par ailleurs que Kephas a trouvé sa place dans le paysage de l’Église aujourd’hui. S’il en était besoin en plus de la rencontre avec le Saint-Père, le contexte montre suffisamment que cette œuvre trouve son utilité... il suffit en effet de suivre la Chaire de Pierre pour savoir quelle elle doit être.
C’est avec vous tous que Kephas pourra vraiment répondre au souhait clairement exprimé par Benoît XVI : « Continuez ce bon travail, c’est bien pour l’Église. » Il s’adresse à chacun de vous. Que le Saint-Esprit vous inspire ce qui vous paraît possible, propositions d’articles ou de sujets, remarques constructives, listes de cooptations ou de diffusion pour la recherche de nouveaux abonnés, contacts, propositions de relecture ou de traductions etc. Prenez pour cela contact aux coordonnées indiquées sur « l’ours » (première page).
Que sainte Catherine de Sienne, patronne de Rome, à qui nous avons spécialement confié Kephas, nous apporte l’audace de la charité et de la miséricorde, l’amour de la vérité et de l’Église, dans la lumière de la Chaire de Pierre, aujourd’hui notre bien-aimé Benoît XVI.
- Sainte Catherine de Sienne.
- Cf. Ch. Journet, L’Eglise sainte, mais non sans pécheurs. Parole et Silence, Saint-Maur 1999, p. 119 ss.
- Cf. Lettre Apostolique Novo Millennio ineunte, 6 janvier 2001, Chap. IV.
